Témoins de la foi

Il y a quarante jours de cela s’était ouvert un chemin. La route n’est pas finie. Ou plus exactement une autre s’ouvre. Aujourd’hui commence une octave qui est comme un long dimanche, où chaque jour est jour de Pâques. Première semaine du temps pascal, ces cinquante jours qui nous mèneront jusqu’à la Pentecôte. Le théologien Karl Rahner s’interrogeait : «Qu’est-ce que le centre de la vie chrétienne ? La mort et la résurrection du Christ certes, mais on n’a pas tout dit. Ce qui est le centre, c’est la communication à notre être. Il vit en nous sa mort et sa résurrection, cela nous concerne». Et pour comprendre en quoi je suis personnellement sauvé, concerné par la résurrection du Christ, il faut bien une semaine, cinquante jours et même toute une vie.

Mais sur quoi nous appuyer précisément ? Sur la foi des premiers témoins de la Résurrection. Ce sont eux qui nous accompagneront tout au long de la semaine. Qu’ont-ils vu ? En apparence pas grand chose. Une femme a vu un tombeau vide et a couru, dans les rues encore sombres, alerter deux hommes. Ils n’ont pas vu le Seigneur resplendissant dans sa gloire, ils ont vu un tombeau vide. Et soudain tout s’est éclairé. Comme lorsqu’on se réveille d’une mauvaise nuit. Les yeux de la foi se sont ouverts. Pour eux le tombeau est devenu un signe, le signe de la résurrection. Oui, il fallait passer par là, il fallait que le Christ passe à travers les ravins des ténèbres, des prisons. Que la mort dans tous ses aspects soit traversée, vaincue. Et nous, par notre baptême dans les eaux de la mort du Christ, sans que nous l’ayons mérité, nous sommes devenus en lui des hommes nouveaux, «nés de l’eau et de l’Esprit» (Jean 3,4) et nous vivons désormais en lui, revêtus de lui (Galates 3,27). Tout est donné par notre baptême, nous sommes déjà ressuscités (Colossiens 2,12) et tout est à accueillir, à laisser se déployer en notre être. Travail lent de la grâce en chacun de nous, œuvre de recréation, œuvre de réorientation de ce qui est en nous courbé par le péché ; travail qui nous rend peu à peu aptes à vivre cet état définitif de ressuscité, état de plénitude où nous savons que nous verrons enfin Dieu (1 Jean 3,2).

Ce chemin qui commence à partir du baptême sera toujours celui montré par ces premiers témoins. Eux qui, comme nous, n’ont pas tout compris mais ont avancé, «comme s’ils voyaient l’invisible» (Hébreux 1,27), plus haut et plus loin, au-delà des apparences. C’est le chemin de la foi, souvent difficile. Parfois une course, parfois une marche pesante. Chemin où il ne faut jamais rester seuls mais toujours se joindre au cortège immense des hommes et des femmes qui ont cru avant nous. Où il faudra s’abreuver à la source des sacrements et de la Parole de Dieu et aller vers nos frères et sœurs pour dire ce que fait le Seigneur en nous. Avec une certitude : c’est un chemin en présence de celui qui est avec nous «jusqu’à la fin du monde». Accompagnons donc nos aînés dans la foi en cette semaine où le Seigneur se donne à voir et nous apprend lui-même à vivre dans la foi en sa résurrection.