Le mystère de la foi

Nous y sommes. La grande procession touche aux portes de Sion, la Jérusalem où nous savons que Jésus va bientôt répandre son sang. Comment le suivre jusque-là ? Le voyage a déjà été long et plus long encore le cheminement de notre foi : du désert à la montagne, de la source, en Samarie, à la grande ville de Judée, et jusqu’au tombeau de Béthanie d’où Lazare est sorti, vivant. Nous les avons suivis : Pierre, la femme aux cinq maris, l’aveugle – qui ne l’est plus –, et puis Lazare, et Marthe et Marie... Pouvons-nous encore faire un pas de plus ? Pouvons-nous vraiment entrer dans la ville à la suite de Jésus, nous joindre à la procession joyeuse des enfants et des disciples qui acclament le rabbi qui vient «monté sur un ânon, le petit d’une ânesse» (Zacharie 9,9), comme le «roi d’Israël» ? Pouvons-nous accompagner le groupe des disciples en ce haut lieu où Jésus va leur dire l’extrême de l’amour du Père pour eux ? Avant que, soudain, ce ne soient la rupture, la trahison, l’arrestation, les violences et la mort... Irons-nous jusque-là ?

Et puis, bien sûr, il y a toutes ces questions que nous nous posons : pourquoi le salut doit-il passer par la mort de l’innocent ? Qu’en est-il de l’amour du Père qui, semble-t-il, n’est en rien affecté par la Passion du Fils, aventure solitaire qui le conduit jusqu’à l’infamie de la Croix ? L’Église peut-elle vraiment se reconnaître dans des disciples aussi décevants : des traîtres, des peureux, des fuyards ? Comme nous le proclamons à chaque eucharistie : il est grand le mystère de la foi ! Mystère de l’amour que Dieu porte à sa création depuis toute éternité et qui l’engage, aujourd’hui plus que jamais, dans l’histoire, avec son lot de souffrances et son terme obligé qu’est la mort. Dieu se penche infiniment jusqu’à mourir d’amour. Comment entrer dans ce mystère ?

Cette semaine encore, cette semaine surtout peut-être, nous ne serons pas seuls. Chaque jour, en suivant l’évangile du jour, nous emboîterons le pas d’un témoin ou d’un protagoniste de l’histoire. Des amis de Jésus : Marie de Béthanie et le disciple qu’il aimait (lundi et mardi) ; des apôtres : Judas et Pierre (mercredi et jeudi) ; ou encore Pilate (vendredi) et enfin le prophète Jonas dont la voix lointaine résonnera dans le grand silence du saint Samedi. Il est temps ! «L’heure est venue» ! Et nous aussi, nous sommes attendus. Que le Seigneur nous fasse entendre à nous aussi la parole prononcée sur les catéchumènes au seuil de leur baptême : «Effata !», ouvre-toi ! Je suis venu pour que tu aies la Vie ; ouvre-toi maintenant à ce don que je te fais de ma Vie !