Étape 1 – Veiller avec Noé


Chaque semaine, un parcours biblique vous est proposé qui conduit au dimanche suivant : une courte introduction suivie du texte biblique et d'une prière. Pensez à télécharger la version imprimable, plus pratique pour vivre votre Route de Noël un peu à distance de l'écran et n'oubliez pas non plus les podcasts !... Sur cette page, les articles «Bible en main» sont publiés jour après jour pendant toute la semaine.

Samedi 27 novembre

L'espérance de l'univers nouveau

«Je suis l’Alpha et l’Oméga», dit la voix qui vient du trône. Le commencement et le terme. La Genèse de l’histoire et l’accomplissement de la création au terme de l’histoire. Dieu parle d’une seule voix et l’histoire de Noé résonne à travers toute la Bible. Au livre de l’Apocalypse que nous ouvrons au dernier jour de cette première semaine de retraite, nous retrouvons étonnamment la figure maintenant familière du patriarche Noé. Comme en ce matin où il découvrit le monde, alors que «le premier ciel et la première terre avaient disparu», et que «de mer, il n’y en avait plus», il nous est donné de voir, avec les yeux de la foi, «l’univers nouveau». Et ce ne sont ni le corbeau ni la colombe qui nous en avertissent mais la voix du Dieu vivant qui tient ses promesses : «de pleur, de cri et de peine, il n’y en aura plus». La création nouvelle advient. Elle descend du ciel et c’est une ville. Et c’est une épouse : la Jérusalem nouvelle. Dieu est avec nous, il veut faire de nous des vainqueurs, et c’est pourquoi nous l’attendons en veillant dans la nuit, nous qui espérons le jour !

 

Apocalypse 21,1-7
[1] Puis je vis un ciel nouveau, une terre nouvelle – car le premier ciel et la première terre ont disparu, et de mer, il n’y en a plus. [2] Je vis la Cité sainte, Jérusalem nouvelle, qui descendait du ciel, de chez Dieu ; elle s’est faite belle, comme une jeune mariée parée pour son époux. [3] J’entendis alors une voix clamer, du trône : «Voici la demeure de Dieu avec les hommes. Il aura sa demeure avec eux ; ils seront son peuple, et lui, Dieu-avec-eux, sera leur Dieu. [4] Il essuiera toute larme de leurs yeux : de mort, il n’y en aura plus ; de pleur, de cri et de peine, il n’y en aura plus, car l’ancien monde s’en est allé.» [5] Alors, Celui qui siège sur le trône déclara : «Voici, je fais l’univers nouveau.» Puis il ajouta : «Écris : Ces paroles sont certaines et vraies.» [6] «C’en est fait, me dit-il encore, je suis l’Alpha et l’Oméga, le Principe et la Fin ; celui qui a soif, moi, je lui donnerai de la source de vie, gratuitement. [7] Telle sera la part du vainqueur ; et je serai son Dieu, et lui sera mon fils.

 

Seigneur, tu es l’Alpha et l’Oméga, le maître de l’histoire et de nos vies. Béni sois-tu d’être le Dieu-avec-nous dans toutes nos détresses et dans notre vie de tous les jours. Béni sois-tu pour la promesse d’une création nouvelle délivrée de toute souffrance et de toute peine. Nous te confions ceux qui s’apprêtent à fêter ta venue dans des conditions précaires ou dangereuses. Béni, Seigneur, l’espérance de ton Église qui t’attend. Marana tha, viens Seigneur Jésus !

   

Vendredi 26 novembre

La lumière au bout de la nuit

La lumière au bout de la nuit. C’est un peu ce que l’on ressent avec Noé alors que s’ouvre aujourd’hui une fenêtre sur un monde tout neuf, par où s’envole un oiseau qui ne revient pas. Dieu donne la vie. Dieu se souvient. Dieu ne change pas d’avis. Voilà la promesse. L’homme peut bien ériger toutes les barrières qu’il veut, casser le monde que Dieu lui a fait pour qu’il y vive heureux : Dieu crée du neuf. Les eaux reculent sous l’action du souffle de Dieu mais Noé ne bouge pas. Il lui faut encore 40 jours avant de sortir du sein de l’arche maternelle où il s’est laissé enfouir et porter. On devine déjà la figure de Moïse, le «sauvé des eaux», demeurant 40 jours seul en haut du Mont Horeb face à son Dieu et redescendant avec les tables de l’alliance. La fenêtre s’ouvre sur le monde tout neuf que Dieu a préparé pour Noé mais il ne bouge toujours pas. Ce sont deux oiseaux qu’il envoie : un noir et un blanc. L’un, le corbeau, disparaît, et avec lui, peut-être, la noirceur des pensées de celui qui l’envoie. L’autre, la colombe, revient, signe avant-coureur d’une paix nouvelle toute prête à éclore dans le cœur de Noé, avant de lui en rapporter la preuve tangible : un rameau d’olivier. Et c’est un homme neuf qui ouvre alors les yeux sur un ciel neuf, tout traversé par la promesse inébranlable de l’alliance divine : un arc-en-ciel.

 

Genèse 8-9
8 [1] Alors Dieu se souvint de Noé et de toutes les bêtes sauvages et de tous les bestiaux qui étaient avec lui dans l’arche ; Dieu fit passer un vent sur la terre et les eaux désenflèrent. [2] Les sources de l’abîme et les écluses du ciel furent fermées ; la pluie fut retenue de tomber du ciel [3] et les eaux se retirèrent petit à petit de la terre. […] [6] Au bout de 40 jours, Noé ouvrit la fenêtre qu’il avait faite à l’arche [7] et il lâcha le corbeau, qui alla et vint en attendant que les eaux aient séché sur la terre. [8] Alors il lâcha d’auprès de lui la colombe pour voir si les eaux avaient diminué à la surface du sol. [9] La colombe, ne trouvant pas un endroit où poser ses pattes, revint vers lui dans l’arche, car il y avait de l’eau sur toute la surface de la terre ; il étendit la main, la prit et la fit rentrer auprès de lui dans l’arche. [10] Il attendit encore sept autres jours et lâcha de nouveau la colombe hors de l’arche. [11] La colombe revint vers lui sur le soir et voici qu’elle avait dans le bec un rameau tout frais d’olivier ! Ainsi Noé connut que les eaux avaient diminué à la surface de la terre. [12] Il attendit encore sept autres jours et lâcha la colombe, qui ne revint plus vers lui. [13] C’est en l’an 601 de la vie de Noé, au premier mois, le premier du mois, que les eaux séchèrent sur la terre. Noé enleva la couverture de l’arche ; il regarda, et voici que la surface du sol était sèche ! [14] Au second mois, le vingt-septième jour du mois, la terre fut sèche. [15] Alors Dieu parla ainsi à Noé : [16] «Sors de l’arche, toi et ta femme, tes fils et les femmes de tes fils avec toi. [17] Tous les animaux qui sont avec toi, tout ce qui est chair, oiseaux, bestiaux et tout ce qui rampe sur la terre, fais-les sortir avec toi : qu’ils pullulent sur la terre, qu’ils soient féconds et multiplient sur la terre.» [18] Noé sortit avec ses fils, sa femme et les femmes de ses fils ; [19] et toutes les bêtes sauvages, tous les bestiaux, tous les oiseaux, toutes les bestioles qui rampent sur la terre sortirent de l’arche, une espèce après l’autre. [20] Noé construisit un autel au Seigneur, il prit de tous les animaux purs et de tous les oiseaux purs et offrit des holocaustes sur l’autel. [21] Le Seigneur respira l’agréable odeur et il se dit en lui-même : «Je ne maudirai plus jamais la terre à cause de l’homme, parce que les desseins du cœur de l’homme sont mauvais dès son enfance ; plus jamais je ne frapperai tous les vivants comme j’ai fait. [22] Tant que durera la terre, semailles et moisson, froidure et chaleur, été et hiver, jour et nuit ne cesseront plus.» […]
9 [8] Dieu parla ainsi à Noé et à ses fils : [9] «Voici que j’établis mon alliance avec vous et avec vos descendants après vous, [10] et avec tous les êtres animés qui sont avec vous : oiseaux, bestiaux, toutes bêtes sauvages avec vous, bref tout ce qui est sorti de l’arche, tous les animaux de la terre. [11] J’établis mon alliance avec vous : tout ce qui est ne sera plus détruit par les eaux du déluge, il n’y aura plus de déluge pour ravager la terre.» [12] Et Dieu dit : «Voici le signe de l’alliance que j’institue entre moi et vous et tous les êtres vivants qui sont avec vous, pour les générations à venir : [13] je mets mon arc dans la nuée et il deviendra un signe d’alliance entre moi et la terre. [14] Lorsque j’assemblerai les nuées sur la terre et que l’arc apparaîtra dans la nuée, [15] je me souviendrai de l’alliance qu’il y a entre moi et vous et tous les êtres vivants, en somme toute chair, et les eaux ne deviendront plus un déluge pour détruire toute chair. [16] Quand l’arc sera dans la nuée, je le verrai et me souviendrai de l’alliance éternelle qu’il y a entre Dieu et tous les êtres vivants, en somme toute chair qui est sur la terre.» [17] Dieu dit à Noé : «Tel est le signe de l’alliance que j’établis entre moi et toute chair qui est sur la terre.»

 

Seigneur, tu viens faire le monde nouveau. Si parfois nous entourent la peine, le deuil ou la désespérance, tu nous assures que tu es le Dieu de la vie, de la consolation et de la paix. Que ton Souffle de bonté fasse aujourd’hui décroître les eaux de nos peines et des peines de ce monde pour qu’apparaisse dans le ciel le signe de ton alliance. Béni sois-tu, Dieu de vie et de fidélité, pour la création que tu nous as donnée et que tu maintiens par ton Esprit. Béni sois-tu pour ton Fils qui vient nous porter le rameau d’olivier qui nous donne la paix. Amen.

   

Jeudi 25 novembre

Sauvés à travers l'eau

Tournant les pages de notre Bible, nous ouvrons aujourd’hui le Nouveau Testament pour y trouver, au cœur d’une lettre placée sous l’autorité de l’apôtre Pierre, une relecture théologique et spirituelle de l’histoire du déluge. Le message, qui peut sembler confus ou complexe au premier abord, est en fait simple : Dieu veut que tout homme soit sauvé, et cela «à travers l’eau», comme Noé, c’est-à-dire par le baptême, en lequel s’accomplit le sens véritable du déluge. Une précision semble pourtant nécessaire : baptisé, le chrétien n’est pas pour autant «automatiquement» sauvé, comme s’il suffisait de nettoyer en lui la trace d’une impureté liée au péché, mais il est invité à suivre le Christ «mort au péché une fois pour toutes» (Romains 6,10), en rompant lui aussi avec le péché «pour passer le temps qui reste à vivre dans la chair, non plus selon les passions humaines, mais selon le vouloir divin». Le baptisé s’éloigne du «torrent de perdition» – encore une image, mais en négatif cette fois, du déluge – vers lequel court le monde qui voudrait l’y entraîner, pour demeurer «sage et sobre en vue de la prière», c’est-à-dire en pratiquant la charité, l’hospitalité et le service des frères.

 

1 Pierre 3,18-4,10
3 [18] Le Christ lui-même est mort une fois pour les péchés, juste pour des injustes, afin de nous mener à Dieu. Mis à mort selon la chair, il a été vivifié selon l’esprit. [19] C’est en lui qu’il s’en alla même prêcher aux esprits en prison, [20] à ceux qui jadis avaient refusé de croire lorsque temporisait la longanimité de Dieu, aux jours où Noé construisait l’Arche, dans laquelle un petit nombre, en tout huit personnes, furent sauvées à travers l’eau. [21] Ce qui y correspond, c’est le baptême qui vous sauve à présent et qui n’est pas l’enlèvement d’une souillure charnelle, mais l’engagement à Dieu d’une bonne conscience par la résurrection de Jésus Christ, [22] lui qui, passé au ciel, est à la droite de Dieu, après s’être soumis les Anges, les Dominations et les Puissances.

4 [1] Le Christ ayant donc souffert dans la chair, vous aussi armez-vous de cette même pensée, à savoir : celui qui a souffert dans la chair a rompu avec le péché, [2] pour passer le temps qui reste à vivre dans la chair, non plus selon les passions humaines, mais selon le vouloir divin. [3] Il suffit bien en effet d’avoir accompli dans le passé la volonté des païens, en se prêtant aux débauches, aux passions, aux saouleries, orgies, beuveries, au culte illicite des idoles. [4] À ce sujet, ils jugent étrange que vous ne couriez pas avec eux vers ce torrent de perdition, et ils se répandent en outrages. [5] Ils en rendront compte à celui qui est prêt à juger vivants et morts. [6] C’est pour cela, en effet, que même aux morts a été annoncée la Bonne Nouvelle, afin que, jugés selon les hommes dans la chair, ils vivent selon Dieu dans l’esprit. [7] La fin de toutes choses est proche. Soyez donc sages et sobres en vue de la prière. [8] Avant tout, conservez entre vous une grande charité, car la charité couvre une multitude de péchés. [9] Pratiquez l’hospitalité les uns envers les autres, sans murmurer. [10] Chacun selon la grâce reçue, mettez-vous au service les uns des autres, comme de bons intendants d’une multiple grâce de Dieu.

 

Seigneur, toi qui veux que tous les hommes soient sauvés, nous te bénissons. Tu envoies ton Fils sur notre terre pour venir chercher ceux qui étaient perdus et tu nous appelles à passer avec toi de la nuit du péché à la lumière de ta résurrection. Que l’eau du baptême qui ne cesse de couler en notre cœur nous rende aptes à te servir et à servir nos frères, jusqu’à ce qu’advienne le jour sans fin du règne de ton Fils, Jésus, notre Sauveur et notre Dieu. Amen.

   

Mercredi 24 novembre

Le projet du Dieu d'amour

Le visage de Dieu que nous découvrons aujourd’hui dans notre lectio divina sur la Genèse peut nous déconcerter voire nous choquer. Si cette histoire a vocation à nous révéler quelque chose du mystère de Dieu dans sa relation avec le monde et avec l’homme, comment faut-il comprendre cet accès de violence de la part d’un Dieu que la Bible entière s’attache pourtant à nous présenter comme «lent à la colère, tendre et miséricordieux»… «Tout ce qui est sur la terre doit périr», dit Dieu. Le Dieu créateur et donateur de vie reprendrait-il son don ? Le Dieu d’amour ne vaudrait-il finalement pas plus cher que ses concurrents démiurges des autres religions orientales ? Mais il faut lire l’histoire en entier. Le projet de Dieu n’est pas de détruire mais de sauver ce qui est bon : «j’établirai mon alliance avec toi et tu entreras dans l’arche, toi et tes fils, ta femme et les femmes de tes fils avec toi». L’image même du déluge renvoie aux premiers versets de la Genèse où il est écrit que «l’Esprit de Dieu planait sur les eaux» (Genèse 1,1). C’est donc d’une recréation qu’il s’agit. Dieu reprend son œuvre pour la parfaire puisqu’elle s’est pervertie. Dieu a ce pouvoir de remettre du bien là où la liberté de l’homme a choisi – par ignorance peut-être – de mettre le mal. Et ce que l’auteur de la Genèse présente comme une destruction peut aussi être compris comme une promesse : «On ne fera plus de mal ni de violence sur toute ma montagne sainte, car le pays sera rempli de la connaissance du Seigneur, comme les eaux couvrent le fond de la mer» (Isaïe 11,9).

 

Genèse 6,13...7,23
6 [13] Dieu dit à Noé : «La fin de toute chair est arrivée, je l’ai décidé, car la terre est pleine de violence à cause des hommes et je vais les faire disparaître de la terre. [14] Fais-toi une arche en bois résineux, tu la feras en roseaux et tu l’enduiras de bitume en dedans et en dehors. […] [17] Pour moi, je vais amener le déluge, les eaux, sur la terre, pour exterminer de dessous le ciel toute chair ayant souffle de vie : tout ce qui est sur la terre doit périr. [18] Mais j’établirai mon alliance avec toi et tu entreras dans l’arche, toi et tes fils, ta femme et les femmes de tes fils avec toi. […]

7 [10] Au bout de sept jours, les eaux du déluge vinrent sur la terre. [11] En l’an 600 de la vie de Noé, le second mois, le dix-septième jour du mois, ce jour-là jaillirent toutes les sources du grand abîme et les écluses du ciel s’ouvrirent. [12] La pluie tomba sur la terre pendant 40 jours et 40 nuits. [13] Ce jour même, Noé et ses fils, Sem, Cham et Japhet, avec la femme de Noé et les trois femmes de ses fils, entrèrent dans l’arche, [14] et avec eux les bêtes sauvages de toute espèce, les bestiaux de toute espèce, les bestioles de toute espèce qui rampent sur la terre, les volatiles de toute espèce, tous les oiseaux, tout ce qui a des ailes. [15] Auprès de Noé, entra dans l’arche un couple de tout ce qui est chair, ayant souffle de vie, [16] et ceux qui entrèrent étaient un mâle et une femelle de tout ce qui est chair, comme Dieu le lui avait commandé. Et le Seigneur ferma la porte sur Noé. [17] Il y eut le déluge pendant 40 jours sur la terre ; les eaux grossirent et soulevèrent l’arche, qui fut élevée au-dessus de la terre. [18] Les eaux montèrent et grossirent beaucoup sur la terre et l’arche s’en alla à la surface des eaux. [19] Les eaux montèrent de plus en plus sur la terre et toutes les plus hautes montagnes qui sont sous tout le ciel furent couvertes. [20] Les eaux montèrent quinze coudées plus haut, recouvrant les montagnes. [21] Alors périt toute chair qui se meut sur la terre : oiseaux, bestiaux, bêtes sauvages, tout ce qui grouille sur la terre, et tous les hommes. [22] Tout ce qui avait une haleine de vie dans les narines, c’est-à-dire tout ce qui était sur la terre ferme, mourut. [23] Ainsi disparurent tous les êtres qui étaient à la surface du sol, depuis l’homme jusqu’aux bêtes, aux bestioles et aux oiseaux du ciel : ils furent effacés de la terre et il ne resta que Noé et ce qui était avec lui dans l’arche.

 

Seigneur, tu es le Créateur et le Dieu d’amour. Tu viens non pour détruire mais pour relever, non pour démolir mais pour planter. Sois béni pour l’arche de ta miséricorde en laquelle tu abrites ceux qui se tournent vers toi. Sois béni pour la source du pardon qui lave et purifie le cœur de tout homme. Sois béni, toi qui viens habiter notre chair faible et capable de péché pour la rendre capable de divinité. Amen.

   

Mardi 23 novembre

Déjà dans la lumière

L’histoire de Noé – comme souvent les premières pages du livre de la Genèse – trouve un écho à la fois dans le reste de l’Écriture et dans nos propres vies. L’évangile de dimanche prochain nous dit que «l’avènement du Fils de l’homme ressemblera à ce qui s’est passé à l’époque de Noé» – «Les gens ne se sont doutés de rien, jusqu’au déluge qui les a tous engloutis» – et en tire la conclusion qu’il nous faut «veiller». Le texte de Paul, que nous méditons aujourd’hui dans notre lectio divina, nous aide à comprendre ce que recouvre cette «vigilance» – la «nepsis» si chère aux pères du christianisme ancien – à laquelle nous sommes invités. Celui qui veille même en pleine nuit échappe à la nuit et à son cortège de dissimulations ténébreuses pour appartenir déjà au jour. Celui qui veille est déjà dans la lumière. À la nuit l’ivresse et le lourd sommeil ; au jour et à ceux qui en sont les «fils», ce que Paul appelle la «sobriété» et qu’il présente comme la vertu des combattants. Veiller, c’est donc un acte de foi : le Jour du Seigneur viendra ; qu’il nous trouve donc déjà dans la lumière !

 

1 Thessaloniciens 5,1-11
[1] Quant aux temps et moments, vous n’avez pas besoin, frères, qu’on vous en écrive. [2] Vous savez vous-mêmes parfaitement que le Jour du Seigneur arrive comme un voleur en pleine nuit. [3] Quand les hommes se diront : Paix et sécurité ! c’est alors que tout d’un coup fondra sur eux la perdition, comme les douleurs sur la femme enceinte, et ils ne pourront y échapper. [4] Mais vous, frères, vous n’êtes pas dans les ténèbres, de telle sorte que ce Jour vous surprenne comme un voleur : [5] tous vous êtes des fils de la lumière, des fils du jour. Nous ne sommes pas de la nuit, des ténèbres. [6] Alors ne nous endormons pas, comme font les autres, mais restons éveillés et sobres. [7] Ceux qui dorment dorment la nuit, ceux qui s’enivrent s’enivrent la nuit. [8] Nous, au contraire, nous qui sommes du jour, soyons sobres ; revêtons la cuirasse de la foi et de la charité, avec le casque de l’espérance du salut. [9] Dieu ne nous a pas réservés pour sa colère, mais pour entrer en possession du salut par notre Seigneur Jésus Christ, [10] qui est mort pour nous afin que, éveillés ou endormis, nous vivions unis à lui. [11] C’est pourquoi il faut vous réconforter mutuellement et vous édifier l’un l’autre, comme déjà vous le faites.

 

Seigneur, tu viens dans notre monde pour le remplir de ta lumière et de ton amour. Accorde-nous, dans l’attente de ton Jour, d’être trouvés fils de la lumière et non des ténèbres, fils de la vigilance et non de l’oubli, fils de l’espérance et non de la colère, de la foi et non du découragement, de la charité et non de l’indifférence. Que déjà, la certitude d’être aimés et d’être sauvés nous remplisse de ta joie. Amen.

   

Lundi 22 novembre

Le monde de Noé

Aujourd’hui, nous faisons les présentations. Notre lectio divina de ce jour plante le décor et introduit les personnages. Le héros indiscutable de cette péricope – et le sujet de presque toutes les phrases –, c’est Dieu. En face de lui, deux figures. L’une sans nom, à qui Dieu ne parle pas et sur laquelle il porte un regard de désolation : l’homme ; l’autre, porteuse d’un nom et d’une histoire, et bénéficiant de la miséricorde de Dieu : Noé. Noé se distingue du reste de l’humanité en ce qu’il est nommé par Dieu, c’est-à-dire en ce qu’il est entré en relation avec lui et que Dieu l’a trouvé «juste». Noé est le troisième homme, après Adam et son fils Caïn, à qui Dieu parle dans la Bible. Quant au cadre de l’histoire, c’est tout simplement «la terre», en laquelle Dieu n’arrive plus à voir que le théâtre de «la méchanceté de l’homme». Une histoire pas si lointaine que ça… Aujourd’hui, Dieu nous appelle par notre propre nom. Il veut entrer en relation avec nous. Le monde qui nous entoure et dont nous sommes ressemblerait-il par bien des aspects à celui que connaissait Noé ? Une promesse nous est faite : Dieu agira.

 

Genèse 6,5-12
[5] Le Seigneur vit que la méchanceté de l’homme était grande sur la terre et que son cœur ne formait que de mauvais desseins à longueur de journée. [6] Le Seigneur se repentit d’avoir fait l’homme sur la terre et il s’affligea dans son cœur. [7] Et le Seigneur dit : «Je vais effacer de la surface du sol les hommes que j’ai créés – et avec les hommes, les bestiaux, les bestioles et les oiseaux du ciel –, car je me repens de les avoir faits.» [8] Mais Noé avait trouvé grâce aux yeux du Seigneur. [9] Voici l’histoire de Noé : Noé était un homme juste, intègre parmi ses contemporains, et il marchait avec Dieu. [10] Noé engendra trois fils, Sem, Cham et Japhet. [11] La terre se pervertit au regard de Dieu et elle se remplit de violence. [12] Dieu vit la terre : elle était pervertie, car toute chair avait une conduite perverse sur la terre.

 

Seigneur, Maître et Créateur de toute vie, nous sommes à toi. Ton souffle nous fait vivre et ta promesse nous réjouit. Apprends-nous à nous tenir devant toi comme celui à qui tu parles et que tu appelles par son nom. Ton Fils nous a appris à te prier en te nommant «Père» ; donne-nous cette confiance des enfants qui se laissent façonner par ta Parole afin qu’en la recevant, notre cœur s’élargisse jusqu’à pouvoir devenir le lieu de l’avènement de ton Fils, Jésus, notre Sauveur, lui qui vient non pour condamner le monde mais pour le sauver. Amen.

   

Du 22 au 28 novembre

Veiller avec Noé

Ce qui fut, cela sera, ce qui s’est fait se refera, et il n’y a rien de nouveau sous le soleil ! Qu’il y ait quelque chose dont on dise : ‘Tiens, voilà du nouveau’, cela fut dans les siècles qui nous ont précédés» (Qohélet 1,9-10). Avouons-le : le ton quelque peu désabusé du vieux sage Qohélet rend à nos oreilles un son étrangement familier. N’est-il pas vrai, en effet, que le monde se répète et que l’histoire bégaye, en apparence au moins ? N’est-il pas vrai que, toujours, le méchant opprime et que manque le pauvre et que pleure l’enfant d’un malheur qui vient ou qui viendra ? Oui, c’est vrai ; mais il y a plus vrai encore.

Au seuil de cet Avent, qui commence à la fin de cette semaine, le Seigneur nous adresse une autre parole. Elle tient en deux mots : nouveauté et fidélité. N’en déplaise à Qohélet, du neuf peut vraiment se produire, même en ce vieux monde saturé d’habitudes. La première chose qu’il nous soit demandé, c’est de faire ce crédit à Dieu qu’il ait vraiment cette puissance d’agir dans notre monde et dans notre propre histoire. De croire qu’il n’est pas ce grand horloger qui, une fois lancée la machine de l’histoire, ne ferait qu’assister, impuissant, depuis son ciel royal, à l’écoulement inexorable du temps. De croire que Dieu est présent. Que Dieu agit. Que Dieu intervient.

Mais parce que nous ne savons pas toujours le voir ni le croire, la liturgie de ce premier dimanche de l’Avent nous propose de nous asseoir pour écouter, comme savent le faire les enfants, une histoire haute en couleurs : celle du patriarche Noé. Et au cas où nous n’en comprendrions pas la raison, l’évangile nous donne un indice : «L’avènement du Fils de l’homme ressemblera à ce qui s’est passé à l’époque de Noé» (Matthieu 24,37). Voilà donc pourquoi, durant toute cette semaine, nous allons scruter cette drôle d’histoire parfaitement invraisemblable de monde englouti et d’animaux enfermés dans une arche, de colombe et de rameau d’olivier, et qui finit sur un bel arc-en-ciel… Un conte d’hier qui nous parle d’aujourd’hui et nous invite à contempler le Dieu de toute nouveauté et de toute fidélité, le Dieu qui agit dans notre histoire.

C’est le sens même du temps de l’Avent. Nous n’allons pas vers la célébration d’un bel événement enfermé dans un lointain passé dont nous nous efforcerions – avec plus ou moins de succès – de scruter les traces jusque dans notre présent, mais nous attendons la venue véritable du Seigneur dans notre histoire et dans notre propre vie. L’événement n’est pas derrière mais devant nous ! Il est donc juste de s’y préparer. Et l’Écriture appelle cela : «veiller». «Frères, nous dira l’apôtre Paul, vous le savez : c’est le moment, l’heure est venue de sortir de votre sommeil. La nuit est bientôt finie, le jour est tout proche» (Romains 13,1-3).