À Saint-Gervais, l'orgue des Couperin

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L’authenticité, l’esthétique et la qualité sonore de l’orgue de Saint-Gervais le hissent au niveau des pièces rares. Les événements qui l’ont marqué, les facteurs qui l’ont bâti et les musiciens qui s’y sont succédés s’inscrivent dans un tableau séculaire haut en couleur.


Que l’on songe tout d’abord à son ancienneté : si l’arrière du buffet en bois est du tout début du XVIIe siècle (1601), de nombreux tuyaux remonteraient à la Renaissance. L’ensemble de la partie sonore est en tout cas d’une très grande authenticité (1) ; seuls cinq jeux (2) sur quarante et un ont été construits au siècle dernier. Les deux restaurations effectuées récemment (Béasse 1920-21, Bertrand Gonzalez 1969-74), sous l’œil vigilant des organistes Paul Brunold et Jean Ver Hasselt, ont en effet sauvé l’essentiel. La chance semble avoir constamment favorisé cet instrument, qui a plusieurs fois évité de justesse les catastrophes. Il échappe de peu à la tourmente révolutionnaire, probablement grâce à l’action déterminante du titulaire, Gervais-François Couperin. Les projets ultérieurs de réfection (3) n’aboutissent pas, faute de moyens, semble-t-il. En 1918, l’église est bombardée par l’armée allemande, le grand orgue est épargné. On est donc en présence d’un témoin exceptionnel de trois siècles de facture d’orgue en France, resté indemne malgré les vicissitudes du temps.

La célébrité de ses constructeurs ajoute encore à sa noblesse : après le flamand Mathis Langhedul, qui dota Saint-Gervais d’un grand instrument en 1601, viennent la «dynastie» française des Thierry (Pierre, Alexandre, François, entre 1649 et 1714), puis le grand François-Henri Clicquot (1769). Au XIXe siècle, ce sont Dallery père et fils qui entretiennent l’orgue entre 1812 et 1843, sans le modifier notablement. Modelé peu à peu par les diverses interventions des facteurs, il a acquis le caractère qu’il a conservé aujourd’hui : celui d’un orgue dit «de transition». Il est d’esthétique française classique, mais sonne davantage comme un instrument du début du XIXe siècle. La qualité de ses jeux (4), la rondeur de ses «fonds» (5), la gravité de ses «anches» sont réputés et soutiennent efficacement la prière des fidèles.

 

 



1. L’essentiel de la tuyauterie est antérieur à 1800. Les anches du grand-jeu sont presque toutes du XVIIIe s.
2. Il s’agit du plein-jeu du Grand-Orgue (trois jeux), du larigot du Positif et du nasard d’Écho.
3. Louis-Paul Dallery (1854), Paul Férat (1882).
4. Répartis sur cinq claviers manuels (Positif, Grand-Orgue, Bombarde, Récit, Écho) et un pédalier à l’allemande. Basé sur le jeu de «montre» de 16 pieds, il se présente comme un grand seize pieds français.
5. Jeux d’orgue «à bouche», différents des jeux d’«anches».