Mercredi 24 novembre

Le projet du Dieu d'amour

Le visage de Dieu que nous découvrons aujourd’hui dans notre lectio divina sur la Genèse peut nous déconcerter voire nous choquer. Si cette histoire a vocation à nous révéler quelque chose du mystère de Dieu dans sa relation avec le monde et avec l’homme, comment faut-il comprendre cet accès de violence de la part d’un Dieu que la Bible entière s’attache pourtant à nous présenter comme «lent à la colère, tendre et miséricordieux»… «Tout ce qui est sur la terre doit périr», dit Dieu. Le Dieu créateur et donateur de vie reprendrait-il son don ? Le Dieu d’amour ne vaudrait-il finalement pas plus cher que ses concurrents démiurges des autres religions orientales ? Mais il faut lire l’histoire en entier. Le projet de Dieu n’est pas de détruire mais de sauver ce qui est bon : «j’établirai mon alliance avec toi et tu entreras dans l’arche, toi et tes fils, ta femme et les femmes de tes fils avec toi». L’image même du déluge renvoie aux premiers versets de la Genèse où il est écrit que «l’Esprit de Dieu planait sur les eaux» (Genèse 1,1). C’est donc d’une recréation qu’il s’agit. Dieu reprend son œuvre pour la parfaire puisqu’elle s’est pervertie. Dieu a ce pouvoir de remettre du bien là où la liberté de l’homme a choisi – par ignorance peut-être – de mettre le mal. Et ce que l’auteur de la Genèse présente comme une destruction peut aussi être compris comme une promesse : «On ne fera plus de mal ni de violence sur toute ma montagne sainte, car le pays sera rempli de la connaissance du Seigneur, comme les eaux couvrent le fond de la mer» (Isaïe 11,9).

 

Genèse 6,13...7,23
6 [13] Dieu dit à Noé : «La fin de toute chair est arrivée, je l’ai décidé, car la terre est pleine de violence à cause des hommes et je vais les faire disparaître de la terre. [14] Fais-toi une arche en bois résineux, tu la feras en roseaux et tu l’enduiras de bitume en dedans et en dehors. […] [17] Pour moi, je vais amener le déluge, les eaux, sur la terre, pour exterminer de dessous le ciel toute chair ayant souffle de vie : tout ce qui est sur la terre doit périr. [18] Mais j’établirai mon alliance avec toi et tu entreras dans l’arche, toi et tes fils, ta femme et les femmes de tes fils avec toi. […]

7 [10] Au bout de sept jours, les eaux du déluge vinrent sur la terre. [11] En l’an 600 de la vie de Noé, le second mois, le dix-septième jour du mois, ce jour-là jaillirent toutes les sources du grand abîme et les écluses du ciel s’ouvrirent. [12] La pluie tomba sur la terre pendant 40 jours et 40 nuits. [13] Ce jour même, Noé et ses fils, Sem, Cham et Japhet, avec la femme de Noé et les trois femmes de ses fils, entrèrent dans l’arche, [14] et avec eux les bêtes sauvages de toute espèce, les bestiaux de toute espèce, les bestioles de toute espèce qui rampent sur la terre, les volatiles de toute espèce, tous les oiseaux, tout ce qui a des ailes. [15] Auprès de Noé, entra dans l’arche un couple de tout ce qui est chair, ayant souffle de vie, [16] et ceux qui entrèrent étaient un mâle et une femelle de tout ce qui est chair, comme Dieu le lui avait commandé. Et le Seigneur ferma la porte sur Noé. [17] Il y eut le déluge pendant 40 jours sur la terre ; les eaux grossirent et soulevèrent l’arche, qui fut élevée au-dessus de la terre. [18] Les eaux montèrent et grossirent beaucoup sur la terre et l’arche s’en alla à la surface des eaux. [19] Les eaux montèrent de plus en plus sur la terre et toutes les plus hautes montagnes qui sont sous tout le ciel furent couvertes. [20] Les eaux montèrent quinze coudées plus haut, recouvrant les montagnes. [21] Alors périt toute chair qui se meut sur la terre : oiseaux, bestiaux, bêtes sauvages, tout ce qui grouille sur la terre, et tous les hommes. [22] Tout ce qui avait une haleine de vie dans les narines, c’est-à-dire tout ce qui était sur la terre ferme, mourut. [23] Ainsi disparurent tous les êtres qui étaient à la surface du sol, depuis l’homme jusqu’aux bêtes, aux bestioles et aux oiseaux du ciel : ils furent effacés de la terre et il ne resta que Noé et ce qui était avec lui dans l’arche.

 

Seigneur, tu es le Créateur et le Dieu d’amour. Tu viens non pour détruire mais pour relever, non pour démolir mais pour planter. Sois béni pour l’arche de ta miséricorde en laquelle tu abrites ceux qui se tournent vers toi. Sois béni pour la source du pardon qui lave et purifie le cœur de tout homme. Sois béni, toi qui viens habiter notre chair faible et capable de péché pour la rendre capable de divinité. Amen.