La foi de la Samaritaine

C’est à une magnifique rencontre que nous sommes conviés cette semaine, une rencontre avec une femme extraordinaire, qui est l’une des plus belles figures de l’Église que nous sommes et que nous devons devenir. Dans la tradition byzantine, la Samaritaine est appelée Photine, «celle qui a été illuminée». Et c’est bien une ouverture progressive à la révélation du Christ qui va transformer la femme sceptique, distante et un rien arrogante que Jésus rencontre au bord du puits, en cette femme ouverte et lumineuse qui proclame avec ses frères : «C’est vraiment lui le Sauveur du monde !». Une ouverture qui se produit dès lors qu’elle consent à devenir vraie, à reconnaître humblement la soif qui l’habite. Et nous la suivrons dans le pas à pas de sa foi en ce que Jésus lui révèle.

L’homme est un être extraordinaire. Il y a en lui une capacité extraordinaire, une possibilité infinie, déposée là par le Créateur, qui le rend image de Dieu. Il existe en lui une source, et cette source est destinée à couler à flots, à se répandre. Cette source a été obstruée par le péché, mais elle continue de sourdre au fond de nous. Nous l’entendons, si nous l’écoutons. Jésus est venu desceller cette source, libérer cette capacité. Il le fait par le baptême. Ce sacrement libère la source cachée et entraîne l’homme dans la charité de Dieu, par laquelle Jésus nous rend à la ressemblance première. Nous avons été créés pour aimer, pour nous donner. Jésus nous rend à cette vérité.

Le baptême lui-même est une source. Et une source coule dans une totale gratuité. Elle coule pour qui veut venir y boire. Et l’acte de foi le plus frappant, peut-être, de la Samaritaine est d’avoir cru en la gratuité de ce don. Elle, la schismatique, la pécheresse, elle a cru que l’eau que Jésus donne pouvait être pour elle ! Dieu donne gratuitement, Dieu donne à qui veut venir à lui, Dieu est Source. Jésus est venu révéler la gratuité de ce don. Il est venu révéler la prodigalité du Père, le visage du Père qui est don, qui donne, donne et se donne. Jésus est venu libérer le don des mains de ceux qui l’avaient accaparé (Matthieu 23,13 ; Luc 11, 52), qui voulaient le réserver à quelques-uns. Jésus vient redonner cette eau pour tous. Il le fait en donnant lui-même sa vie pour la multitude (Marc 14,24). Et c’est vers cette source, qui coulera pour nous dans la nuit de Pâques, que nous avançons, dans la joie, déjà, d’y être tout renouvelés.