La foi de Pierre

Pierre nous ressemble en même temps qu’il nous dépasse. Avec lui, toute cette semaine, nous allons quitter le désert de la tentation pour gravir la montagne de la gloire manifestée du Dieu vivant ; le désert de nos peurs et de nos incertitudes, pour les sommets de la foi illuminée par la vision. Avec lui, nous allons progressivement quitter la plaine – nos possessions, nos habitudes, nos affections – pour monter, en un chemin parfois rude, à la rencontre de Dieu. Pour recevoir, dans la joie et la crainte, la révélation qui nous est faite d’un Dieu qui désire se donner à nous ; et nous préparer à l’accueillir de plus en plus profondément en notre vie, en «l’écoutant», en laissant quelque peu en arrière nos propres préoccupations ou priorités, en acceptant de nous laisser bousculer peut-être, pour nous rendre attentifs à sa voix, affiner notre discernement, avec l’aide de l’Esprit qui ne nous fera jamais défaut. Mais, avec lui aussi, il nous faudra accepter que la révélation de la gloire de Dieu, que la rencontre sensible d’un moment, ne dure pas ; qu’elle ne puisse être, tant que nous marchons en cette vie, qu’inattendue, fugitive, touchée par grâce un instant. Et c’est ainsi qu’il nous faudra, nous aussi, redescendre dans la plaine.

Car c’est bien là, dans la plaine, que s’exerce la foi véritable qui est, dit la lettre aux Hébreux, «la garantie des biens qu’on espère, la preuve des réalités qu’on ne voit pas» (Hébreux 12,1). Pierre a été un moment ébloui par la gloire manifestée sur la montagne du Thabor ; mais, si la lumière s’est dissipée, s’il lui a fallu ensuite affronter l’événement tout aussi inimaginable de la Passion de Jésus, s’il a dû ensuite connaître les épreuves de son ministère et de son propre martyre, jamais les ténèbres ne se sont tout à fait refermées. Car la foi est précisément cette «lampe», cette «lumière sur la route» qui nous permet d’accomplir la traversée entre la découverte de Dieu qui, un jour, nous met en marche, dans l’éclat des commencements, et la claire vision, au terme de son pèlerinage, dans la Jérusalem céleste. «La ville peut se passer de l’éclat du soleil et de celui de la lune, car la gloire de Dieu l’a illuminée, et l’Agneau lui tient lieu de flambeau» (Apocalypse 21,23).

Monter et descendre. Contempler et croire. L’expérience de Pierre lors de la Transfiguration du Seigneur vient nous rappeler que la foi est une grâce, un don de Dieu, qui nous est fait précisément pour que son souvenir éclaire les ténèbres du monde et de nos cœurs, et nous permette d’entrevoir déjà l’avenir d’éternité qui nous attend. «Car nous voyons, à présent, dans un miroir, en énigme, mais alors ce sera face à face» (1 Corinthiens 13,12).