Étape 4 - La foi de l'aveugle-né


Chaque semaine, un parcours biblique vous est proposé à partir du thème du dimanche qui guide toute la semaine : une courte introduction suivie du texte biblique et d'une prière. Pensez à télécharger la version imprimable, plus pratique pour vivre votre Route de Pâques un peu à distance de l'écran et n'oubliez pas non plus les podcasts !... Sur cette page, les articles «Bible en main» sont publiés jour après jour pendant toute la semaine.

Samedi 9 avril - La lumière de la foi

«Je suis la lumière du monde» (Jean 9,5)


Au moment de quitter l’aveugle né pour poursuivre notre route vers Pâques, nous laissons résonner l’affirmation lancée par le Christ : «Je suis la lumière du monde». Elle donne, en effet, le sens de l’œuvre qu’il accomplit. Il façonne l’homme de nouveau, il le plonge dans l’eau qui purifie et redonne vie, et ce baptême est une illumination : les yeux de l’aveugle s’ouvrent à une lumière toute nouvelle.


«Je suis la lumière du monde». Jésus a déjà lancé cette affirmation, dans l’évangile selon saint Jean. Les scribes et les pharisiens s’étaient retirés, laissant face à face Jésus et une femme saisie en flagrant délit d’adultère. La femme, encore toute bouleversée d’avoir échappé au sort qui lui était réservé, avait vu le Christ se redresser pour la regarder en face, elle qui maintenant était relevée, et lui dire : «Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, désormais ne pèche plus» (Jean 8,11). «Je suis la lumière du monde», affirme alors le Christ. Lumière qui révèle le péché, lumière qui l’engloutit aussitôt dans la miséricorde, pour peu qu’on accepte de se retrouver là, face au Christ, avec sa misère.


Le Christ donne donc le même sens à sa rencontre avec la femme adultère et à la guérison de l’aveugle-né. Le baptême ouvre nos yeux à la lumière véritable et nous donne de confesser le Christ. Et, dans sa merveilleuse providence, le Seigneur veut faire de chacune de nos chutes l’occasion de nous laisser renouveler dans la grâce de cette nouvelle naissance. Il se penche devant cette femme que l’on a mise à terre, comme il se courbe vers le sol pour faire de la boue et guérir l’aveugle. Il la purifie dans l’eau de sa miséricorde, comme il envoie l’aveugle se laver à Siloé. Pour nous aussi, Dieu renouvelle incessamment cette merveille : notre misère devient l’occasion d’expérimenter la vérité de notre foi. Le Dieu auquel nous croyons est le Dieu qui nous sauve.

 

Jean 8,3-12
[3] Les scribes et les Pharisiens amènent une femme surprise en adultère et, la plaçant au milieu, [4] ils disent à Jésus : «Maître, cette femme a été surprise en flagrant délit d’adultère. [5] Or dans la Loi Moïse nous a prescrit de lapider ces femmes-là. Toi donc, que dis-tu ?» [6] Ils disaient cela pour le mettre à l’épreuve, afin d’avoir matière à l’accuser. Mais Jésus, se baissant, se mit à écrire avec son doigt sur le sol. [7] Comme ils persistaient à l’interroger, il se redressa et leur dit : «Que celui d’entre vous qui est sans péché lui jette le premier une pierre !» [8] Et se baissant de nouveau, il écrivait sur le sol. [9] Mais eux, entendant cela, s’en allèrent un à un, à commencer par les plus vieux ; et il fut laissé seul, avec la femme toujours là au milieu. [10] Alors, se redressant, Jésus lui dit : «Femme, où sont-ils ? Personne ne t’a condamnée ?» [11] Elle dit : «Personne, Seigneur.» Alors Jésus dit : «Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, désormais ne pèche plus.» [12] De nouveau Jésus leur adressa la parole et dit : «Je suis la lumière du monde. Qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais aura la lumière de la vie.»


Jésus, lumière du monde, nous croyons en toi. Tu te révèles comme celui qui guérit et qui redresse. Nous accompagnons nos frères qui se préparent à recevoir le baptême. Ils marchent vers toi avec confiance, parce qu’ils ont reconnu les traces de ton passage dans leur vie. Nous t’en prions : que les chutes ne leur fassent pas perdre courage. Au contraire, qu’elles soient l’occasion de proclamer leur foi : tu es le Dieu qui se dit dans notre histoire, et tu fais de notre misère le lieu où se révèle ta miséricorde. Avec eux, donne-nous de marcher, nous aussi, avec confiance. Que notre vie proclame que tu es venu non pour juger mais pour sauver. Toi, lumière née de la lumière, nous t’adorons !

   

Vendredi 8 avril - Voir et croire

«Est-ce que nous aussi nous sommes aveugles ?» (Jean 9,40)


«C’est pour un discernement que je suis venu dans le monde», dit Jésus. Mais ce discernement ressemble à un complet renversement : «pour que ceux qui ne voient pas voient, et que ceux qui voient deviennent aveugles». Un homme aveugle est devenu capable de voir, mais est-ce là un discernement ? N’est-ce pas plutôt une guérison, un rétablissement ? En réalité, comme souvent dans l’évangile de Jean, le geste posé par Jésus devient signe d’une réalité qui le dépasse et lui donne tout son sens. L’homme aveugle est devenu voyant parce que ses yeux se sont ouverts, mais surtout parce qu’il a ainsi confessé sa foi au Fils de l’homme.


«Est-ce que nous aussi nous sommes aveugles ?» La question des pharisiens nous atteint : nous croyons voir et savoir tant de choses... Avons-nous le regard assez pur pour discerner la gloire de Dieu dans nos frères ? Simon le pharisien, lui aussi, croyait bien voir : quand la pécheresse entre chez lui, il voit tout de suite qui est cette femme de mauvaise vie. Mais Jésus l’interroge : «Tu vois cette femme ?»


Sûrement, nous aussi, nous sommes encore un peu aveugles. Nous ne discernons pas très bien nos frères : pour nos yeux qui s’ouvrent peu à peu, ils ressemblent encore à «des arbres qui marchent» (cf. Marc 8,24)... Mais nous avançons avec confiance : «Si vous étiez aveugles, vous n’auriez pas de péché», dit en effet Jésus. Si nous nous reconnaissons aveugles, le Seigneur nous ouvrira les yeux. Il nous suffit de faire confiance à sa lumière qui fera de nous, jour après jour, des fils de lumière.

 

Luc 7,44-48
[44] «Tu vois cette femme ? dit [Jésus] à Simon. Je suis entré dans ta maison, et tu ne m’as pas versé d’eau sur les pieds ; elle, au contraire, m’a arrosé les pieds de ses larmes et les a essuyés avec ses cheveux. [45] Tu ne m’as pas donné de baiser ; elle, au contraire, depuis que je suis entré, n’a cessé de me couvrir les pieds de baisers. [46] Tu n’as pas répandu d’huile sur ma tête ; elle, au contraire, a répandu du parfum sur mes pieds. [47] À cause de cela, je te le dis, ses péchés, ses nombreux péchés, lui sont remis parce qu’elle a montré beaucoup d’amour. Mais celui à qui on remet peu montre peu d’amour.» [48] Puis il dit à la femme : «Tes péchés sont remis».


Seigneur, te laisser guérir nos yeux aveuglés, c’est aller comme l’aveugle nous laver à la fontaine de Siloé. Mais c’est aussi accepter d’entendre ce que tu dis à Simon le pharisien : «tu vois cette femme ?» Tu guéris notre regard en le renouvelant dans la miséricorde que tu nous offres. Nous te présentons aujourd’hui tous ceux que nous ne savons pas regarder, à cause de notre indifférence ou de notre jalousie. Et nous te laissons les regarder, toi le premier, afin de nous tenir en ce regard où la miséricorde ouvre un avenir pour chacun. Témoins des merveilles que tu as accomplies pour cet homme aveugle, nous choisissons aujourd’hui de croire, nous aussi, que les œuvres de Dieu peuvent s’accomplir en tous tes enfants.

   

Jeudi 7 avril - Foi et liberté

«Qui est-il, Seigneur, que je croie en lui ?» (Jean 9,35)


L’aveugle ne cesse de parler à tous ceux qui l’interrogent de cet homme qui lui a mis de la boue sur les yeux et l’a guéri. Mais pourtant, quelle discrétion de la part de Jésus dans toute cette péricope ! Après la parole adressée à l’aveugle, «va te laver à Siloé», il disparaît du récit. Et quand on voudrait le voir pour lui faire confirmer ces faits étonnants, on ne sait où le trouver. Cette discrétion du Christ, infiniment présent par sa puissance de salut, et pourtant absent, nous en avons tous fait l’expérience. Et nos frères catéchumènes pourraient témoigner de cette réalité paradoxale : c’est bien le Christ qui est à la source et au terme de leur démarche, mais comme il était difficile parfois de reconnaître les traces de sa présence !


Le narrateur de l’évangile sait mettre des mots sur l’aventure du disciple : il s’agit de «reconnaître Jésus pour le Christ». L’aveugle, quant à lui, sait peu de choses sur cet homme qu’il a croisé. Sûrement, c’est un prophète, un homme qui parle au nom de Dieu, mais c’est tout ce qu’il peut dire de lui-même. C’est Jésus qui pose la question : «Crois-tu au Fils de l’homme ?», et qui ajoute : «Tu le vois. Celui qui te parle, c’est lui». Si cet homme peut croire, c’est qu’il voit à présent. Comme les dix lépreux de l’évangile selon saint Luc, cet homme est guéri, mais le passage du Christ dans sa vie ne l’oblige pas à croire. Le Christ restaure en l’homme la capacité de s’ouvrir à la foi en lui redonnant sa liberté la plus profonde. Mais la foi naît non pas de la guérison, mais du mouvement d’action de grâce dans lequel on reconnaît le Christ comme la source de tout bien. Croire est le fait d’un homme libre, et c’est le Christ lui-même qui offre cette liberté. L’aveugle se prosterne librement devant celui qui l’a relevé.

 

Luc 17,11-19
[11] Il advint, comme il faisait route vers Jérusalem, qu’il passa aux confins de la Samarie et de la Galilée. [12] À son entrée dans un village, dix lépreux vinrent à sa rencontre et s’arrêtèrent à distance ; [13] ils élevèrent la voix et dirent : «Jésus, Maître, aie pitié de nous.» [14] À cette vue, il leur dit : «Allez vous montrer aux prêtres.» Et il advint, comme ils y allaient, qu’ils furent purifiés. [15] L’un d’entre eux, voyant qu’il avait été purifié, revint sur ses pas en glorifiant Dieu à haute voix [16] et tomba sur la face aux pieds de Jésus, en le remerciant. Et c’était un Samaritain. [17] Prenant la parole, Jésus dit : «Est-ce que les dix n’ont pas été purifiés ? Les neuf autres, où sont-ils ? [18] Il ne s’est trouvé, pour revenir rendre gloire à Dieu, que cet étranger !» [19] Et il lui dit : «Relève-toi, va ; ta foi t’a sauvé.»


Aujourd’hui Seigneur, nous voulons prendre le temps de revenir. Nous revenons à toi non seulement dans la pénitence, mais aussi dans l’action de grâces. Tu nous guides et nous protèges, tu nous sauves et nous relèves, mais tu nous laisses libres de te découvrir à la source de tant de grâces, ou de poursuivre notre chemin, le cœur aveuglé. Aujourd’hui, notre chemin de conversion se fait chemin d’action de grâce. En nous prosternant devant toi, nous t’offrons tout ce que tu nous as offert. Notre foi est gratitude, gratuité d’un cœur émerveillé de toi.

   

Mercredi 6 avril - Croire et savoir

«Je ne sais qu’une chose : j’étais aveugle et à présent j’y vois» (Jean 9,25)


L’histoire de cet homme n’est pas seulement celle d’une guérison. Celle-ci n’occupe d’ailleurs que deux versets du chapitre 9. Plutôt, l’histoire de cet homme commence avec sa guérison, et se déploie avec toutes les répercussions d’un tel bouleversement. L’aveugle, qui voit désormais, est assailli de questions : «Comment donc tes yeux se sont-ils ouverts ?», «où est-il» celui qui a fait cela ?


Nos frères catéchumènes en ont sûrement fait l’expérience : la rencontre avec le Christ ouvre une voie nouvelle, mais ne fournit pas de réponses définitives à toutes les questions, au contraire… Elle ébranle même bien des fondements : l’entourage ne les reconnaît plus bien. Cet homme nouveau qui est en train de naître dans la rencontre du Christ, est-ce lui, ou un autre qui lui ressemble ?


Dans sa simplicité, cet homme est un bon guide sur notre chemin de foi. Ce qu’il sait, c’est ce qui lui est arrivé. Mais il ne prétend pas pour autant tout savoir de cet homme qui l’a relevé. «Où est-il ? - Je ne sais pas», a-t-il le courage de répondre... Est-ce un pécheur parce qu’il a fait cela un jour de sabbat ? L’homme ne rentre pas dans le débat. Mais il se fie à ce qu’il a expérimenté : «Je ne sais qu’une chose : j’étais aveugle et à présent j’y vois.»


Les pharisiens disent beaucoup : «nous savons», et leur savoir trace des lignes de démarcation, leur permettant de se retrancher derrière leurs certitudes. Nicodème aussi se présentait à Jésus en disant : «nous savons», et c’était pour honorer le Christ... Mais Jésus l’appelle à renaître d’en haut, et s’étonne que celui qui est maître en Israël ne sache pas ces choses-là.


Croire, c’est peut-être aussi accepter de ne pas savoir. Ou du moins avoir des certitudes qui obligent à poser d’autres questions. Accepter ce grand large d’un Dieu plus grand, consentir à ne pas pouvoir l’enfermer dans une définition ou dans une expérience. Ne pas savoir, pour le laisser libre de se révéler comme le Dieu inattendu et sauveur.

 

Jean 3,1-10
[1] Il y avait parmi les Pharisiens un homme du nom de Nicodème, un notable des Juifs. [2] Il vint de nuit trouver Jésus et lui dit : «Rabbi, nous le savons, tu viens de la part de Dieu comme un Maître : personne ne peut faire les signes que tu fais, si Dieu n’est pas avec lui.» [3] Jésus lui répondit : «En vérité, en vérité, je te le dis, à moins de naître d’en haut, nul ne peut voir le Royaume de Dieu.» [4] Nicodème lui dit : «Comment un homme peut-il naître, étant vieux ? Peut-il une seconde fois entrer dans le sein de sa mère et naître ?» [5] Jésus répondit : «En vérité, en vérité, je te le dis, à moins de naître d’eau et d’Esprit, nul ne peut entrer dans le Royaume de Dieu. [6] Ce qui est né de la chair est chair, ce qui est né de l’Esprit est esprit. [7] Ne t’étonne pas, si je t’ai dit : Il vous faut naître d’en haut. [8] Le vent souffle où il veut et tu entends sa voix, mais tu ne sais pas d’où il vient ni où il va. Ainsi en est-il de quiconque est né de l’Esprit.» [9] Nicodème lui répondit : «Comment cela peut-il se faire ?» [10] Jésus lui répondit : «Tu es Maître en Israël, et ces choses-là, tu ne les saisis pas ?


Esprit Saint, en ce jour nous te confions une fois encore nos frères catéchumènes. Engendre-les à la foi véritable qui se tient éloignée de toute erreur, parce qu’elle a le courage de ne pas chercher des réponses plus faciles, plus immédiates que la vérité à laquelle tu les conduis peu à peu. Quand l’Église te demande de les libérer du mal, elle te demande pour eux le don de la liberté véritable, qui accepte de se laisser entraîner toujours plus loin dans la confiance. Donne-nous, à nous aussi, de renaître en ces jours à la confiance : que notre foi soit audacieuse, pour te laisser nous guider vers la vérité tout entière, amen !

   

Mardi 5 avril - La foi dans l'œuvre de Dieu

«Il fit de la boue avec sa salive» (Jean 9,6)


Nous avons vite remarqué que Jésus ne répond pas vraiment à la question des disciples : «Qui a péché ?». Il écarte seulement les fausses réponses qui feraient de la souffrance un châtiment du pécheur. Mais, immédiatement après, il se met à l’œuvre : «il cracha à terre, fit de la boue avec sa salive, enduisit avec cette boue les yeux de l’aveugle». Puis, il l’envoie se laver à la piscine de Siloé. L’œuvre du Christ se dit par deux symboles : celui de l’eau qui purifie, et celui de la terre qui se laisse refaçonner. Quand nous pensons au salut qui nous est offert dans le baptême, nous pensons à cette eau qui ruisselle sur nos fronts. Mais cette eau ne lave pas seulement : elle est comme une nouvelle création dans laquelle le Christ s’engage tout entier. Il se penche vers la terre, fait de la boue avec sa salive et nous en enduit les yeux. Au commencement, Dieu «modela l’homme avec la glaise du sol» (Genèse 2,6), dans un geste étonnamment semblable. C’est la merveille du dessein de Dieu : il avait créé l’homme à son image, et celui-ci s’est détourné. Alors, il ne s’est pas contenté de réparer au mieux, de laver un peu : il s’est mêlé comme une eau à l’argile de notre fragilité, et il nous a recréés plus merveilleusement encore.

 

Genèse 2,4-7
[4] Telle fut l’histoire du ciel et de la terre, quand ils furent créés. Au temps où le Seigneur Dieu fit la terre et le ciel, [5] il n’y avait encore aucun arbuste des champs sur la terre et aucune herbe des champs n’avait encore poussé, car le Seigneur Dieu n’avait pas fait pleuvoir sur la terre et il n’y avait pas d’homme pour cultiver le sol. [6] Toutefois, un flot montait de terre et arrosait toute la surface du sol. [7] Alors le Seigneur Dieu modela l’homme avec la glaise du sol, il insuffla dans ses narines une haleine de vie et l’homme devint un être vivant. [8] Le Seigneur Dieu planta un jardin en Eden, à l’orient, et il y mit l’homme qu’il avait modelé.


Père de bonté, nous sommes ton œuvre : aux premiers jours, tu nous as créés dans le Christ. Par le baptême, tu nous as lavés et recréés, tu nous as façonnés de nouveau, afin de faire de nous des fils dans le Fils unique. Et au long des jours, à chaque fois que tu ravives en nous la grâce de notre baptême, tu nous laves en nous recréant, en faisant encore une fois toutes choses nouvelles. Avec l’aveugle qui se laisse guérir, nous découvrons le vrai visage du Dieu auquel nous croyons : Dieu dont le pardon redonne vie, Dieu qui incessamment nous engendre à nouveau, dans le Fils de son amour.

   

Lundi 4 avril - Foi et fragilité

«Afin que soient manifestées en lui les œuvres de Dieu» (Jean 9,3)


«Qui a péché, pour qu’il soit né aveugle ?» «Ni lui, ni ses parents», répond clairement Jésus. La souffrance de cet homme n’est pas le châtiment de son péché. Puis il ajoute : «c’est afin que soient manifestées en lui les œuvres de Dieu». «Afin que» ? Si cela voulait dire que cet homme souffre pour donner au Christ la possibilité de manifester sa puissance, ce serait absurde. Mais si c’était une façon d’entrer dans la compréhension du regard que Dieu pose sur nous ? Quand nous souffrons, le Seigneur écarte résolument de nous tous ceux qui cherchent des coupables pour expliquer ce mal. Et, si nous le voulons, il fait de cette souffrance le lieu où pourraient se manifester les «œuvres de Dieu».


L’homme qui va confesser sa foi est d’abord ce mendiant aveugle : un homme dont la fragilité devient le lieu de Dieu. Si nous voulons que notre foi soit vraie, peut-être faut-il d’abord oser reconnaître que nous sommes un peu comme ce mendiant aveugle, au bord de la route. Comme saint Paul nous y invite dans la lettre aux Romains, il faut oser dire que nous gémissons avec toute la création dans l’attente de la rédemption. Ne pas nier notre malheur ou notre finitude, mais accepter que se pose sur nous – qui ne pouvons même pas encore le voir – le regard du Christ. C’est un regard qui dévoile certes notre misère, mais qui ne nous condamne pas. Au contraire, il discerne en ce creux le lieu où peut se vivre la Pâque de notre salut.

 

Romains 8,22-25
22] Nous le savons en effet, toute la création jusqu’à ce jour gémit en travail d’enfantement. [23] Et non pas elle seule : nous-mêmes qui possédons les prémices de l’Esprit, nous gémissons nous aussi intérieurement dans l’attente de la rédemption de notre corps. [24] Car notre salut est objet d’espérance ; et voir ce qu’on espère, ce n’est plus l’espérer : ce qu’on voit, comment pourrait-on l’espérer encore ? [25] Mais espérer ce que nous ne voyons pas, c’est l’attendre avec constance.


Seigneur Jésus, au bord du chemin où tu passes, nous sommes comme ce mendiant aveugle : nous ne savons pas demander que tu ouvres nos yeux à la lumière, car nous ne connaissons pas nos ténèbres. Nous ne pouvons te voir, et pourtant, déjà, tu t’approches. Déjà tu nous regardes, et tu discernes en nous les merveilles que Dieu désire accomplir pour nous. Avec nos frères catéchumènes nous te prions : donne-nous de passer des ténèbres à la lumière, toi qui es venu vers nous le premier, afin que nous devenions des fils de la lumière !