Une icône pour prier

L'icône de l'Anastasis

L’icône vénérée à Pâques est celle de la Descente aux Enfers, aussi appelée icône de l’Anastasis, c’est-à-dire de la Résurrection. Les deux faces du mystère ne sont jamais séparées : la victoire du Christ sur la mort est une recréation. Jésus victorieux descend à la rencontre d’Adam et Ève pour les emmener à sa suite dans son triomphe. Cette «descente aux enfers» est une vérité d’ordre théologique – et non historique – : elle exprime le sens le plus profond du mystère de Pâques.


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L’icône vénérée à Pâques est celle de la Descente aux Enfers, aussi appelée icône de l’Anastasis, c’est-à-dire de la Résurrection. Les deux faces du mystère ne sont jamais séparées : la victoire du Christ sur la mort est une recréation. Jésus victorieux descend à la rencontre d’Adam et Ève pour les emmener à sa suite dans son triomphe. Cette «descente aux enfers» est une vérité d’ordre théologique – et non historique – : elle exprime le sens le plus profond du mystère de Pâques : Jésus n’est pas ressuscité pour lui-même mais pour tous les hommes, symboliquement rassemblés dans les deux figures d’Adam et d’Ève. On trouve la mention du Seigneur brisant les portes des Enfers à plusieurs endroits de l’Écriture, le passage le plus explicite étant certainement la 1e Lettre de Pierre : «Le Christ lui-même est mort une fois pour les péchés, juste pour des injustes, afin de nous mener à Dieu. Mis à mort selon la chair, il a été vivifié selon l’esprit. C’est en lui qu’il s’en alla même prêcher aux esprits en prison» (3,18-19). Les psaumes, aussi, rendent témoignage au Seigneur comme à celui qui «brisa les portes d’airain, les barres de fer, il les fracassa» (107,16). Et la liturgie le chante au matin de Pâques : «Le Chrsit est ressuscité des morts, par sa mort, il a vaincu la mort ; à ceux qui sont dans les tombeaux, il a donné la vie».

L’icône de l’Anastasis est entièrement organisée autour de la figure centrale du Christ. Entouré d’un nimbe bleu-vert (comme dans l’icône de la Transfiguration), il porte un vêtement de lumière (comme les nouveaux baptisés de la nuit de Pâques). Son corps, d’une taille anormalement grande pour signifier sa puissance, trace une ligne verticale, renforcée par la croix victorieuse qu’il tient en sa main et prolongée en haut par l’ouverture entre les deux montagnes et en bas par les deux battants de porte renversés et foulés par les pieds du Christ.

Il est impossible de dire si le Christ monte ou descend : il semble presque rebondir, prêt à remonter au plus haut des cieux accompagné de ceux qu’il est venu chercher : en premier lieu Adam, dont il saisit la main gauche, et Ève, à sa gauche, les mains tendues vers lui dans un geste à la fois d’adoration et d’imploration. Derrière eux, l’icône représente les justes qui attendaient le salut : David et Salomon, juste derrière Adam ; Jean le Baptiste et un autre prophète, un rang plus loin (toujours à gauche). Du côté d’Ève, c’est un groupe de justes, au premier rang desquels on identifie habituellement Abel, qui tient en sa main la houlette du berger. L’évangile apocryphe de Nicodème a probablement inspiré cette représentation : «Le Seigneur de majesté, le Roi de gloire, survint en enfer, en forme humaine. Il éclaira les ténèbres éternelles et brisa les liens indissolubles. Étendant la main, il dit : ‘Venez vers moi, tous mes saints, qui êtes faits selon mon image’. Et il fit le signe de la croix sur Adam et tous les saints et tenant la main droite d’Adam, il remonta des enfers ; et tous les saints le suivirent...»

Le bas de l’icône représente l’enfer comme une sorte de trou noir. Il faut évidemment faire le rapprochement avec deux autres icônes : celle de la Nativité et celle de la Théophanie ou Baptême du Seigneur. Dans l’icône de la Nativité, Jésus, enveloppé de bandelettes et couché dans une mangeoire qui a tout d’un tombeau, se détache sur un fond noir qui préfigure l’obscurité de la mort dans laquelle il devra s’enfoncer. L’icône du baptême montre généralement un Jourdain très particulier. Ce n’est pas une rivière qui traverserait l’icône de part en part, mais une sorte de grotte, de caverne emplie d’eau, à l’intérieur de laquelle semble se tenir le Christ. Ces eaux dans lesquelles entre le Christ lors de son baptême sont appelées «tombeau liquide» par les Pères. On est encore là face à une préfiguration de la mise au tombeau. Et nous pouvons y lire le mystère de notre propre salut : «Ensevelis avec lui lors du baptême, vous en êtes aussi ressuscités avec lui, parce que vous avez cru en la force de Dieu qui l’a ressuscité des morts» (Col 2,12).

«Le Christ est ressuscité ! Qu’exulte dans le ciel, la multitude des anges ! Chantez serviteurs de Dieu et que retentisse la trompette triomphale pour la victoire du grand Roi ! Réjouis-toi ô notre terre, resplendissante d’une lumière éclatante, car il t’a prise en sa clarté et son règne a dissipé ta nuit !» (Exsultet de la vigile pascale).