Route de Pâques 2011 - Étape 1

La foi de Jésus

Dieu s’est infiniment approché de l’homme. Voilà ce que nous contemplons en cette première semaine de Carême. Rien de ce qui touche l’homme n’est resté indifférent à Dieu. Dieu, en son Fils, s’est infiniment et totalement approché de l’homme. Lui l’étranger à notre condition, s’est fait l’un de nous et s’est penché sur nos plaies, comme le Samaritain de la parabole, pour y verser le baume de sa divine compassion. De celui qui s’était infiniment éloigné, il s’est infiniment rapproché. Depuis le jardin des origines, après qu’Adam avait appris à se cacher de lui, Dieu n’a cessé de l’appeler : «Où es-tu ?» (Genèse 3,9). Pourquoi te caches-tu loin de ma tendresse ? Où es-tu ? Mais nous ne savions plus répondre à notre Dieu. Nous voulions, nous, être comme Dieu, être sans Dieu, être Dieu, même ! Savoir, comprendre, gérer, maîtriser, sans rien lui devoir... Nous ne savions plus parler à notre Dieu. Nous avions réclamé notre part d’héritage et tentions de poursuivre un bonheur incertain sur des chemins incertains.

Alors Dieu s’est approché. En son Fils qui s’est fait «en tout semblable» à nous (Hébreux 2,17), Dieu s’est comme infiniment éloigné de lui-même. Jusqu’au «désert» de nos angoisses et de nos manques (première tentation : Matthieu 4,1-4) ; jusqu’au «pinacle du Temple», là où l’insensé voudrait prendre Dieu en otage (deuxième tentation : Matthieu 4,5-7) ; et jusqu’au sommet de la «montagne» de l’orgueil et du refus de Dieu (troisième tentation : Matthieu 4,8-10). Il a pris le chemin qu’avait choisi Adam dans le jardin du premier non, mais à l’envers, pour qu’en lui, l’homme devienne capable de dire un «oui» plein, total, libre et aimant, à Dieu. Lui qui, étant Dieu, n’avait pas besoin de croire, a pris à rebours la défiance du premier homme pour qu’en lui tous les hommes retrouvent le chemin de la foi. Et c’est ainsi qu’il nous sauve ! En versant son sang non pas comme on paierait une dette à l’égard d’un Dieu courroucé, mais comme on offre sa vie librement et par amour, dans une foi indéfectible en l’amour de son Père et notre Père, son Dieu et notre Dieu, comme il peut le dire à Marie de Magdala – rencontrée elle aussi dans le jardin – au jour de sa résurrection (cf. Jean 20,17). Parce qu’il a parfaitement et totalement cru, jusqu’à pouvoir librement déposer sa vie et verser son sang, en lui et pour nous s’est rouverte la voie vers le ciel (cf. Hébreux 10,19). Et, «s’il ouvre, nul ne fermera», comme le dit l’Apocalypse (3,7).

Voilà l’appel fondamental qui retentit en ce carême et plus particulièrement en cette semaine : devenez croyants ! Avec les futurs baptisés qui vivent aujourd’hui le rite de la «tradition» – c’est-à-dire la transmission – de la foi, contemplons le Christ, lui qui est «la tête et l’accomplissement» de la foi véritable (Hébreux 12,2). Dans la foi parfaite du Fils, et puisqu’elle «rend possible la nôtre» (Romano Guardini), marchons pleins de confiance jusqu’au jour qui ne connaîtra pas de couchant : celui de la Résurrection.