Étape 6 - Le mystère de la foi


Chaque semaine, un parcours biblique vous est proposé à partir du thème du dimanche qui guide toute la semaine : une courte introduction suivie du texte biblique et d'une prière. Pensez à télécharger la version imprimable, plus pratique pour vivre votre Route de Pâques un peu à distance de l'écran et n'oubliez pas non plus les podcasts !... Sur cette page, les articles «Bible en main» sont publiés jour après jour pendant toute la semaine.

Samedi 23 avril - Jonas : un signe pour la foi

«Le Fils de l'homme sera dans le sein de la terre»


Tout est silence en ce jour du saint Shabbat où Jésus repose dans le tombeau «après toute l’œuvre qu’il a faite». Les aromates dont les femmes ont embaumé son corps répandent un parfum de douceur alentour du tombeau. La pierre est roulée. Tout est dans l’ordre. Tout est fini. Tout est accompli. Il n’y a plus rien à voir, plus rien à faire. Et pourtant nous sommes là, devant la tombe. Avec nos questions, nos désirs, nos espoirs, nos souffrances. Qui nous donnera de lire le signe du saint samedi ? Les disciples se sont éloignés, de peur d’être, eux aussi, poursuivis. Il n’y a ni Pierre, ni Marthe, Marie ou Lazare... Pas d'aveugle guéri pour chanter ta louange, pas de femme au bord d’un puits pour se réjouir d’être aimée et pardonnée... L’histoire est close, comme le tombeau. Jésus est mort. De cette mort dont je devrai moi aussi mourir, un jour que je ne connais pas. Il dort, le Roi du monde, du sommeil de la mort, mais en la subissant, il la transforme. Il dort, le Verbe dont la parole a créé l’univers, mais, comme l’enfant qui s’apprête à quitter la nuit du sein de sa mère, il est en train d’inaugurer une Vie radicalement nouvelle. Il «dort, mais son cœur veille» pour accomplir la plus grande œuvre qui ait jamais été accomplie : la mise à mort de la mort. Dans la mort du Fils de Dieu, la mort est morte ; ma mort est morte en lui. Bien sûr, je devrai moi aussi passer par la porte étroite, mais la porte s’ouvrira parce que lui, Jésus, est passé devant, pour moi. De cela, aucun signe ne nous est donné sinon, par la bouche-même de Jésus, celui du lointain prophète Jonas, lui que le «monstre marin» n’a pu garder dans ses entrailles. Englouti, comme lui, dans les eaux de la mort, Jésus en remonte avec, dans sa main droite, le trophée de sa victoire : la Vie rendue à tous ceux qui croiront en lui. Ne demandons pas d’autre signe à Celui qui est en train d’accomplir le plus grand de tous les signes. Le Roi dort mais il se relèvera et moi, en lui, je serai vivant de sa Vie.

 

Matthieu 12,38-40
Quelques-uns des scribes et des Pharisiens prirent la parole et lui dirent : «Maître, nous désirons que tu nous fasses voir un signe.» Il leur répondit : «Génération mauvaise et adultère ! Elle réclame un signe, et de signe, il ne lui sera donné que le signe du prophète Jonas. De même, en effet, que Jonas fut dans le ventre du monstre marin durant trois jours et trois nuits, de même le Fils de l’homme sera dans le sein de la terre durant trois jours et trois nuits.»


Seigneur, tu reposes aujourd’hui dans la nuit du tombeau. Accorde-nous de veiller auprès de toi dans la grande paix que tu viens répandre sur la création et jusqu’au plus profond des enfers. Tu assures à jamais notre foi en la plantant dans le roc du sépulcre. Seigneur, nous voulons rester auprès de toi, aujourd’hui, dans ce grand silence qui précède une naissance. Prends pitié, Seigneur, de ceux que le désespoir aveugle devant la mort, les retenant de croire en toi, Vainqueur de la mort. Augmente en nous la foi ; que ta Pâque nous attire tous en toi, nous plongeant dans le baptême de ta mort et de ta résurrection, gloire à toi !

   

Vendredi 22 avril - Pilate : l’énigme de la foi

«D'où es-tu ?»


Aujourd’hui, nous contemplons la sainte passivité de Jésus. L’heure n’est plus à l’initiative, mais à l’obéissance. Tout ce qu’il a fait, tout ce qu’il a dit, l’ont été pour le conduire jusque-là, à cet instant où ses mains s’ouvrent pour qu’il soit conduit «comme un agneau à l’abattoir» (Isaïe 53,7), qu’il paraisse, silencieux, devant ceux qui ont décidé de sa mort, et qu’il se laisse finalement clouer sur le bois de la croix. C’est ce visage d’une incompréhensible douceur, cette incompréhensible passivité, que Pilate affronte aujourd’hui. Qui est-il cet homme qu’on lui amène pour obtenir qu’il soit condamné ? Tu es roi ? Mais quel est ton royaume ? Tu rends témoignage à la vérité ? Mais y a-t-il seulement une vérité ? Jésus est une énigme pour Pilate. Il devrait se défendre, crier, se plaindre, en appeler à son Dieu ou bien à l’empereur ! Il devrait plaider sa cause, rassembler des arguments en sa faveur, et, pourquoi pas, tenter de le corrompre ou de l’apitoyer ! Mais non. Rien n’entame cette incompréhensible douceur, cette insoutenable passivité. Pilate ne comprend pas Jésus. Il questionne, il doute, il se trouble. Il suffirait de peu que cette incompréhension ouvre en lui la brèche de la foi. Les chefs des prêtres et les gardes savent ce qu’ils veulent, Pilate, lui, ne le sait pas. «D’où es-tu ?» Qui es-tu ? En face de Jésus, l’icône parfaite de la foi, Pilate est le plus vraisemblable des a-gnostiques (littéralement : ceux qui ne connaissent pas). Il ne sait pas mais il ne veut pas non plus savoir. Notre monde n’est pas si loin de toi, Pilate ! Curieux de Jésus mais si prompt à l’accuser ou à le flageller ; en quête de vérité mais si vite contraint par les mille pièges des influences, de la facilité, à y renoncer... Jésus, lui, ne dévie pas du vouloir éternel de son Père – qui est aussi le sien – jusqu’à ce que «tout soit accompli». Au soir de ce jour.

 

Jean 18,33-38 ; 19,4-16
Pilate rentra dans son palais, appela Jésus et lui dit : «Es-tu le roi des Juifs ?» Jésus lui demanda : «Dis-tu cela de toi-même, ou bien parce que d’autres te l’ont dit ?» Pilate répondit : «Est-ce que je suis Juif, moi ? Ta nation et les chefs des prêtres t’ont livré à moi : qu’as-tu donc fait ?» Jésus déclara : «Ma royauté ne vient pas de ce monde ; si ma royauté venait de ce monde, j’aurais des gardes qui se seraient battus pour que je ne sois pas livré aux Juifs. Non, ma royauté ne vient pas d’ici.» Pilate lui dit : «Alors, tu es roi ?» Jésus répondit : «C’est toi qui dis que je suis roi. Je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. Tout homme qui appartient à la vérité écoute ma voix.» Pilate lui dit : «Qu’est-ce que la vérité ?» (…) Pilate sortit de nouveau pour dire aux Juifs : «Voyez, je vous l’amène dehors pour que vous sachiez que je ne trouve en lui aucun motif de condamnation.» Alors Jésus sortit, portant la couronne d’épines et le manteau de pourpre. Et Pilate leur dit : «Voici l’homme.» Quand ils le virent, les chefs des prêtres et les gardes se mirent à crier : «Crucifie-le ! Crucifie-le !» Pilate leur dit : «Reprenez-le, et crucifiez-le vous-mêmes ; moi, je ne trouve en lui aucun motif de condamnation.» Les Juifs lui répondirent : «Nous avons une Loi, et suivant la Loi il doit mourir, parce qu’il s’est prétendu Fils de Dieu.» Quand Pilate entendit ces paroles, il redoubla de crainte. Il rentra dans son palais, et dit à Jésus : «D’où es-tu ?» Jésus ne lui fit aucune réponse. Pilate lui dit alors : «Tu refuses de me parler, à moi ? Ne sais-tu pas que j’ai le pouvoir de te relâcher, et le pouvoir de te crucifier ?» Jésus répondit : «Tu n’aurais aucun pouvoir sur moi si tu ne l’avais reçu d’en haut ; ainsi, celui qui m’a livré à toi est chargé d’un péché plus grave.» Dès lors, Pilate cherchait à le relâcher ; mais les Juifs se mirent à crier : «Si tu le relâches, tu n’es pas ami de l’empereur. Quiconque se fait roi s’oppose à l’empereur.» En entendant ces paroles, Pilate amena Jésus au-dehors ; il le fit asseoir sur une estrade à l’endroit qu’on appelle le Dallage (en hébreu : Gabbatha). C’était un vendredi, la veille de la Pâque, vers midi. Pilate dit aux Juifs : «Voici votre roi.» Alors ils crièrent : «À mort ! À mort ! Crucifie-le !» Pilate leur dit : «Vais-je crucifier votre roi ?» Les chefs des prêtres répondirent : «Nous n’avons pas d’autre roi que l’empereur.» Alors, il leur livra Jésus pour qu’il soit crucifié, et ils se saisirent de lui.


Seigneur, tu m’offres aujourd’hui ton visage à contempler. Longuement. Demain, il sera caché par la nuit du tombeau ; aujourd’hui, laisse-moi me rassasier de la douceur et de la lumière de ton visage. Laisse-moi contempler quelque chose du mystère de ton obéissance. Nul ne te contraint, Seigneur, et pourtant tu te laisses conduire chez le grand-prêtre, chez Hérode, chez Pilate... On te raille, on t’insulte, on te blesse et je ne vois que douceur en toi. Seigneur qui vas te laisser crucifier pour moi, augmente en moi la foi, prends pitié de moi !

   

Jeudi 21 avril - Pierre : la nuit de la foi

«Plus tard, tu comprendras»


Pierre n’a pas la foi facile. Il nous est bon de mettre nos pas dans les pas d’un homme comme celui-là. Jésus est à l’ultime de sa mission : «sachant que le Père a tout remis entre ses mains, qu’il est venu de Dieu et qu’il retourne à Dieu», récapitule l’évangéliste. Il reste un geste à poser, un exemple à donner, avant de se laisser prendre par les griffes de la violence et de la mort. Le dernier geste de Jésus avant son arrestation dans le jardin est de se pencher. De se mettre à genoux devant l’homme, sa créature, de se ceindre du linge des serviteurs pour ouvrir à tous les hommes le chemin du véritable amour. Mais Pierre ne comprend pas. Il nous rend service, Pierre, car nous non plus nous ne comprenons pas très bien. Pierre peine à reconnaître le Jésus qu’il admire et qu’il reconnaît comme le «Christ, le Fils du Dieu vivant» (Matthieu 16,16) : «Toi, Seigneur ?» Autrement dit : est-ce bien toi ? S’il ne tenait qu’à moi, je te protégerai de toi-même ; tu ne peux pas ainsi t’abaisser devant moi : ce n’est pas dans l’ordre des choses ! Au fond, il s’en est fallu de peu que Pierre ne devienne Judas. «Passe derrière moi, Satan !», avait rétorqué Jésus à Pierre qui voulait l’empêcher de poursuivre sa route vers Jérusalem pour y subir sa Passion, «tu me fais obstacle, car tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes !» (Matthieu 16,23). Jésus révèle un Dieu inattendu. Mais la différence entre Pierre et Judas, c’est que Pierre consent à cet inattendu. Il consent à s’engager dans ce «plus tard» qu’il ne maîtrise pas. «Plus tard tu comprendras». «Plus tard tu me suivras» (Jean 13,36). Pour Pierre comme pour nous, c’est l’heure de la confiance. Le Maître a tracé le chemin : heureux serons-nous si nous y marchons à sa suite !

 

Jean 13,1-15
Avant la fête de la Pâque, sachant que l’heure était venue pour lui de passer de ce monde à son Père, Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout. Au cours du repas, alors que le démon a déjà inspiré à Judas Iscariote, fils de Simon, l’intention de le livrer, Jésus, sachant que le Père a tout remis entre ses mains, qu’il est venu de Dieu et qu’il retourne à Dieu, se lève de table, quitte son vêtement, et prend un linge qu’il se noue à la ceinture ; puis il verse de l’eau dans un bassin, il se met à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge qu’il avait à la ceinture. Il arrive ainsi devant Simon-Pierre. Et Pierre lui dit : «Toi, Seigneur, tu veux me laver les pieds !» Jésus lui déclara : «Ce que je veux faire, tu ne le sais pas maintenant ; plus tard tu comprendras.» Pierre lui dit : «Tu ne me laveras pas les pieds ; non, jamais !» Jésus lui répondit : «Si je ne te lave pas, tu n’auras point de part avec moi.» Simon-Pierre lui dit : «Alors, Seigneur, pas seulement les pieds, mais aussi les mains et la tête !» Jésus lui dit : «Quand on vient de prendre un bain, on n’a pas besoin de se laver : on est pur tout entier. Vous-mêmes, vous êtes purs... mais non pas tous.» Il savait bien qui allait le livrer ; et c’est pourquoi il disait : «Vous n’êtes pas tous purs.»
Après leur avoir lavé les pieds, il reprit son vêtement et se remit à table. Il leur dit alors : «Comprenez-vous ce que je viens de faire ? Vous m’appelez ‘Maître’ et ‘Seigneur’, et vous avez raison, car vraiment je le suis. Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous.»


Seigneur, en ce jour tout est accompli. Tu es venu de Dieu et maintenant tu retournes vers lui. Le signe que tu nous laisses est celui de l’amour le plus parfait. Toi l’image du Père de tendresse, accorde-nous de te suivre en ton abaissement pour être aussi avec toi au jour de ta gloire. Nous ne savons pas, Seigneur, où tu nous conduis, mais nous savons que tu marches devant nous, que tu as pris sur toi toutes nos souffrances, notre malheur et nos peines, pour les plonger dans le baptême de ta mort. Toi le Dieu inattendu qui te penches vers nous pour que nous ayons part à ta vie, prends pitié de nous !

   

Mercredi 20 avril - Judas : la foi manquée

«Le Fils de l'homme s'en va»


Aujourd’hui les choses sont claires. L’évangéliste dévoile au grand jour ce qu’aucun des disciples ne sait encore : la trahison de Judas. Judas était peut-être celui des disciples qui aimait le plus Jésus. Celui qui attendait le plus de lui. Celui qui y croyait, plus fort que tous les autres. Mais, petit à petit, ses propres attentes ont pris la place de sa foi. La foi n’est pas certitude – et peut-être Judas était-il bardé de certitudes : Jésus allait délivrer Israël de l’occupant romain ; Jésus était celui qu’annonçaient les prophètes : «On oubliera les angoisses anciennes, elles auront disparu de mes yeux. Car voici que je vais créer des cieux nouveaux et une terre nouvelle, on ne se souviendra plus du passé, il ne reviendra plus à l’esprit» (Isaïe 65,16-17). La foi demande que l’on suive – et parfois dans la nuit – et peut-être Judas aurait-il aimé précéder le Maître, car il savait, lui, ce qu’il fallait faire. Judas aimait passionnément Jésus, mais pour lui-même. Trente pièces d’argent auront eu raison de sa foi manquée. Pourtant Judas, par le choix radical, désespéré sans doute, qu’il fait de livrer Jésus, offre mystérieusement son concours au dessein de Dieu. À sa manière, il accomplit ce que Jésus lui-même annonce solennellement aux disciples : «Le Fils de l’homme s’en va, comme il est écrit». Il livre celui que livre le Père. Il livre celui qui se livre lui-même pour que tous soient sauvés. La folle liberté de Judas, l’«ami» de la dernière heure, rejoint la souveraine liberté du Christ qui choisit, par amour pour son Père et pour ses frères, de «donner sa vie» parce qu’«il n’y a pas de plus grand amour» (Jean 15,13).

 

Matthieu 26,14-25
L’un des douze Apôtres de Jésus, nommé Judas Iscariote, alla trouver les chefs des prêtres et leur dit : «Que voulez-vous me donner, si je vous le livre ?» Ils lui proposèrent trente pièces d’argent. Dès lors, Judas cherchait une occasion favorable pour le livrer.
Le premier jour de la fête des pains sans levain, les disciples vinrent dire à Jésus : «Où veux-tu que nous fassions les préparatifs de ton repas pascal ?» Il leur dit : «Allez à la ville, chez un tel, et dites-lui : ‘Le Maître te fait dire : Mon temps est proche ; c’est chez toi que je veux célébrer la Pâque avec mes disciples.’» Les disciples firent ce que Jésus leur avait prescrit et ils préparèrent la Pâque.
Le soir venu, Jésus se trouvait à table avec les Douze. Pendant le repas, il leur déclara : «Amen, je vous le dis : l’un de vous va me livrer.» Profondément attristés, ils se mirent à lui demander, l’un après l’autre : «Serait-ce moi, Seigneur ?» Il leur répondit : «Celui qui vient de se servir en même temps que moi, celui-là va me livrer. Le Fils de l’homme s’en va, comme il est écrit à son sujet ; mais malheureux l’homme par qui le Fils de l’homme est livré ! Il vaudrait mieux que cet homme-là ne soit pas né !» Judas, celui qui le livrait, prit la parole : «Rabbi, serait-ce moi ?» Jésus lui répond : «C’est toi qui l’as dit !


Seigneur, nous ne savons pas croire en toi. Nous projetons sur toi nos espoirs trop courts et nos désirs de vaine gloire. Nous t’en voulons quand tu ne sembles pas entendre notre prière. Garde-nous de te réduire aux dimensions de nos désirs. Tu marches vers ta Passion volontaire, tu te livres en nourriture pour nous donner la Vie, tu nous aimes jusqu’à l’extrême de l’amour, accorde-nous seulement de te suivre dans l’obéissance et l’humilité, même quand nous ne comprenons pas où tu nous conduis. Sauveur, prends pitié de nous !

   

Mardi 19 avril - Le disciple bien-aimé : La foi du cœur

«L'un de vous me livrera»


C’est encore une scène d’intimité que nous partageons avec les disciples aujourd’hui. Nous sommes autour de la table avec Jésus et ses disciples. Moment d’intense communion, mêlée d’angoisse cependant car, l’évangéliste nous en avertit, c’est l’heure où «Jésus passe de ce monde à son Père». Les mets circulent, le pain est partagé et soudain le Maître révèle : «L’un de vous me livrera». Stupeur. Effroi. L’un de nous, vraiment ? Nous qui avons marché avec toi sous le soleil de Galilée, nous qui avons été témoins de tant de prodiges et de signes ? Nous qu’un seul regard de ta part a suffi à décider à te suivre ? Seigneur, nous sommes avec toi, nous croyons en toi ! Mais Jésus l’a bien dit, en citant le psaume : «Celui qui mange mon pain a levé contre moi son talon» (Psaume 41,10). Pierre veut savoir qui c’est – pour l’en empêcher peut-être. Un seul a compris ce qu’il faut faire, en cette heure où Jésus accomplit pleinement et définitivement ce pour quoi il est venu, le disciple bien-aimé. L’évangile le décrit «penché sur la poitrine (kolpos) de Jésus», à l’écoute de son cœur. La seule autre fois où ce terme est mentionné dans le quatrième évangile, c’est au chapitre premier, dans ce qu’on appelle le Prologue, pour décrire la proximité du Fils avec le Père : «Nul n’a jamais vu Dieu ; le Fils unique, qui est tourné vers le sein (kolpos) du Père, lui, l’a fait connaître» (Jean 1,18). Jésus va livrer sa vie et nul ne peut s’en dire tout à fait innocent. Mais, malgré nos pauvretés et toutes nos compromissions, il nous attire avec lui dans sa Pâque et, bon berger qui porte sa brebis tout contre son cœur, il nous ramène au Père. C’est ainsi que Dieu est glorifié en lui.

 

Jean 13,21-26
À l’heure où Jésus passait de ce monde à son Père, au cours du repas qu’il prenait avec ses disciples, il fut bouleversé au plus profond de lui-même, et il attesta : «Amen, amen, je vous le dis : l’un de vous me livrera.» Les disciples se regardaient les uns les autres, sans parvenir à comprendre de qui Jésus parlait. Comme il y avait à table, tout contre Jésus, l’un de ses disciples, celui que Jésus aimait, Simon-Pierre lui fait signe de demander à Jésus de qui il veut parler. Le disciple se penche donc sur la poitrine de Jésus et lui dit : «Seigneur, qui est-ce ?» Jésus lui répond : «C’est celui à qui j’offrirai la bouchée que je vais tremper dans le plat.» Il trempe la bouchée, et la donne à Judas, fils de Simon l’Iscariote.


Sois béni, Seigneur, de t’être fait, jusqu’au bout, l’un de nous. Toi le bon berger, tu portes sur ton cœur la brebis perdue qu’est l’humanité. Ne permets pas, Seigneur, que nous soyons séparés de toi ou que nous doutions de ton amour. Toi le pasteur qui livres ta vie pour ton troupeau, pardonne-nous quand nous te trahissons par manque de foi, car nous ne savons pas ce que nous faisons. Maître de la vie, prends pitié de nous !

   

Lundi 18 avril - Marie de Béthanie : la prophétie de la foi

«Elle versa le parfum sur les pieds de Jésus»


Dans l’évangile de Jean, la scène de l’onction de Béthanie, que nous méditons aujourd’hui, précède immédiatement l’entrée triomphale à Jérusalem. «Six jours avant la Pâque» (Jean 12,1), c’est encore l’heure de l’intimité et de la joie partagée. Jésus est chez Lazare. Dans la maison refermée sur la chaleur de leur commune amitié, on donne un festin en son honneur. Marthe et Marie sont là. Pas d’ombre à ce tableau que la proximité de la Pâque et la violence du complot qui se trame ne semblent pas troubler. Mais il ne s’agit pas seulement d’une scène d’amitié. Marie prend un flacon de parfum qu’elle répand sur les pieds du Maître. Geste étonnant, choquant même, comme Judas le trésorier ne manque pas de le faire remarquer, geste prophétique en réalité. Le parfum précieux qu’elle répand est mystérieusement qualifié de «pistikos», un adjectif formé à partir du mot grec «pistis» qui signifie la foi. L’expression est intraduisible littéralement et n’a pas d’équivalent ailleurs dans l’évangile (sinon dans un parallèle en Marc 14,3). Comprenons simplement que Marie a oint Jésus du parfum de sa foi. Tu vas, Seigneur, vers ta mort. Sur ton corps bientôt couvert de plaies et marqué par les coups qui te seront portés par l’ignorance des hommes, je verse le parfum de ma connaissance et de ma foi. Tu vas être condamné, Seigneur, et tu seras plus pauvre que le plus pauvre des hommes, abandonné de tous ceux qui te suivent aujourd’hui encore. Tu vas mourir, mais l’odeur de ton sacrifice remplit déjà la maison de mon âme...

 

Jean 12,1-11
Six jours avant la Pâque, Jésus vint à Béthanie où habitait Lazare, celui qu’il avait ressuscité d’entre les morts. On donna un repas en l’honneur de Jésus. Marthe faisait le service, Lazare était avec Jésus parmi les convives. Or, Marie avait pris une livre d’un parfum très pur et de très grande valeur ; elle versa le parfum sur les pieds de Jésus, qu’elle essuya avec ses cheveux ; la maison fut remplie par l’odeur du parfum. Judas Iscariote, l’un des disciples, celui qui allait le livrer, dit alors : «Pourquoi n’a-t-on pas vendu ce parfum pour trois cents pièces d’argent, que l’on aurait données à des pauvres ?» Il parla ainsi, non parce qu’il se préoccupait des pauvres, mais parce que c’était un voleur : comme il tenait la bourse commune, il prenait pour lui ce que l’on y mettait. Jésus lui dit : «Laisse-la ! Il fallait qu’elle garde ce parfum pour le jour de mon ensevelissement. Des pauvres, vous en aurez toujours avec vous, mais moi, vous ne m’aurez pas toujours.» Or, une grande foule de Juifs apprit que Jésus était là, et ils arrivèrent, non seulement à cause de Jésus, mais aussi pour voir ce Lazare qu’il avait ressuscité d’entre les morts. Les chefs des prêtres décidèrent alors de faire mourir aussi Lazare, parce que beaucoup de Juifs, à cause de lui, s’en allaient, et croyaient en Jésus.


Sois béni, Seigneur, de nous inviter aujourd’hui à la table de ta douce amitié. Bien que tu ailles vers ta mort, tu prends le temps de t’arrêter et de te laisser aimer par les tiens. Nous sommes, Seigneur, parmi les convives et nous goûtons la joie de ta présence. Montre-nous quel parfum nous pouvons verser en ce jour sur tes pieds en signe de notre amour et de notre foi. Toi le Fils de l’homme qui va te laisser crucifier pour nous réconcilier avec le Père, nous te bénissons et nous te supplions : prends pitié de nous !