Étape 4 – Consentir avec Joseph

Chaque semaine, un parcours biblique vous est proposé qui conduit au dimanche suivant : une courte introduction suivie du texte biblique et d'une prière. Pensez à télécharger la version imprimable, plus pratique pour vivre votre Route de Noël un peu à distance de l'écran et n'oubliez pas non plus les podcasts !... Sur cette page, les articles «Bible en main» sont publiés jour après jour pendant toute la semaine.

Samedi 18 décembre

Collaborer pour le bien

«Avec ceux qui l’aiment, Dieu collabore en tout pour leur bien.» Au terme de cette semaine où nous avons médité avec Joseph sur l’attitude spirituelle juste, face à ce que toute vie humaine recèle d’imprévu, de contrariétés, d’épreuves, voici que la clé théologique nous est apportée par l’apôtre Paul. Et plus clairement encore dans la traduction qu’en donne le latin de la Vulgate : «Tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu». Il ne s’agit pas de nier la souffrance ou l’injustice, ni de se satisfaire béatement de la marche faussée du monde. Pas plus qu’il ne convient de voir en «ceux que d’avance Dieu a discernés» une caste d’élus qui jouiraient de privilèges particuliers. Non, c’est tout homme que Dieu a «discerné», ou encore, comme le dit Paul aux Éphésiens, qu’il a «élu en lui dès avant la fondation du monde» (1,4) ; c’est tout homme qui a vocation à «reproduire l’image de son Fils», c’est-à-dire à développer, avec la grâce venue de l’incarnation rédemptrice du Christ, l’image de Dieu déposée en lui au premier jour, jusqu’à redevenir pleinement fils et entrer dans le partage de la gloire et du bonheur trinitaires. Tel est le dessein de Dieu et tel il s’offre à tout homme. Tous ne sont pas appelés à «collaborer» à ce dessein de Dieu à la manière de Joseph, c’est certain ! Mais chacun est appelé à prendre conscience que la manière dont il vit les joies et les épreuves qui tissent toute existence peut hâter ou contrarier la réalisation du Royaume de Dieu. Chacun est appelé à acquiescer profondément à tout ce qui fait croître, en lui et autour de lui, non la division mais l’unité, non la rancune mais la fraternité, non la tristesse mais la joie, non l’accusation et le ressentiment mais l’amour et la paix. Pour que la vie, par-delà les vicissitudes qu’elle peut connaître, déjà lui soit plus douce, et qu’elle porte des fruits d’éternité.

 

Romains 8,28-32
[28] Et nous savons qu’avec ceux qui l’aiment, Dieu collabore en tout pour leur bien, avec ceux qu’il a appelés selon son dessein. [29] Car ceux que d’avance il a discernés, il les a aussi prédestinés à reproduire l’image de son Fils, afin qu’il soit l’aîné d’une multitude de frères ; [30] et ceux qu’il a prédestinés, il les a aussi appelés ; ceux qu’il a appelés, il les a aussi justifiés ; ceux qu’il a justifiés, il les a aussi glorifiés. [31] Que dire après cela ? Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? [32] Lui qui n’a pas épargné son propre Fils mais l’a livré pour nous tous, comment avec lui ne nous accordera-t-il pas toute faveur ?

 

Seigneur, tu as mis en nous, dès avant la fondation du monde, ton image inaltérable pour que nous la fassions grandir vers la ressemblance parfaite. Tu nous as envoyé ton Fils afin qu’il nous apprenne à vivre devant toi en fils libres et aimants, et nous rassemble par sa mort-résurrection, dans l’unité de ton amour. Sois béni pour cet incompréhensible amour qui a mené le Fils à la mort pour que vivent les fils. Sois béni pour ta grâce qui nous fait traverser les plus larges déchirures de nos vies secouées par le mal. Sois béni pour la paix que tu donnes – non pas à la manière du monde – et pour la joie fragile que tu fais éclore jusqu’au cœur des épreuves. Donne-nous de nous abandonner à toi, avec la confiance de l’Enfant de la crèche que nous allons fêter, toi qui es notre Père. Amen.

   

Vendredi 17 décembre

Le consentement du fils

«La Sagesse n’abandonna pas le juste vendu, mais elle l’arracha au péché, elle descendit avec lui dans la citerne, elle ne le délaissa pas dans les fers.» Ainsi le livre de la Sagesse commente-t-il les épreuves du premier Joseph (Sagesse 10,13?14). À tant accompagner les justes, à tant avoir compassion des éprouvés, ce que les anciens entrevoyaient comme la Sagesse de Dieu – Dieu lui-même – a fini par accomplir ce mouvement inouï que nul n’aurait pu imaginer : Dieu est venu, dans le fracas du monde, habiter notre condition d‘homme. Et Joseph, le second Joseph, l’époux de la Vierge Marie, en est le témoin émerveillé, gardant au cœur le nom révélé de l’enfant miraculeux : «Dieu sauve». Tout dans son histoire, dans leur histoire commune à présent, continue d’être obéissance et étonnement, accomplissement de ce qu’il a à faire et consentement à ce qui advient. Il part présenter l’enfant au Temple «selon la Loi du Seigneur» – et voici que l’Esprit Saint transforme l’accomplissement de la Loi en annonce prophétique. Il est annoncé que cet enfant sera lumière pour tous les peuples – mais aussi qu’il sera signe de contradiction. Car Celui qui est paix va connaître le rejet et la violence ; la réconciliation qu’il apporte, c’est dans sa chair crucifiée qu’il l’établira. Et Joseph comprend que c’est Dieu lui-même, Dieu, le premier, qui a consenti. Consenti à ce que dans le Fils s’incarne le dessein d’amour trinitaire. Consenti à connaître jusqu’à la mort de l’homme, afin d’arracher l’homme à la mort. Ce n’est pas un hasard si, en écho à ce Joseph présent à la naissance de Jésus et témoin du mystère de l’Incarnation, un troisième Joseph, Joseph d’Arimathie, «un juste» lui aussi, préside à l’ensevelissement du Fils, témoin du mystère de la Rédemption (Luc 23,50-53). Dans le Temple où l’on sacrifie les colombes, Joseph comprend, encore obscurément, que le consentement au dessein de Dieu passe par la chair et le cœur de cet enfant et qu’il traverse de même ceux qui l’aiment et choisissent de le suivre. Et que, par la mystérieuse alchimie du salut, de là peut naître la joie.

 

Luc 2,33-35
[33] Son père et sa mère étaient dans l’étonnement de ce qui se disait de lui. [34] Syméon les bénit et dit à Marie, sa mère : «Vois ! cet enfant doit amener la chute et le relèvement d’un grand nombre en Israël ; il doit être un signe en butte à la contradiction – [35] et toi-même, une épée te transpercera l’âme ! – afin que se révèlent les pensées intimes de bien des cœurs.»

 

Seigneur Jésus, au matin de ta vie, tu es offert dans le Temple, comme au soir tu t’offriras librement sur la croix pour le salut du monde ; et les langes qui t’enserrent déjà préfigurent les bandelettes qui entoureront ton corps déposé au tombeau. Sois béni pour ces puits, ces citernes, ces enfers que tu as voulu visiter jusqu’en leurs profondeurs pour descendre plus bas encore que l’homme le plus désespéré, le plus perdu, et pour le faire remonter – et nous tous avec toi – jusqu’au plus haut, dans le lieu du bonheur éternel qui nous est préparé. Donne à ceux qui souffrent de sentir ta présence dans leurs ténèbres. Donne-nous, face aux contradictions que nous souffrons, la paix que les anges ont chantée dans la nuit de ta Nativité et que tu viens apporter à tous les hommes, toi le Fils qui t’es fait notre Frère aîné. Amen.

   

Jeudi 16 décembre

Artisan du dessein de Dieu

On aurait envie de leur dire, à ces frères de Joseph, qu’ils n’ont vraiment rien compris. Alors qu’ils avaient essayé de se débarrasser de leur jeune frère, celui-ci devenu l’homme de confiance du Pharaon, les a accueillis en Égypte, leur permettant d’échapper à la famine ; et, des années plus tard, ils craignent sa vengeance. C’est qu’ils ne voient pas plus loin que les motivations humaines, qu’ils ne raisonnent qu’en termes de sentiments – leur jalousie passée, la colère supposée de Joseph – ou en termes d’intérêt, qui motive jusqu’à leur demande de pardon. Joseph, lui, voit plus large, plus haut ; les arrangements humains, plus ou moins pitoyables, ne l’intéressent pas ; il choisit de se situer au plan de Dieu. De contempler avec les yeux de Dieu la trajectoire d’épreuves et de grâces qui l’a menée jusqu’à ce jour. Et il y discerne clairement la trace du Dieu du salut : «Le mal que vous aviez dessein de me faire, le dessein de Dieu l’a tourné en bien, afin d’accomplir ce qui se réalise aujourd’hui : sauver la vie à un peuple nombreux» (50,20). Non, le Seigneur ne s’est pas servi de lui comme d’un appât, pour parvenir à ses fins : ce serait une façon d’agir digne des frères de Joseph, mais non de Dieu ! Mais, prenant acte de leur désir de voir mourir leur frère, il l’a transmué en un don de la vie renouvelé pour Joseph et pour tous les siens. Joseph n’a pas été une victime ou un pion, ce qui aurait été odieux ; il a su, lui aussi, transmuer sa souffrance et sa rancune en confiance, et a pu ainsi accueillir le don de la vie que lui faisait Dieu. Ainsi, mystérieusement, la remise de soi à Dieu, jusqu’au profond de l’épreuve, permet de participer à l’avènement du salut – le nôtre et celui de tous les hommes, pécheurs et souffrants.

 

Genèse 50,15-21
15] Voyant que leur père était mort, les frères de Joseph se dirent : «Si Joseph allait nous traiter en ennemis et nous rendre tout le mal que nous lui avons fait ?» [16] Aussi envoyèrent-ils dire à Joseph : «Avant de mourir, ton père a exprimé cette volonté : [17] Vous parlerez ainsi à Joseph : Ah ! pardonne à tes frères leur crime et leur péché, tout le mal qu’ils t’ont fait ! Et maintenant, veuille pardonner le crime des serviteurs du Dieu de ton père !» Et Joseph pleura aux paroles qu’ils lui adressaient. [18] Ses frères eux-mêmes vinrent et, se jetant à ses pieds, dirent : «Nous voici pour toi comme des esclaves !» [19] Mais Joseph leur répondit : «Ne craignez point ! Vais-je me substituer à Dieu ? [20] Le mal que vous aviez dessein de me faire, le dessein de Dieu l’a tourné en bien, afin d’accomplir ce qui se réalise aujourd’hui : sauver la vie à un peuple nombreux. [21] Maintenant, ne craignez point : c’est moi qui vous entretiendrai, ainsi que les personnes à votre charge.» Il les consola et leur parla affectueusement.

 

Seigneur, tu viens visiter et habiter nos épreuves, et tu veux en faire jaillir un surcroît de vie. Sois béni, Dieu de toute vie, Maître de la résurrection, toi qui viens «changer les rochers en étang et les cailloux en source», qui changes le mal jailli du cœur de l’homme en bénédiction retombant sur tous. Sois béni pour ton pardon qui nous renouvelle, et pour la capacité de pardonner que tu mets en nous et qui nous donne de pouvoir, à notre tour, guérir les blessures et faire jaillir des sources. Viens effacer les jalousies, les rivalités, les divisions. Viens être notre paix, toi qui veux voir tous tes enfants rassemblés dans l’unité, réconciliés en ton amour, toi le Dieu unique et saint. Amen.

   

Mercredi 15 décembre

Obéissant à la parole

Le lointain descendant du patriarche Joseph n’en a pas, lui non plus, fini avec les songes. L’ange lui avait dit : «Prends chez toi Marie ton épouse» (Matthieu 1,20) ; et Joseph avait obéi à ce dessein immense d’amour qui le mettait à une place démesurée, le faisant protecteur et gardien de l’Enfant et de sa mère. Et voici que, de nouveau, l’ange vient habiter ses songes : «Lève-toi...» Il ne s’agit plus de «prendre chez» lui, mais de «prendre avec» lui, et de partir. De fuir en Égypte, puis de revenir en Terre Sainte, faisant ainsi accomplir à l’enfant le trajet libérateur qui avait formé le peuple du Seigneur à travers la mer et le désert. Joseph est le fils de ce peuple, le fils de cette histoire menée par un Dieu Sauveur. Joseph est l’homme obéissant à la Parole efficace de Dieu qui, à travers lui, se fait action de salut. Car Celui qui est le salut des hommes a voulu d’abord devoir son salut à un homme. Mais il n’est pas serviteur à la manière de ce soldat docile à l’ordre du centurion : «Je dis à l’un : Va !, et il va, et à un autre : Viens !, et il vient» (Matthieu 8,9). Son obéissance est celle d’un fils, qui sait que ce que son Père lui demande est le meilleur pour lui. Une obéissance immédiate et confiante, mais qui sait aussi discerner avec prudence et intelligence les meilleures dispositions à prendre. Une obéissance, note le rédacteur, qui accomplit la Parole telle qu’elle se donne à lire dans l’Écriture. N’est-ce pas par ce biais que nous parvient aujourd’hui la voix de l’Ange du Seigneur ?

 

Matthieu 2,13-15.19-23
[13] Après leur départ, voici que l’Ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph et lui dit : «Lève-toi, prends avec toi l’enfant et sa mère, et fuis en Égypte ; et restes-y jusqu’à ce que je te dise. Car Hérode va rechercher l’enfant pour le faire périr.» [14] Il se leva, prit avec lui l’enfant et sa mère, de nuit, et se retira en Égypte ; [15] et il resta là jusqu’à la mort d’Hérode ; pour que s’accomplît cet oracle prophétique du Seigneur : D’Égypte j’ai appelé mon fils. (…)
[19] Quand Hérode eut cessé de vivre, voici que l’Ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph, en Égypte, [20] et lui dit : «Lève-toi, prends avec toi l’enfant et sa mère, et mets-toi en route pour la terre d’Israël ; car ils sont morts, ceux qui en voulaient à la vie de l’enfant.» [21] Il se leva, prit avec lui l’enfant et sa mère, et rentra dans la terre d’Israël. [22] Mais, apprenant qu’Archélaüs régnait sur la Judée à la place d’Hérode son père, il craignit de s’y rendre ; averti en songe, il se retira dans la région de Galilée [23] et vint s’établir dans une ville appelée Nazareth ; pour que s’accomplît l’oracle des prophètes : Il sera appelé Nazôréen.

 

Sois béni, Seigneur, pour ce don inépuisable de l’Écriture que nous scrutons au long des jours et qui devient en nous ta Parole vivante et agissante. Rends-nous dociles à ta voix qui, par elle, nous trace le chemin. Sois béni pour tous ceux qui, au long des siècles, l’ont étudiée, expliquée, transmise, et pour ton Église qui a gardé «le dépôt» et le partage abondamment à ses enfants. Éveille en nous le goût de t’entendre, d’appendre à te connaître, de mettre nos pas dans les pas de ceux qui nous ont précédés au long de cette histoire sainte que tu écris pour nous, que nous écrivons avec toi, qui est la trame de notre histoire, toi qui nous attends, au terme de la route, dans le repos béni de ta maison. Amen.

   

Mardi 14 décembre

L'homme aux songes

L’évocation de Joseph, l’époux de Marie, éveille le souvenir d’un autre Joseph. D’un premier Joseph qui apparaît dans la Genèse, onzième fils du patriarche Jacob. Il ne préfigure pas en tous points le second, mais il a en commun avec lui d’être «l’homme aux songes» (Genèse 37,19). Dès sa jeunesse, on le voit attentif à ses rêves dont il ne comprend pas encore le sens, mais qui lui semblent suffisamment importants pour qu’il s’en ouvre à ses frères, qui le jalousent, et à son père qui, comme il le sera dit de Marie (Luc 2,19.51), garde ces événements dans son cœur et les médite. Ce Joseph est, lui aussi, un homme aux projets détournés : il part à la rencontre de ses frères, par obéissance à leur père, et le voilà prisonnier en Égypte ; il parvient à y devenir un intendant respecté, et le voilà injustement accusé et emprisonné. Mûri par les épreuves, il comprend alors le langage des songes comme des messages venus de Dieu, et sait les interpréter pour Pharaon ; et de nouveau il se voit confié de hautes missions. À travers les images de ce conte oriental, c’est bien la même écoute de Dieu, quelles que soient les vicissitudes ou les réussites, le même regard de bienveillance, sans acrimonie ni rancune, porté sur les situations comme sur les personnes. N’y aurait-il pas, dans cette obéissance face aux événements – qui n’est en rien soumission ni résignation, et n’empêche ni l’intelligence ni l’initiative – n’y aurait-il pas dans cet abandon aux circonstances la marque d’une confiance filiale inaltérable qui assure la paix ?

 

Genèse 37,2-11
[2] Joseph avait dix-sept ans. (…). [3] Israël aimait Joseph plus que tous ses autres enfants, car il était le fils de sa vieillesse, et il lui fit faire une tunique ornée. [4] Ses frères virent que son père l’aimait plus que tous ses autres fils et ils le prirent en haine, devenus incapables de lui parler amicalement. [5] Or Joseph eut un songe et il en fit part à ses frères qui le haïrent encore plus. [6] Il leur dit : «Ecoutez le rêve que j’ai fait : [7] il me paraissait que nous étions à lier des gerbes dans les champs, et voici que ma gerbe se dressa et qu’elle se tint debout, et vos gerbes l’entourèrent et elles se prosternèrent devant ma gerbe.» [8] Ses frères lui répondirent : «Voudrais-tu donc régner sur nous en roi ou bien dominer en maître ?» Et ils le haïrent encore plus, à cause de ses rêves et de ses propos. [9] Il eut encore un autre songe, qu’il raconta à ses frères. Il dit : «J’ai encore fait un rêve : il me paraissait que le soleil, la lune et onze étoiles se prosternaient devant moi.» [10] Il raconta cela à son père et à ses frères, mais son père le gronda et lui dit : «En voilà un rêve que tu as fait ! Allons-nous donc, moi, ta mère et tes frères, venir nous prosterner à terre devant toi ?» [11] Ses frères furent jaloux de lui, mais son père gardait la chose dans sa mémoire.

 

Seigneur, par des biais que toi seul connais, tu viens parler à notre cœur, car chacun de nous est pour toi ce fils bien-aimé, ce fils préféré que tu veux revêtir de «la tunique de ta justice». Aide-nous à reconnaître ceux que tu nous envoies, à comprendre les paroles d’amour que tu nous adresses à travers événements et rencontres. Fais grandir en nous la confiance, qui reçoit tout comme un cadeau de ta main. Ne permets pas que l’amertume ou la colère ne viennent jamais déformer et troubler pour nous le visage du monde et garde-nous dans la paix, ta «paix qui surpasse toute intelligence». «Je n’ai pas le cœur fier ni le regard hautain. Non, je tiens mon âme en paix et silence, comme un petit enfant contre sa mère». Amen.

   

Lundi 13 décembre

Un homme dérouté

Matthieu présentait Joseph endormi et visité par un ange. Luc le montre bien éveillé, actif et veillant à tout. Mais dans les deux évangiles, il fait preuve de la même qualité : Joseph est l’homme qui accepte d’être dérouté, qui fait des projets mais accepte de les voir modifiés. Il ne fait pas contre mauvaise fortune bon cœur ; non, il endosse réellement, positivement, le rôle qu’il n’avait pas envisagé mais qu’il doit assumer. Ici, ce n’est pas le plan divin qui diverge du sien, mais, plus modestement, le désir d’un empereur voulant compter ses sujets. Et Joseph, au lieu de demeurer paisiblement à Nazareth, dans l’attente de l’enfant de Marie, doit se lever et partir. Il part pour l’autre bout de la Terre Sainte, tout au sud. Des douces collines de Galilée vers les terres brunes et sèches de Judée. On l’imagine calme, précis, préparant au mieux cette route difficile que Marie va parcourir avec lui. Sans révolte ni murmure, attentif seulement à veiller, autant qu’il le peut, aux conditions de ce voyage inattendu. Silencieux certainement, comme les véritables obéissants ; actif et paisible. Joseph sait que, par-delà les accidents imprévus du parcours, Dieu est là qui écrit tout droit.

 

Luc 2,1-5
[1] Or, il advint, en ces jours-là, que parut un édit de César Auguste, ordonnant le recensement de tout le monde habité. [2] Ce recensement, le premier, eut lieu pendant que Quirinius était gouverneur de Syrie. [3] Et tous allaient se faire recenser, chacun dans sa ville. [4] Joseph aussi monta de Galilée, de la ville de Nazareth, en Judée, à la ville de David, qui s’appelle Bethléem, - parce qu’il était de la maison et de la lignée de David - [5] afin de se faire recenser avec Marie, sa fiancée, qui était enceinte.

 

Père qui veilles sur chacun de tes enfants et conduis sa marche, donne-nous la confiance simple et active de Joseph. Fais que nous soyons moins attachés à nos projets qu’au désir d’accomplir ta volonté, moins accrochés à nos idées qu’à la volonté de discerner le plus grand bien. Sois la force de ceux dont la vie est dévastée par des événements imprévus. Sois la lumière de ceux que l’inconnu angoisse et qui se crispent sur des certitudes ou des habitudes qui les retiennent d’aller vers la nouveauté absolue que tu es. Et qu’à la prière de saint Joseph, nous demeurions attentifs aux signes des temps et prompts à les saisir pour bâtir ton Royaume. Amen.

   

Du 13 au 19 décembre

Consentir avec Joseph

Alors que la Nativité du Sauveur approche, nous faisons route, cette semaine, avec Joseph, l’époux de Marie, que l’Écriture qualifie sobrement d’«homme juste». Le passage de l’évangile selon saint Matthieu qui sera lu dimanche, montre en effet Joseph confronté à un dilemme qui déchire son cœur tout autant que sa foi : peut-il croire en ce que lui dit sa fiancée enceinte et imaginer que le Très-Haut ait pu la visiter ? Doit-il, comme la Loi l’y oblige, la dénoncer, la condamnant ainsi à la mort par lapidation ? Si Marie lui a menti, comment ne pas la livrer, mais comment aussi ne pas avoir pitié d’elle et de la vie qu’elle porte ? Si Marie a dit vrai, comment admettre qu’Adonaï, l’Éternel, Celui dont par respect on tait le nom, ait voulu recevoir d’elle un corps de chair ?

Parvenus à ce point de notre retraite où nous avons adopté l’attitude de vigilance demandée par le Seigneur, où nous avons osé regarder en face notre péché, pour pouvoir attendre et espérer avec encore plus de force la venue d’un Sauveur, il nous est bon à présent de considérer le mouvement spirituel que Joseph a dû accomplir. Il ne faudrait pas trop imaginer à cela des ressorts ou des motivations psychologiques dont l’Écriture ne dit rien, tout simplement parce qu’elle ne se situe pas sur ce plan-là. Il ne faudrait pas non plus ne retenir que l’aspect exceptionnel – unique, il est vrai – de son histoire, ce qui nous empêcherait d’en tirer quoi que ce soit pour nous-mêmes. C’est pourquoi, en alternance avec les épisodes concernant Joseph que rapportent les évangiles de l’enfance en Matthieu et en Luc, nous lirons aussi quelques extraits de l’histoire d’un autre Joseph, que nous rapporte longuement la Genèse entre les chapitres 37 et 50. La confrontation de leurs histoires nous permettra de saisir que, dans des circonstances dramatiques, tous deux ont développé une même attitude spirituelle, aux antipodes de la révolte ou de l’amertume, de la rancœur ou de la colère, et que l’on peut nommer d’un mot qui sonne parfois désagréablement à nos oreilles, et qui est beau cependant : le consentement.

Consentir, au sens plein du terme, ce n’est pas accepter du bout des lèvres, ce qu’on ne peut éviter ; ce n’est pas non plus acquiescer à tout par faiblesse ou lâcheté, et se trouver placé en position de victime. Non, c’est au contraire faire un usage très profond et très personnel de sa liberté, qui permet, par-delà la souffrance éprouvée, l’incompréhension parfois, de choisir de placer sa confiance en Celui qui a tout créé dans l’harmonie, et guide en sa Providence la marche du monde, malgré cahots et aléas. Cela suppose, non de la passivité, mais au contraire une volonté capable de dépasser ce que l’on ressent pour s’ouvrir aux autres et à Dieu. On se met ainsi en condition d’accueillir ce qui advient et de parvenir à y discerner un sens : le sens que Dieu, dans le jeu de la liberté et de la grâce, imprime à l’histoire – l’histoire du monde et l’histoire de chacun –, pour la réalisation de son dessein de salut.

Consentir est donc une attitude spirituelle comparable au mouvement d’abandon décrit par le P. Victor Sion (La grâce de l'instant présent), qui consiste à regarder lucidement l’événement, la situation, la difficulté, et ses répercussions en moi ; puis à l’accueillir, c’est-à-dire à accepter qu’il soit ainsi et qu’il puisse devenir chemin pour moi ; et enfin à l’offrir, à me remettre à Dieu, non dans l’abstraction, mais dans tout mon être, avec ces circonstances concrètes que je vis. Mais, plus encore, consentir devient alors une attitude de foi qui me donne de collaborer, à mon humble mesure, au salut du monde, puisque je laisse le Sauveur visiter en moi ces blessures ou ces impossibilités : par mon consentement, j’accueille le salut, j’actualise le salut offert à profusion par Dieu, et le monde, autour de moi, s’en trouve un peu plus sauvé. Le consentement arrache en nous les «racines amères» (Jacques 3,14), tous les sentiments négatifs de colère, de rancune, de tristesse, qui nous empoisonnent, et fait goûter les dons laissés par Jésus à ses apôtres : sa paix (Jean 14,27) et sa joie que nul ne peut ravir (Jean 16,24).