La foi de l'aveugle-né

Au bord du chemin, un mendiant aveugle. Au milieu de notre route vers Pâques, nous croisons aujourd’hui un homme qui souffre, et nous voici confrontés à la question redoutable : ce mal qui nous entoure, la souffrance de nos frères, les drames que nous vivons. En ce dimanche de «Lætare», l’Église nous invite pourtant à tressaillir déjà de la joie de Pâques qui approche. En effet, cet homme qui souffre croise aujourd’hui le Christ qui marche dans une grande douceur vers la croix. Dans cette rencontre, il devient un homme debout, libre de se prosterner devant Jésus et de reconnaître en lui le Fils de l’homme.

Entre les deux, toute une histoire. Il y a d’abord une invitation : «va te laver à Siloé», et la guérison de l’aveugle. Ensuite, peu à peu, cette guérison qui n’avait même pas été demandée devient pour l’aveugle guéri la clé de toute son histoire et son tournant radical. Combien de fois cet homme raconte-t-il cette histoire ! Elle n’est pas toujours comprise, elle ne répond pas non plus à toutes les questions, elle pose même beaucoup plus de questions qu’elle ne donne de réponses. Et quand on est fidèle à cette histoire, elle peut nous engager très loin : être disciple de Jésus, c’est aussi risquer d’être rejeté, ou de n’être pas compris.

Ce parcours, c’est d’une façon ou d’une autre celui de chacun de nos frères catéchumènes : un appel entendu plus ou moins confusément, quelque chose qui change et que l’on ne peut pas nier. Quelqu’un qui est passé, qui n’est plus là, que l’on retrouve… Et un jour la question : «Crois-tu ?»

La foi comme une histoire. Notre histoire comme le lieu où se dit notre foi.

Et si, en cette semaine, nous relisions notre histoire en compagnie de l’aveugle né ? Le Dieu auquel nous croyons, en effet, s’est révélé dans l’histoire : il se présente comme le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. Il est celui qui a fait sortir son peuple d’Égypte. À la plénitude des temps, il est venu habiter parmi nous. Pour nous aussi, la foi est une histoire avant d’être un ensemble de vérités auxquelles nous adhérons. Histoire d’une délivrance, comme pour le peuple d’Israël. Histoire d’une guérison, comme pour l’aveugle né. Qui est-il, le Fils de l’homme ? Celui que je vois parce qu’il m’a donné des yeux pour le voir. Celui auquel je peux croire, parce qu’il m’a guéri et relevé.