Le berger répond à vos questions

Le berger répond sur cette page à vos questions bibliques ou théologiques, liées au thème de la Route de Noël et des textes bibliques proposés à la lectio divina.

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Maëlle: Liberté

Bonjour, et merci pour vos commentaires, qui m'ont souvent aidé à découvrir des choses nouvelles et belles dans ces lectures. Je me permets une question sans lien direct avec cette retaite. Dieu a souhaité créer un homme doté de liberté. Pourtant Dieu n'a pas demandé à chaque homme s'il souhaitait exister. Chaque homme n'a pu choisir librement d'exister ou pas. Je suis consciente de l'impossibilité – humaine – de demander à quelqu'un qui n'a pas encore existé s'il souhaitait exister. En arrière-fond évidemment la question du mal, non pas le mal qu'on choisit ou non de faire, mais le mal qui s'abat parfois sur des personnes sans raison. Pourriez-vous m'éclairer ?

 

Bonjour, bien sûr, la liberté est la grande question pour l'homme ! Demander l'avis de quelqu'un qui n'existe pas... difficile, comme vous le faites remarquer vous-même ! Impossible même... Or Dieu ne s'engage pas sur la voie de l'impossible, mais sur la voie de la création, c'est-à-dire de la vie et de l'amour. D'une certaine façon, Dieu fait lui-même aussi un pari sur la liberté de l'homme. Dieu fait le pari de la vie. Votre question au fond est l'antique question du philosophe : Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? L'unique réponse, je crois, est celle-ci : parce que Dieu est amour. Parce que Dieu, amour du Père pour le Fils et l'Esprit, amour du Fils pour le Père et l'Esprit, et amour de l'Esprit pour le Père et le Fils, a voulu ouvrir cette communion à «autre» que lui. Parce que cette joie a nécessité de se répandre et de se donner. Mais parce que Dieu ne veut pas créer une marionnette mais un partenaire libre et responsable, il l'a créé libre.

 

Et c'est ici que nous rejoignons la problématique du mal. Cela reste bien sûr en grande partie un mystère, mais nous pouvons au moins dire ceci que Dieu ne «borde» pas sa création : il donne à sa créature et à la création qu'elle habite un véritable espace de liberté. Rien n'est conditionné. Rien n'est prédestiné. Dieu invite l'homme à le rejoindre mais celui-ci peut dire non. Dieu a créé l'univers pour qu'il soit le tabernacle de sa présence mais l'homme peut en faire tout autre chose et, se laissant hypnotiser par sa propre grandeur, rétrécir sa vocation à ses seules dimensions : c'est cela le péché originel. Se tromper de but, se tromper de grandeur, se tromper de référence, ne pas se reconnaître créature de Dieu... Le mal voulu rayonne alors alors en mal subi et tôt ou tard touche des personnes qui, en apparence n'ont rien à voir avec ce mal là. Je me permets de dire – avec précaution – : en apparence seulement, car le mal que je constate ici ou là est nécessairement le «cousin» du mal qui habite en mon propre cœur. Il serait illusoire de se croire innocent !

 

Revenons à Noël... Dieu lui-même ne s'est pas voulu indemne de ce mal : il envoie son propre Fils partager notre condition d'homme libre et l'accomplir pleinement, c'est-à-dire l'offrir par amour pour les hommes et pour le Père. C'est à partir du visage du Christ que nous pouvons comprendre ce qu'est la liberté. Cela vaut donc la peine de contempler la Nativité !

Mercredi, 22 Décembre 2010

Roseline, Belgique: Demande un signe

Bonjour, et merci de m'éclairer sur la phrase suivante : «Demande pour toi un signe...» (Isaïe 7,10-16) et la réponse d'Achaz qui ne veut pas mettre Dieu à l'épreuve. Je ne comprends pas, je trouve que ne pas vouloir mettre Dieu à l'épreuve est une bonne chose. Cela me fait penser à la phrase de Jésus qui dit : «Ma grâce vous suffit» et cette autre : «il ne vous sera donné d'autre signe que celui de Jonas». Le dernier verset me semble aussi obscur, que signifie-t-il ?

 

Bonjour, Il est effectivement difficile de bien saisir certaines paroles bibliques quand on les coupe de leur contexte. Ici le prophète est venu porter à Achaz un oracle de la part du Seigneur, et c'est devant le scepticisme du roi qu'il lui propose de demander un signe confirmant la parole qu'il a eu pour mission de lui apporter. La réponse d'Achaz qui est, comme vous le dites, par elle-même tout à fait juste (elle est citée par Jésus dans sa réponse au tentateur), dans ce contexte peut donc se comprendre comme un échappatoire : Achaz a déjà établi un plan humain pour sauver son royaume de l'ennemi, et ne désire pas que ce plan soit remis en question par la parole du Seigneur ; d'où son refus, faussement peureux ! Ce n'est donc pas du tout la même situation que celle de Paul qui, lui, a prié pour qu'une épreuve (qu'il appelle «une écharde dans la chair») lui soit épargnée et qui s'entend répondre : «Ma grâce te suffit». Bien que par des moyens en apparence opposés, les deux sont invités à mettre toute leur foi en Dieu ; l'un en demandant, l'autre en ne demandant pas...

 

Quant au dernier verset, effectivement difficile, il complète l'oracle de salut pour indiquer que bientôt (avant que l'enfant ait beaucoup grandi), les ennemis qui épouvantent Achaz auront été mis en fuite. C'est donc la promesse assurée du secours de Dieu.

Mardi, 21 Décembre 2010

Marie Louise: Prophétie d'Isaïe sur la naissance de Jésus ?

Isaïe dit au présent : «Un enfant nous est né». S'agit-il vraiment de la naissance de Jésus dans la mesure où Isaïe a vécu bien longtemps avant Jésus ?

 

Bonjour et merci de votre question qui atteste que vous lisez la Bible avec attention ! Votre question cependant ne peut recevoir une réponse tout d'un bloc. Si vous vous interrogez pour savoir qui le prophète avait en tête lorsqu'il parlait de cet «enfant», alors il faut probablement répondre «non». Isaïe se situant bien dans son temps et pensant plus probablement à un héritier royal par qui viendrait le salut pour le peuple. Donc Isaïe ne «prédisait» même pas la naissance de Jésus !

 

En revanche, si l'on considère ce que l'on appelle le «sens plénier» de l'Écriture, alors il est impossible de ne pas reconnaître dans cet «enfant», qui est aussi «Conseiller merveilleux, Dieu fort, Père à jamais» et «Prince de Paix», une figure de Jésus, le Messie. C'est d'ailleurs ce que la liturgie nous encourage à faire puisqu'elle nous donne ce texte à lire dans la nuit de Noël. Ce sens plénier ou spirituel, bien sûr, échappe à l'auteur du texte – celui que la tradition appelle Isaïe – mais en même temps, en prêtant sa plume à l'inspiration du Saint-Esprit – puisqu'il est dit que l'Écriture tout entière est inspirée par Dieu –, c'est bien lui qui rend possible ce sens ultime du texte, lequel ne contredit ni n'annule le sens premier ou littéral mais le prolonge en l'accomplissant.

 

Isaïe a-t-il donc prophétisé la naissance de Jésus ? Lui directement, non, mais le texte qu'il a écrit trouve bien son sens véritable dans la figure du Christ.

Lundi, 20 Décembre 2010

Clément Marie: Joseph dans ma vie

Ce n'est pas la lettre, c'est-à-dire ce qui est écrit dans la Bible qui est le plus important, mais ce que ces écrits nous disent de Dieu et du Salut. Et je me sens bien pauvre face à la grandeur des mots... Joseph a consenti, certes, mais en même temps il était habité par la Sagesse de Dieu puisée dans les Écritures. Mais alors comment dans nos propres vies consentir en gardant cette sagesse ? On le voit tous les jours dans le travail, la vie civile, la vie associative ou sportive, La sagesse n'est pas de mise. Un exemple récent :  il neige, que peut-on y faire ? La sagesse serait alors de faire preuve de prudence, de modération, mais non il faut faire malgré tout et au risque de se mettre en situation critique, en laissant porter la responsabilité aux autres... Je crois que Joseph était bien tout le contraire de cela, dans d'autres situations plus importantes bien évidemment. Parfois je suis écartelé, et je suis plus contraint que consentant ! Comment trouver alors un équilibre entre ces deux pôles ? Cela n'est-il pas d'aller à contre courant au risque d'être montré du doigt ? Merci pour cette retraite qui porte en elle beaucoup de finesse tout en restant fidèle à la grande Tradition de l'Eglise. Ne pas rester fixé sur la Lettre, mais se laisser pénétrer de l'Esprit, voilà ce que j'ai découvert, et c'est une grande grâce.

 

Bonjour et merci pour ces interrogations que vous nous partagez. Il est vrai que la sagesse est un art délicat, puisqu'il n'y a pas de solutions toutes faites, et qu'il faut souvent arbitrer entre des solutions plus ou moins bonnes, mais rarement totalement mauvaises... Mais le Seigneur ne nous a pas laissés démunis : il nous a donné, comme vous le rappelez, sa Parole, telle que nous la lisons dans la Bible et la voyons interprétée par la Tradition de l'Église ; il nous a donné son Esprit Saint, qui est un Esprit de conseil et de force. Et  il nous a aussi donné une intelligence et une capacité d'agir pour que nous nous en servions ! Cela suppose de la prudence certes, mais en tant qu'elle est une vertu (c'est-à-dire étymologiquement : une force), mais cela suppose aussi un engagement dans le réel. Rappelez-vous la parabole des talents : le seul serviteur qui est blâmé est celui qui cache le talent dans un linge et le rend tel quel sans l'avoir fait fructifier. Bon courage donc pour les discernements et les activités nécessaire tout au long de la vie !

Vendredi, 17 Décembre 2010

Vincent: Joseph face à Marie enceinte

Bonjour, une question se pose à moi en lisant l'introduction au parcours de cette semaine, et encore plus en lisant l'homélie consacrée au texte de l’Évangile selon saint Matthieu. Il me semble, lorsque l'on se penche sur le texte grec de Mt 1,18-25, que rien ne laisse entendre que Joseph se questionne au sujet de Marie enceinte et donc ne fait qu'accepter la parole de l'ange qui lui révélerait l'engendrement divin de Jésus. J'ai l'impression que ses questionnements sont plutôt liés au fait qu'il ne veuille pas assumer la paternité du Fils de Dieu. L’enchaînement des versets 18 et 19 met en évidence que «Marie fut trouvée enceinte de l'Esprit Saint». De même, la parole de l'ange au verset 20, avec le mot grec «gar» que l'on peut traduire par «certes», ou «en effet», semble bien indiquer que l'ange ne fait que valider ce que Joseph sait déjà et que le véritable problème est lié au fait que, même si cet enfant est Fils de Dieu, Joseph doit accepter d'être pleinement son père, sans avoir peur d'usurper, en quelque sorte, cette paternité divine. De plus, le verset 19 insiste sur le fait que Joseph ne veut pas livrer Marie en spectacle, le problème étant que la foule n'aurait probablement pas cru les vrais raisons de cette grossesse de Marie. Et puis, si Joseph avait eu des doutes sur la fidélité de Marie, le fait qu'il soit juste, c'est-à-dire qu'il marche dans les voies de Dieu et donc qu'il respecte la Parole de Dieu, la Torah, aurait dû le conduire à une répudiation publique.

 

Bonjour, merci pour ces précisions que vous apportez, qui sont moins une question qu'une confirmation. Effectivement la question qui se pose à Joseph a plusieurs niveaux. Si nous sommes aujourd'hui plutôt enclins à considérer l'aspect affectif de ce que vit Joseph, le rédacteur, lui, se situant dans une perspective théologique, visait plutôt à justifier qu'un homme, «juste» qui plus est, ait pu oser endosser la paternité du Fis de Dieu ! Et ceci, de façon si complète, qu'on désigne bien Jésus comme «le fils du charpentier» (Matthieu 13,55).

Jeudi, 16 Décembre 2010

Delphine: Consentir avec Joseph ?

Ce très beau et inimitable consentement de Joseph l'a t-il rendu heureux ? Son silence parle pour lui, même si Marie était près de lui, elle n'était plus à lui. On entend sa souffrance, sa douleur de renoncer à une vie pleinement humaine pour consentir au projet divin ! Est-ce pour cette raison qu'il n'a pas vécu très longtemps ? Faut-il renoncer à notre humanité pour être heureux, comme vous semblez nous le suggérer et vouloir nous en convaincre ? De même pour cet autre Joseph avec ses frères : on imagine aussi sa souffrance de vivre ainsi séparé des siens.

 

Merci de partager ainsi vos réactions. Je vous mets simplement en garde contre le fait de prêter aux personnages bibliques des sentiments et des affects psychologiques que le texte n'induit pas puisqu'il ne se situe pas sur ce plan-là. En ce qui concerne le premier Joseph, en tout cas, si souffrance il y a, elle vient sans doute plus du fait que ses frères ont voulu le tuer et l'ont finalement vendu comme esclave, que du fait d'être séparé d'eux !

 

Mais son exemple permet de revenir sur une idée que vous sembler nous prêter... à tort : non, nous ne cherchons pas du tout à montrer qu'il faut renoncer à notre humanité. Cela n'aurait rien de chrétien ! La beauté de notre foi est au contraire que Dieu aime tant les hommes qu'il a voulu se faire l'un d 'entre eux et ceci, afin que tous parviennent à accomplir véritablement leur nature d'être créés «à l'image de Dieu». Joseph n'a pas du tout nié son humanité : on le voit essayer de se débrouiller au mieux dans sa nouvelle vie d'esclave et de prisonnier et réussir à se faire «une situation», comme nous dirions aujourd'hui ; on le voit ému de revoir ses frères, mais essayant aussi de leur faire prendre conscience du mal qu'ils ont commis ; on le voit pleurant au souvenir de son père et lors des retrouvailles... Tout ceci est-il inhumain ? Le propos des commentaires était seulement de dire que, face à ces épreuves, Joseph, au lieu d'en rester accablé ou de chercher à se venger, part de ce qui est (cette situation nouvelle qui est la sienne) et la remet à Dieu. C'est cela le consentement, qui le libère de tout sentiment négatif et l'aide précisément à être plus heureux ; et cela cela aussi qui l'aide à devenir, non pas tellement héroïque qu'il en deviendrait inhumain, mais au contraire pleinement humain.

Jeudi, 16 Décembre 2010

Marie Caroline: Un conte ?

Le conte de Joseph, le conte de Noé et pourquoi pas celui de Jésus ? Si vous ne croyez pas que ces histoires sont vraies, libre à vous ! Mais ne nous entraînez pas dans une «modernité» qui n'apporte rien ! Vous pouvez utiliser le mot «histoire» à la place de conte ou légende : comme cela tout le monde est content, ceux qui veulent croire en la réalité des faits et ceux qui pensent que ce n'est qu'un tremplin pour aller vers Dieu. Il y a de bonnes choses dans votre retraite, ces expressions sont un peu dommage.

 

Bonjour, merci de vos réflexions qui sont sans doute partagées par plusieurs, à voir les réactions et questions ! Si vous avez consulté le reste des questions, vous verrez que j'ai déjà très largement répondu sur ce point ; je vous renvoie en particulier à la réponse faite à Agnès, le 24 novembre (page précédente de cet espace), au sujet de cette même expression de «conte» employée à propos de Noé. Je me permets d'insister sur la position très claire de la Commission biblique internationale en ce qui concerne l'interprétation littérale et historiciste des textes : c'est la seule contre laquelle elle mette radicalement en garde...

 

«Conte» ne signifie pas «invention» mais désigne plutôt le procédé littéraire utilisé par le narrateur. Pour dire des choses vraies sur Dieu, des choses qui édifient notre foi et nous sont données par Dieu, il utilise la forme narrative. Et si cette narration n'a qu'un lien relatif avec l'Histoire, ce n'est pas par négligence ou par malhonnêteté mais parce que le but visé est autre. Il est plus profond... Mais je ne vais pas refaire la démonstration. Reportez-vous, si vous en avez le temps et la patience aux questions et réponses précédentes sur ce même thème.

 

Je me permets cependant de relever une expression dans votre question – je devrais plutôt dire dans votre réaction, car au fond vous ne posez pas de question – : celui de «modernité». Il y a là un faux débat en ce qui concerne le propos de cette retraite, je crois. Notre désir est d'aider tous ceux qui le veulent à creuser la Parole de Dieu. Et Dieu nous invite à utiliser notre intelligence pour venir à sa rencontre et pour l'annoncer au monde aussi. Si deux voies devaient s'opposer, alors ce ne seraient pas celles de la modernité et de la tradition (notre lecture s'inspire beaucoup des Pères de l'Église), mais plutôt celle de la «fides quaerens intellectum» (la foi cherchant à connaître et à comprendre, selon l'expression bien connue de saint Anselme de Canterbury) et celle de la foi «sans» l'intelligence. La première est certes parfois inconfortable, elle force à se remettre en cause et à chercher plus loin que nos certitudes, mais n'est-ce pas ce que le Seigneur lui-même nous invite à faire ? chercher plus loin, avancer «au large» ! Bonne route à vous !

 

Mardi, 14 Décembre 2010

Annick: Pauvre Joseph...

Bonsoir, encore deux questions : 1. Joseph part avec Marie, sa fiancée, qui était enceinte : pourquoi ne parle-t-on nulle part du mariage de Joseph et Marie, et, alors qu'elle est enceinte et qu'ils vivent ensemble, est-elle toujours décrite comme sa fiancée ? À partir de quand sera-t-elle donc considérée comme sa femme ?

2. Votre titre, «un homme dérouté», me fait penser à une autre question : alors que dans les Évangiles on voit Marie apparaître de temps à autres, que ce soit lors des trois ans de vie publique, au moment de la Passion ou après la résurrection, Joseph est purement et simplement évacué, «retiré de la route» : tout-à-coup on s'aperçoit qu'il n'est tout simplement plus question de lui, sans qu'on sache pourquoi : est-il décédé ? Si oui, pourquoi n'en est-il pas fait mention ? Pauvre Joseph...

 

Des éléments de réponse à votre première question sont déjà apportés dans la réponse donnée à Olivier, je n'y reviens donc pas. J'ajouterai simplement une remarque générale qui vaut pour les deux questions : les évangiles n'ont pas le projet d'écrire une biographie de Jésus – et encore moins de Marie ou de Joseph – ; ils désirent mettre par écrit ce qui semble utile pour la foi des premières communautés et de ceux qui, à leur suite, reconnaissent Jésus comme le Christ et Seigneur. Les événements ne sont donc pas «racontés» quand ils n'apportent rien de plus à leur propos. Deux des Évangiles ne font d'ailleurs aucune mention de l'enfance de Jésus. Par-delà l'Écriture, la Tradition de l'Église affirme que Joseph et Marie, tout en formant une vraie famille, ont gardé la virginité. Une tradition, moins fondée, suppose que Joseph était effectivement déjà mort lors du commencement de la vie publique de Jésus... Mais ceci importe-t-il réellement pour notre foi ? En faisant «disparaître» Joseph du récit, les évangélistes ne font que souligner la relation essentielle qui unit Jésus à son Père du ciel, celui aux «affaires» de qui il dit devoir être... Joseph était celui qui avait mission de le faire grandir, de lui offrir une maison et une parenté sur la terre. Sa mission accomplie, il s'efface. On peut le regretter bien sûr, mais n'est-ce pas aussi une très belle parole que cet effacement ?

Lundi, 13 Décembre 2010

Olivier: Mariage de Joseph

Bonjour, je ne comprend pas comment on passe des fiançailles où l'ange vient rassurer Joseph en lui disant que l'enfant que porte sa fiancée vient de Dieu, au voyage pendant lequel il veille sur Marie alors qu'on ne nous a pas dit comment ils se sont mariés. Quel est le lien entre Joseph et Marie au moment du voyage pour le recensement ? D'ailleurs, à ce moment, elle est à terme puisqu'elle mettra au monde son fils pendant ce voyage. Ont-ils célébré le mariage en catimini ?

 

Bonjour et merci de votre question. J'y répondrai à deux niveaux. Au niveau de l'histoire de Joseph et de Marie tout d'abord. L'histoire que vous racontez... n'est racontée par aucun des évangiles ! Le recensement n'est relaté que par Luc qui ne fait nullement mention d'un songe de Joseph ni des paroles rassurantes de l'ange que vous évoquez. Joseph est le fiancé de Marie. Aucun trouble n'est discernable chez lui. Il monte de Galilée à Bethléem «avec Marie sa fiancée, qui était enceinte» (Luc 2,5). Dans le monde sémitique ancien, la frontière entre les fiançailles et la mariage n'était pas si claire que chez nous. Le second se situe naturellement dans la suite des premières si bien que l'on n'a pas nécessairement besoin de le mentionner – d'autant que Luc n'évoque pas de difficultés particulières de la part de Joseph. Seul Matthieu en parle. Chez lui, c'est Joseph qui est au centre des récits de la Nativité. Pas de voyage à Bethléem, tout laisse croire qu'ils y vivent déjà. Quant au «mariage» de Joseph et de Marie, il est clairement signifié par ce verset : «Joseph fit comme l'Ange du Seigneur lui avait prescrit : il prit chez lui sa femme» (Matthieu 1,24).

 

Deuxième niveau de réponse, en forme de question : que sont les évangiles ? Si l'on voulait qu'ils soient une biographie de Jésus – cela nous rassurerait ! –, on est tout de suite arrêté par le fait qu'il y ait quatre récits et quatre récits divergents. C'est particulièrement vrai dans le cas des évangiles de l'enfance... Inconsciemment on se fabrique souvent un récit unique qui mêle les données des deux récits fournis par Matthieu et par Luc. Pourquoi pas, mais attention à ne pas en faire de l'Histoire avec un grand H (les contradictions entre les récits poseraient alors un grave problème), car il s'agit plutôt de théologie. En disant cela, on ne dit pas que les textes ne disent pas la vérité, on dit qu'ils disent une autre forme de vérité : une vérité théologique. En l'occurence, que cela passe par la foi de Marie, comme Luc le met en valeur, ou par celle de Joseph, comme Matthieu y insiste, remarquons la belle convergence entre les récits pour dire que l'Enfant vient de l'Esprit Saint ! Voilà, bien sûr, la pointe du message.

Lundi, 13 Décembre 2010

Annick: Conception virginale / providence divine

Bonjour, deux grandes questions, qui me hantent depuis longtemps, resurgissent à la lecture de l'intro de cette semaine : 1) pour Joseph, croire en ce que lui dit sa fiancée suppose deux choses : croire en la possibilité matérielle d'une conception humaine sans l'intervention de deux humains, et accepter que Dieu, le Très-Haut, puisse s'abaisser jusqu'à prendre condition d'homme ; si, pour Joseph, le second point était peut-être le plus délicat, pour moi, comme pour beaucoup de contemporains, je pense, même parmi les chrétiens, c'est le premier qui pose problème. Ne pourrait-on imaginer et admettre que Jésus ait été conçu matériellement par un père et une mère humains, ce qui à mon sens n'enlèverait rien à la possibilité, la réalité et la force de son engendrement spirituel par Dieu, mais aurait l'avantage d'apporter une réponse claire à ceux, nombreux, qui utilisent cet argument pour ridiculiser et démolir la foi chrétienne ? 2) la question de la Providence Divine, qui 'guide la marche du monde, malgré cahots et aléas', ce 'sens que Dieu imprime à l'histoire pour la réalisation de son salut', me donne un sentiment de mainmise sur notre destinée qui semble en contradiction avec la nécessaire liberté, qui donne l'impression que tout finira comme Dieu le veut, quoi qu'il arrive et quoi qu'on fasse... Dans un sens, c'est rassurant, mais alors, diront certains, à quoi bon se fatiguer ?

 

Bonjour et merci pour vos questions toujours nombreuses ! Aujourd'hui vous soulevez deux problèmes bien différents, Votre première question rejoint celle de Jean-Claude à laquelle une réponse a déjà été apportée. C'était effectivement déjà le raisonnement d'Arius, au IVe siècle – et plus encore de son «héritier» Eunome : rationalisons les choses pour qu'elles soient claires et qu'on puisse les exposer à tout le monde. Mais est-ce à nous de ramener Dieu à notre rationalité ? Et surtout, comme on l'a dit, si Jésus est ramené à notre mesure, en quoi est-il capable de nous sauver ?

 

Quant à votre seconde question, ne confond-elle pas deux plans : celui du temps et celui de l'éternité ? En effet, Dieu a créé le monde selon un dessein : admettrait-on qu'il ait fait n'importe quoi sans idée de ce qu'il voulait qu'il advienne ? L'Écriture nous dit aussi qu'il a donné la liberté à l'homme, créé «à son image» et qu'il la lui a donnée totalement, la liberté ne se partageant pas ; la preuve en est le mauvais usage que l'homme en a fait. L'histoire se déroule ensuite dans le temps selon le jeu de ces deux forces tantôt alliées, tantôt antagonistes : la liberté et la grâce. Car Dieu peut-il se désintéresser de ses enfants ? On lui reproche bien aussi son silence ! Cela ne nous dispense donc pas d'agir, bien au contraire. Dieu a sauvé le monde par la grâce de l'incarnation rédemptrice de son Fils, mais pour que ce salut soit pleinement réalisé, actualisé, il y faut bien notre collaboration. Nous ne serons pas sauvés malgré nous et notre liberté peut s'y opposer. A contrario, si nous œuvrons pour que le salut progresse en nous et autour de nous, nous travaillons à la réalisation plus plénière et plus rapide de la rédemption du monde. Dit autrement, Dieu respecte tant notre liberté qu'il nous propose d'être ses collaborateurs dans le salut du monde, ou nous laisse – c'est la face négative de la même réalité – choisir de le refuser et alors de sombrer dans le contraire de Lui qui est l'être, dans le non-être où, pour le coup, il n'existe plus de liberté ! Bien sûr, puisqu'il est dans l'éternité, il sait «comment cela va finir»... Mais en quoi cela empêche-t-il le jeu de la liberté dans le temps, puisque nous, nous ne le savons pas ?

Lundi, 13 Décembre 2010

Jean Claude: Fils de Dieu depuis toujours ?

Une question me taraude depuis longtemps : Jésus, dit-on, est le Fils de Dieu depuis toujours... Mais que faisait-il avant sa naissance ? Ma préférence intellectuelle serait de dire que Jésus est né comme tout homme, est devenu un grand prophète comme toute la lignée des grands prophètes, est devenu intime avec Dieu Père et amour et que ce Dieu l'a proclamé son fils par l'acte de la résurrection, pour montrer que tout être humain est fils de dieu par adoption. Pouvez-vous m'éclairer sur cette interrogation ?

 

Bonsoir et merci de votre question, qui reflète probablement les interrogations d'autres que vous ! La théologie trinitaire et la christologie sont d'éternels lieux de questionnement pour l'esprit humain ! La théorie que vous aimeriez pouvoir soutenir, et que vous décrivez parfaitement, est bien connue de l'Église et correspond à l'une des plus anciennes hérésies qu'on appelle l'adoptianisme. Cette hérésie consiste précisément à dire que Jésus n'était pas «Dieu» de toute éternité mais un homme particulièrement remarquable et pour cela élu par Dieu pour être son Fils, c'est-à-dire adopté. Jésus serait donc «devenu» Dieu. Pourquoi pas, en effet ?

 

Pourtant l'Église a dit non, dès le IIe siècle, au premier qui a soutenu cette position de manière synthétique, un certain Noët de Smyrne. Et elle a dit à nouveau non, deux siècles plus tard quand cette vieille hérésie tentait de se reformuler à frais nouveaux sous l'égide d'un certain Arius, plus connu que le précédent... Pourquoi ? Avançons rapidement, au risque de caricaturer les choses, une double réponse.

 

1. L'Écriture nous montre une égalité d'honneur entre le Père et le Fils – et même l'Esprit. Dès lors, la résurrection ne doit pas être comprise comme  l'élévation en gloire de Jésus mais plutôt comme la manifestation éclatante de son identité divine. De même que sa mort a manifesté son obéissance filiale, de même sa résurrection manifeste la gloire de sa condition divine.

 

2. Un 2e argument plus parlant encore peut-être se situe au plan de la sotériologie (c'est-à-dire de ce qui concerne notre salut). Un homme ne peut pas sauver d'autres hommes. Si Jésus n'est qu'un homme, nous ne pouvons pas être sauvés par lui. Plus, si Jésus n'est qu'un homme, Dieu n'est donc en rien révélé par lui. Il n'a rien à nous dire de Dieu – et encore moins de sa part. Nous ne connaissons pas Dieu qui reste figé dans son ciel... La foi chrétienne nous dit au contraire que Dieu s'est impliqué dans sa création au point de devenir l'un de nous, de prendre sur lui notre faiblesse et même notre mort, pour nous faire accéder par lui à la gloire de sa vie éternelle.

 

Quand nous nous appprocherons de la crèche, en ce Noël qui vient, ce n'est pas un joli bébé rose que nous admirerons, mais le grand Dieu et Sauveur qui se fait petit enfant, qui se fait l'un de nous, pour que nous aussi puissions «devenir Dieu», comme le dit magnifiquement saint Irénée de Lyon. Et la question qui nous est dès lors posée, c'est celle-ci : crois-tu ?

Dimanche, 12 Décembre 2010

Agnès: Les pauvres et Jean le Baptiste

Tout d'abord bonjour. Merci à toute la communauté pour leurs offices qui nous rapprochent de Jésus. J'aimerais que vous m'éclairiez sur le texte de l'Evangile. Pourquoi les pauvres sont-ils plus grands que Jean-Baptiste, lui qui a vu une colombe descendre sur Jésus ? Puisqu'il est dit juste avant que Jean est le plus grand parmi les hommes ? Devons-nous réfléchir sur notre baptême pour marcher dans la joie et préparer le chemin au Seigneur ?

 

Bonjour. Pour ce qui est de votre question sur Jean Baptiste, je vous renvoie à la réponse faite à Roseline puis à Bernard, en espérant que cela vous éclairera. Quant à réfléchir à notre baptême, oui bien sûr ! Au baptême, c'est l'être Fils de Dieu de Jésus qui se révèle au monde dans une manifestatoin parfaitement trinitaire : sur Jésus baptisé descend la colombe qui représente (c'est-à-dire qui rend présent) l'Esprit et la voix du Père se fait entendre. Il est le Fils qui vient faire de nous des fils, ce que la grâce du baptême réalise déjà en nous. À Noël, nous voyons le même mystère, caché sous les apparences d'une naissance toute ordinaire. En superposant les deux événements dans notre méditation et notre prière, nous pouvons sans doute grandement être aidés à percevoir la portée extraordinaire – puisqu'il ne s'agit pas moins que de notre salut – de cette naissance sur la terre du Fils de Dieu. Bonne route !

Dimanche, 12 Décembre 2010

Bernard: Plus grand que Jean-Baptiste ?

Bonjour. Votre réponse à Roseline sur la figure de Jean-Baptiste me laisse quelques interrogations. Ceux qui sont plus grands que lui dans le royaume des cieux le sont à mon avis parce qu'ils SONT dans le royaume des cieux, face à face avec Dieu, donc divinisés, alors que Jean était encore en pélerinage sur la terre. Quant à la notion de plus grand et de plus petit, elle me dérange un peu. J'espère que toutes ces notions hiérarchiques n'auront plus cours au royaume des cieux... C'est une vision typiquement humaine qui occupait même les apôtres.

 

Bonjour et merci de votre réaction. Vous avez parfaitement raison de souligner ce point. C'est d'ailleurs tout à fait ce que je voulais dire par l'allusion à la miséricorde : le Royaume de Dieu est le Royaume de la miséricorde et c'est bien pour cela que ceux qui y sont, sont plus grands que Jean qui l'attend et l'annonce. Si la hiérarchie des grandeurs n'a sans doute plus lieu d'être dans le Royaume, en revanche, il me semble que la notion – essentielle – de petitesse, qui est en fait la traduction spirituelle de notre dépendance radicale vis à vis de Dieu, demeurera, bien que débarrassée de la couleur négative que l'on peut aujourd'hui lui prêter. Dans le Royaume, tous sont les «petits» aimés de Dieu – et c'est pour cela qu'ils sont grands.

Lundi, 13 Décembre 2010

Roseline, Belgique: La figure de Jean Baptiste

Bonjour, merci de m'éclairer sur le point suivant. En Matthieu 11,11, Jésus dit que «parmi les enfants des hommes, Jean-Baptiste est le plus grand». En effet, de tous les prophètes il est celui dont les yeux peuvent contempler ce qui a été prophétisé. Mais alors qui sont ces petits qui dans le Royaume des Cieux sont plus grands que lui ? D'après les Écritures, cet homme était sobre en toutes choses : habillement, nourriture etc ... un grand ascète en somme et certainement un homme de prière, droit et juste, et qui, je suppose, a lutté avec succès dans les tentations. Qui serait donc plus grand que lui ?

 

Bonjour et merci de votre question. Saint Jean le Baptiste est en effet un très grand saint ! En particulier dans l'ordre de la foi. Votre question met en lumière la différence de grandeur dont il est question d'une part au sujet de Jean, et d'autre part au sujet de ces «petits» qui sont «plus grands». La grandeur de Jean est celle de sa sainteté et sa sainteté est d'avoir su montrer le Sauveur et s'effacer devant lui. Il n'est pas nécesaire de faire preuve de trop d'imagination pour savoir si Jean a vaincu ou non dans la tentation : il suffit d'ouvrir l'Écriture pour y lire, noir sur blanc, le résumé de sa sainteté : «Il faut qu'il grandisse et que je diminue» (Jean 3,30).

 

Quant à ces «petits» mystérieusement «plus grands» que lui, ils sont grands dans l'ordre de la miséricorde désormais déployée sur tous les hommes par la venue du Christ. Jean a ouvert la porte et la vague de la miséricorde a déferlé, entraînant vers les «grandeurs» du Royaume tous les «petits» qui voulaient bien se laisser porter par elle. C'est un leitmotiv de l'évangile que de faire l'éloge des petits : le ême chapitre de Matthieu ne se termine-t-il pas ainsi : «Je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d'avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l'avoir révélé aux tout-petits» (11,25) ? Et on pourrait encore continuer toute une lectio sur ce thème !

Vendredi, 10 Décembre 2010

Venise: La rétribution divine

En Isaïe 35,4 est évoquée «la rétribution divine». Est-ce que cela veut dire que Dieu viendra, et fera d'abord un tri parmi les hommes, puis redistribuera des biens divins à ceux qu'il aurait mis de côté, leur faisant la grâce d'être sauvés par lui en Jésus ?

 

Bonjour et merci de votre question. Je vous mets en garde toutefois contre une lecture par trop morcelée de l'Écriture. Le verset en entier – déjà, mais il faudrait encore élargir la lecture bien sûr – dit ceci : «Soyez forts, ne craignez pas ; voici votre Dieu. C'est la vengeance qui vient, la rétribution divine. C'est lui qui vient vous sauver». Le message essentiel, confirmé par toute l'Écriture, est bien que Dieu veut sauver tout homme, qu'il apppelle tout homme à partager l'éternité de sa vie et de sa joie, qu'il n'y a donc pas à craindre à la perspective d'être jugé par un tel amour. Dieu n'est pas un apothicaire aux calculs savants et aux balances précises qui ferait un «tri» entre les hommes. Il appelle. Hier, aujourd'hui, demain, il appelle. À nous de nous situer en face de cet appel. À nous de répondre avec notre liberté. Même si nous sommes de vrais, grands et gros pécheurs, nous pouvons être sauvés : pensons au bon larron !

 

Quant à l'idée de «rétribution», c'est davantage une manière humaine de parler – et de susciter dans le cœur de l'homme un désir de progrès spirituel – qu'une description de ce qui se passera au jour du jugement, bien sûr. Enfin, pour en finir avec les expressions difficiles, disons encore que la «vengeance» dont il est question, n'est pas l'expression de la colère de Dieu mais plutôt celle de sa victoire définitive sur le mal. La Bible le promet : «Il essuiera toute larme de leurs yeux : de mort, il n'y en aura plus ; de pleur, de cri et de peine, il n'y en aura plus, car l'ancien monde s'en est allé» (Apocalypse 21,4).

Jeudi, 09 Décembre 2010

Annick: Celui qui vient ?

Bonjour, deux interrogations concernant le passage vu aujourd'hui : 1) vous insistez dans votre commentaire sur le temps utilisé aux versets 19 et 20 : «celui qui vient», et en effet, c'est la forme retenue par la TOB, mais dans la traduction de la BJ, que vous utilisez, ainsi que dans la traduction liturgique, il est bien noté «celui qui doit venir»... Alors, je ne comprends pas bien : si c'est si important de faire la distinction, comme vous semblez le dire, comment expliquer cette différence dans les traductions ? Et, surtout, pourquoi, faisant cette distinction en préconisant l'option de la TOB, est-ce l'option BJ que vous utilisez, alors qu'elle est en contradiction avec votre commentaire ?

2) Je ne sais pas dans quel sens comprendre le verset 23 : d'abord, je trouve qu'il est placé là bizarrement, on dirait qu'il n'est pas dans la continuité de ce qui précède ; ensuite Jésus veut-il dire que ceux qui le suivent sont protégés contre le «trébuchement», et alors «à cause de moi» signifierait «grâce à moi», ou bien veut-il faire une mise en garde parce que le fait de le suivre pourrait entraîner un risque de trébuchement ? Je trouve que ce n'est pas très clair...

Enfin, je voudrais remercier Isabelle pour son beau, émouvant et courageux témoignage de lundi, et la rassurer : elle n'est pas la seule ! Peut-être une solution toute simple serait-elle, lors de la rencontre avec le prêtre, de commencer par lui confier tout simplement sa difficulté, afin de créer un climat de confiance ? (ou bien, aussi, de faire la démarche auprès d'un prêtre qu'elle ne connaît pas...)

 

Bonjour, la traduction, vous le savez, n'est pas un art de l'exactitude. Les concepts n'étant pas équivalents dans toutes les langues, c'est plutôt un art du compromis : on cherche la formule qui se rapproche le plus de l'original. Du point de vue méthodologique, pourquoi ne pourrait-on pas alors profiter des richesses de toutes les traductions et, alors qu'on en suit globalement une, pourquoi s'interdire de faire des emprunts à une autre pour une expression qui paraît mieux rendue ? Le purisme ici n'aurait pas de sens ! C'est d'autant plus vrai ici que les deux traductions ne sont pas «en contradiction», comme vous semblez le penser : elles essaient de rendre un verbe qui, en grec, est au participe présent. Il faudrait donc traduire littéralement : «le venant». On fait donc au mieux, en insistant tantôt sur le présent, tantôt sur l'injonction qui est implicite dans le participe. Et chacun y trouve son compte, selon sa sensibilité spirituelle, l'un n'étant en rien exclusif de l'autre. C'est précisément la richesse de l'Écriture de permettre une pluralité de sens. Ici on peut entendre un écho intéressant à la formule de l'Apocalypse : «Il est, il était et il vient» (1,8).

 

Quant à votre seconde question, elle est éclairée, je pense, par la réponse donnée à Marie-Luce : il s'agit bien de trébucher (la traduction littérale du verbe serait : «se scandaliser») à cause de Jésus, car ses paroles et ses gestes, bien qu'accomplissant les prophéties, peuvent choquer certains qui ne les estiment pas conformes à ce qu'ils attendent du Messie.

Jeudi, 09 Décembre 2010

Marie Lucie: Heureux celui qui ne trébuchera pas...

Bonjour à vous et merci de nous aider à mieux comprendre. Que veut dire Jésus en terminant sa réponse aux envoyés de Jean : «Heureux celui qui ne trébuchera pas à cause de moi» ? Cette phrase me pose question ! De quelle chute éventuelle veut-il parler ? Merci.

 

Bonjour et merci de votre question. La réponse de Jésus est en effet quelque peu énigmatique ; vous avez raison de le faire remarquer. La liste des signes qu'il rapporte semble d'un effet suffisamment évident pour emporter l'adhésion du premier venu. Signes messianiques par excellence, propres à convaincre le premier venu pourvu qu'il sache à quelle promesse ils renvoient (ce que tout juif savait). Alors pourquoi cette mise en garde ? Sans doute précisément parce que rien n'est évident. Ni pour nous, ni pour les contemporains de Jésus, ni pour Jean le Baptiste dont l'obscurtié du cachot entrave manifestement l'espérance. Signes ou pas signes, notre foi risque bien de trébucher «à cause de Jésus»... Mais Jésus déclare «heureux» celui qui fera le choix – car il y faut de la volonté aussi – de le suivre même dans la nuit... Puissions-nous en être ! Jusqu'au jour de pleine lumière...

Jeudi, 09 Décembre 2010

Pierre: Verbe

Bonjour, je voudrais savoir pourquoi on emploie le mot de «verbe». On m'avait appris qu'il signifiait «Jésus». Pour moi, ce mot a une signification grammaticale, et je n'ai jamais compris ce qu'il pouvait vouloir dire dans la Bible et pourquoi on l'utilisait. J'ai regardé dans d'autres traductions. Dans la Bible Segond, le mot employé est «la Parole», et en anglais «the Word», ce qui semble similaire. S'il s'agit de Jésus, pourquoi ne pas l'avoir nommé ? S'il s'agit de la Parole, il s'agit plutôt de la parole de Dieu, auquel cas le «Verbe» n'est pas Jésus, mais Dieu lui-même. En effet, certains disent que Jésus n'est pas Dieu, mais un ange de Dieu. Dans ce passage, on dit que «le Verbe était Dieu». J'aimerais savoir ce que l'on entend vraiment par ce terme. Quel est le mot utilisé dans le texte grec ? J'espère que ma question est assez claire, car dans ma tête c'est assez confus ! Merci.

 

Bonjour, votre question en fait est double. Tout d'abord, il est facile de vous répondre quant à l'emploi du mot «verbe» : c'est la transposition en français du latin verbum qui signifie effectivement la parole. Même si l'habitude, dans les traductions bibliques, est plutôt de parler du Verbe, c'est exactement l'équivalent de la Parole. Ce mot latin est lui-même la traduction du grec Logos qui signifie à la fois «raison» et «parole» et qui a été utilisé par la théologie pour désigner la deuxième Personne de la Trinité, le Fils de Dieu qui s'est incarné pour précisément nous porter la Parole de Dieu.

 

On touche là à la seconde partie de votre question : la foi chrétienne affirme que Jésus possède pleinement la double nature divine et humaine : il est Dieu (un seul Dieu avec le Père et l'Esprit Saint) et, par son in-carnation (le mot veut bien dire qu'il a pris chair), il a assumé la condition humaine, pour notre salut. C'est exactement ce que l'on lit dans ce texte de l'Évangile où il est dit que «le Verbe est Dieu» (de toute éternité, d'où l'emploi de l'Imparfait) et qu'il est «venu chez les siens» (les hommes).

Mardi, 07 Décembre 2010

Isabelle: Réconciliation

Bonjour. Nous avons abordé avec David le «repentir». Ceci m'amène à vous faire part d'une dificulté à laquelle je me heurte depuis longtemps : le sacrement de réconciliation. Je n'y arrive pas. Bien sûr, j'ai des moments de grande lucidité où je procède à un examen de conscience approfondi, qui se termine souvent dans les larmes... mais je ne parviens pas à exprimer cela auprès d'un prêtre. Des temps sont pourtant proposés dans ma paroisse pour cela mais je bloque. Je n'arrive pas à me confier à un «étranger» dans un environnement ouvert au passage. J'ai l'impression d'une démarche artificielle, que ma confession, je la fais dans des moments intimes de prière et de cœur à cœur avec le Seigneur et que cela me suffit. Je vais quand même y retourner et essayer mais je risque de ressortir, comme à chaque fois, en n'ayant rien confié. Comment puis-je progresser ? Je suis toujours édifiée lorsque je lis des témoignages de personnes qui se confessent chaque mois, voire chaque semaine. Comment font-elles ? Et puis, on ne peut pas vivre dans l'aveu permanent de ses fautes, c'est déprimant, humiliant et, à mes yeux, opposé à l'espérance et à la joie. Merci d'avance pour la lumière que vous voudrez bien m'apporter... et pardon pour cette question sans doute trop personnelle.

 

Bonjour et merci de votre question, bien sûr, personnelle, mais elle ne manquera pas de toucher et d'aider d'autres retraitants, je pense... Je vais reprendre quelques points dans l'ordre dans lequel vous les présentez. Vous dites que des moments de confession sont proposés dans votre paroisse mais que vous «bloquez». Ce phénomène, d'ordre psychologique, n'est pas très étonnant. Il n'y a, je crois, rien d'autre à faire que de décider de le surmonter par un acte de foi. Ce n'est pas à un «étranger» que vous allez vous confier, mais au Seigneur en personne qui nous donne les prêtres pour le représenter et surtout pour que nous puissions entendre avec nos oreilles charnelles la parole qui nous vient de lui : «Je te pardonne». Comment, sans cela, en être sûr ? C'est le régime incarné du christianisme qui nous donne de communier à notre Dieu dans du pain et du vin, et d'être pardonné par la main d'un prêtre, d'un homme mortel, revêtu de la grâce sacramentelle. Si vraiment nous avions la certitude d'être pardonné directement par Dieu, dans un «cœur à cœur» avec lui comme vous le dites, pourquoi cette question posée aujourd'hui sinon parce que vous pressentez que vous passez à côté de quelque chose ? Car il y a un trésor, en effet, à recevoir, dans le sacrement de réconciliation. Une grâce qui n'humilie pas, contrairement à ce que vous craignez, car l'aveu de la faute met celle-ci à distance de nous. Il nous donne de pouvoir entendre et comprendre : Tu n'es pas ton péché, tu es aimée et l'amour de ton Dieu te pardonne et te fait grandir. Tu es belle à ses yeux et, par le pardon, ton Dieu augmente encore en toi cette beauté... Voilà ce qui nous est donné. Est-ce vraiment contraire à l'espérance et à la joie ?

Lundi, 06 Décembre 2010

Marie: Numérotation des psaumes

Les psaumes sont au nombre de 150. Pourquoi ont-ils parfois 2 numéros ? Merci de votre réponse.

 

Bonjour et merci pour votre question qui intrigue peut-être aussi bon nombre de retraitants ! Ces deux numérotations correspondent à celle de la Bible hébraïque et de la Bible latine, mais il y a toujours 150 psaumes... Je m'explique : lorsque saint Jérôme, au IVe siècle, a traduit les psaumes en latin, il a suivi une tradition qui rassemble les psaumes 9 et 10 de la Bible hébraïque en un seul psaume 9. Globalement il y a donc un numéro de retard (avec quelques petites variantes entre les psaumes 113 et 115). En revanche, dans la traduction latine de saint Jérôme, le psaume 147 est divisé en deux (psaumes 146 et 147), ce qui fait qu'à partir du 148 on retrouve une numérotation commune pour finir ensemble au 150. La liturgie continue à suivre la numérotation de saint Jérôme dont la traduction latine a été utilisée pendant des siècles ; tandis que nos bibles modernes en français ont repris la numérotation hébraïque.

Lundi, 06 Décembre 2010

Marie Lucie: Zacharie et Marie

Bonjour et merci de bien vouloir m'éclairer. Je cherche à comprendre la différence entre la réponse de Zacharie et celle de Marie à l'annonce de l'Ange. Quelles différences 1) entre le «À quoi connaitrai-je cela ?» de Zacharie et le «Comment cela va-t-il se faire?» de Marie ;

2) entre l'étonnement de Zacharie «car moi je suis un vieillard...» et le «comment cela va-t-il se faire puisque je suis vierge» de Marie ? Marie a droit à une explication et Zacharie lui, à une punition. Pourquoi ?

 

Bonjour, il est vrai qu'il n'est pas évident de distinguer les deux réactions. Il faut lire de près pour se rendre compte de la différence qu'il y a entre les deux demandes.. Zacharie cherche une assurance pour son intelligence, il veut «savoir» (la traduction de la Bible de Jérusalem est même : «Qu'est-ce qui m'en assurera ?»). Il demande un signe à Dieu, alors que, lisant l'Écriture, il devait connaître des précédents célèbres, tels Abraham et Sarah. Marie, au contraire, est devant une nouveauté absolue : jamais, dans l'Écriture, on ne voit la virginité devenir féconde. Cependant, elle ne demande pas d'assurance, elle s'interroge seulement sur les modalités. On peut entendre derrière ce «comment cela se fera-t-il ?» une disponibilité de Marie qui interroge pour collaborer au mieux à l'œuvre de l'Esprit en elle.

Lundi, 06 Décembre 2010

Marie: Le Dieu violent de l'Ancien Testament...

Bonjour, et un grand merci pour cette retraite qui nous accompagne pendant l'avent. Aujourd'hui, je suis interpellée par les paroles de Natân à David :  «[11] Ainsi parle le Seigneur : ‘Je vais, de ta propre maison, faire surgir contre toi le malheur.» Et surtout par le verset 12 : «Toi, tu as agi dans le secret, mais moi j’accomplirai cela à la face de tout Israël et à la face du soleil !». Comment comprendre (et accepter) que Dieu plein de miséricorde voir la méditation de ce jeudi), puisse dire de telles paroles ? Est-ce par des menaces que Dieu peut amener David à reconnaître ses fautes et nous amener nous-mêmes également à une démarche de réconciliation ? Ou alors est-ce une mauvaise lecture et interprétation de ce passage ? Sans doute car le psaume d'aujourd'hui nous dit : «Le Seigneur est ma lumière et mon salut ; de qui aurais-je crainte ?» Mais, encore une fois, je trouve qu'il est vraiment bien difficile de lire et méditer l'Ancien Testament.

 

Merci pour votre question qui rejoint beaucoup d'interrogations formulées par nos contemporains. Nous ne supportons plus en effet que Dieu semble punir, alors que les générations antérieures auraient plutôt été choquées qu'il ne punisse pas ! Ma remarque ramène à votre question, car, pour pouvoir comprendre un passage biblique, il faut le replacer dans sa perspective historique. D'une part les textes de l'Antiquité (c'est vrai aussi pour les textes grecs ou romains) ne se situent pas dans une perspective psychologique ; d'autre part, de façon plus précise, la Bible a un projet théologique, c'est-à-dire que, contre les polythéismes qui entourent Israël, elle affirme très haut la croyance en un Dieu unique. Cela suppose que Dieu est cause de tout et induit donc un langage qui peut paraître maladroit : «Je vais faire surgir le malheur...». On ne peut pas dire pour autant que Dieu lui-même s'exprime ainsi mais plutôt que l'écrivain biblique choisit ces mots pour exprimer, de la façon qu'il estime la meilleure et dans la culture de son temps, la parole qu'il reçoit et qu'il nous transmet comme venant de Dieu.

 

Il faut ajouter à cela qu'à travers l'Écriture, la conception de Dieu s'affine : les textes prophétiques, par exemple, qui sont plus récents, développent plus clairement la connaissance d'un Dieu d'amour. Enfin, pour nous chrétiens, la Révélation est accomplie en Jésus Christ et c'est à la lumière de son enseignement et de sa mort-résurrection qu'il nous faut lire, avec un regard rétrospectif, les textes plus anciens. Dans ce passage, même s'il est formulé en «je», il ne s'agit donc pas directement d'une punition de Dieu, mais plutôt d'une mise en garde contre les conséquences du mal. Car le mal commis prolifère, s'étend et il est bien difficile d'en arrêter la propagation, formant ce que l'Église nomme des «structures de péché». En ce qui concerne David, c'est son fils Absalon, mû par le même esprit de convoitise, qui voudra s'emparer du trône.

Vendredi, 03 Décembre 2010

Annick: Prophète ou voyant ?

En 1 Samuel 16, pourquoi est-il dit que les anciens viennent en tremblant ? De quoi ont-ils peur ? Ils appellent Samuel «voyant» : quel est le sens profond de ce mot, qui semble suggérer que le prophète aurait un don de vision surnaturelle, qu'il serait en quelque sorte un surhomme (ce qui pourrait expliquer leur peur...) ? Au verset 12, alors que plus haut il lui est conseillé de ne pas s'arrêter à l'apparence, ici on donne des détails qui relèvent de l'apparence extérieure, justement... Ces détails ont-ils de l'importance, une signification particulière (par exemple, David est roux... comme Esaü !) ?

 

Bonjour et merci pour ces nombreuses questions bien qu'elles relèvent plutôt d'un commentaire exégétique détaillé du texte que d'une retraite, attentive surtout aux enseignements spirituels du texte. Samuel est appelé «voyant» en effet ; une incise tardive dans le texte explique pourquoi : «Autrefois en Israël, voici ce qu'on disait en allant consulter Dieu : 'Allons donc chez le voyant !', car, au lieu de 'prophète' comme aujourd'hui, on disait autrefois 'voyant'» (1 Samuel 9,9). Cette appellation relève d'une conception assez archaïque encore de la divinité et des relations avec elle (pour tous les peuples anciens, les dieux disposent à leur bon gré des hommes et il faut se les concilier par des offrandes). Ceci explique aussi la peur des anciens qu'ils expriment d'ailleurs clairement eux-mêmes : «Ta venue est-elle de bon augure ?» La révélation biblique fait du prophète, non pas une sorte de médiateur entre la puissance redoutable de Dieu et le peuple, mais quelqu'un qui est «appelé» (c'est le sens premier du mot nabi : prophète, en hébreu) par le Seigneur pour porter sa parole.

 

Quant à l'apparence, le texte montre bien qu'il ne faut pas s'y arrêter puisque les plus grands et prestigieux ne sont pas retenus pour être rois. David est le plus petit, le plus faible, roux comme Esaü, ce qui n'est pas une très bonne référence, Esaü étant plus porté sur les nourritures terrestres qu'intéressé par l'alliance avec Dieu ! Malgré cela, David est choisi. Et, malgré cela, pourrait-on aussi dire, il est «beau» : beau de la beauté de Dieu déposée en lui.

Jeudi, 02 Décembre 2010

Philippe: Qui naît ?

Bonjour et merci pour votre bel accueil. Une question à la fois simple et provocante m'accompagne en chemin. Qui naît dans la nuit de Noël ? Jésus, Emmanuel, Fils – unique – de Dieu, fils d'Homme ou fils de l'Homme, Christ.. autant d'approches, d'angles ou de regards possibles. Qui ou qu'est-ce qui ad-vient ? Peut-on dire simplement qu'un enfant vient au monde, qui va réaliser et manifester pleinement la nature divine que nous portons en nous... qui sommes faits à l'image de Dieu ? Ma question pousse sans doute à l'ombre des hérésies de l'Église primitive ! Mais cette naissance n'est-elle pas naissance, invitation à nous tourner vers notre nature profonde, vers notre vraie demeure ? Pécher, rater la cible ne serait-ce pas ignorer cette nature divine – cette nature d'Amour – qui nous porte, bien plus que nous la portons ? Merci pour votre attention et votre partage.

 

Bonjour et merci de votre question. Peut-être est-il un peu tôt pour y répondre ? La réponse ne viendra-t-elle pas au fur et à mesure de l'attente et de la prière de cet Avent ? Juste une piste : il ne faut sûrement pas raisonner en termes exclusifs : ce n'est pas ou l'Emmanuel, ou le Fils de l'homme, ou un enfant comme les autres... Jésus qui naît à Noël est bien à la fois tout cela – et non pas seulement l'un ou l'autre (c'est là que l'on risquerait de tomber dans les hérésies que vous évoquez). Et, s'il est venu assumer notre humanité, c'est bien pour que nous soyons sauvés, y compris avec la part divine que nous portons en nous, pour que nous devenions, selon la belle expression de la 2e lettre de Pierre «participants de la nature divine».

 

Mais il faut tout de même préciser : en venant dans notre chair, Dieu fait plus – et autre chose, en réalité – que d'accomplir en nous une dimension que nous porterions déjà : il transforme notre nature en la mêlant à la sienne. Les Pères de l'Église, à la suite de saint Irénée de Lyon, aiment dire : «Dieu s'est fait homme pour que l'homme devienne Dieu» – et non pas pour qu'il accomplisse le divin qui est en lui. En Christ, l'homme est recréé.

Mardi, 30 Novembre 2010

Michel: David, figure problématique

Bonjour et bravo pour votre initiative. Le personnage du grand roi David m'a toujours posé problème. À la lecture du deuxième livre de Samuel on peut déduire que David est un assassin (mort d'Hurie). À notre époque, il serait privé de liberté et lourdement condamné. À son époque, tout autre que lui aurait sans doute été mis a mort ainsi que Bethsabée. Cela paraît très choquant de voir que, malgré leur conduite, ils sont roi et reine du royaume de Juda. David s'est repenti : faut-il y voir une expression de l'amour infini de Dieu ?

 

Bonjour et merci de votre question. Votre interrogation est tout à fait compréhensible : effectivement David n'est pas un modèle de vertu, même si tout roi, dans l'Antiquité, avait droit de vie et de mort sur ses sujets sans que cela choque personne. Le bon larron n'était pas non plus un modèle de vertu, et ce fut le premier saint, canonisé «officiellement», par le Fils de Dieu lui-même ! Faut-il en conclure que Dieu préfère les canailles ? On ne peut peut-être pas aller jusque là ; mais Dieu aime les pécheurs, c'est certain, non pas à cause de leur péché, mais parce que leur péché les rend plus vulnérables à la grâce, plus capables donc d'un repentir sincère et total. Dieu voit, de toutes les façons, au-delà du péché. Il considère la personne qui, quoi qu'elle ait fait, est infiniment précieuse à ses yeux et il «ne se souvient plus des fautes du passé» : le prophète Michée va jusqu'à dire qu'il «les jette au fond de la mer» ! Les méditations de cette semaine vont peu à peu nous amener à nous placer, nous aussi, non pas à côté, mais au milieu de cette humanité pécheresse, mais surtout aimée et pardonnée.

Mardi, 30 Novembre 2010

 

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