Player mp3

Première semaine du Carême - La foi de Jésus (11:22)

 

Dieu s’est infiniment approché de l’homme. Voilà ce que nous contemplons en cette première semaine de Carême. Rien de ce qui touche l’homme n’est resté indifférent à Dieu. Dieu, en son Fils, s’est infiniment et totalement approché de l’homme. Lui l’étranger à notre condition, s’est fait l’un de nous et s’est penché sur nos plaies, comme le Samaritain de la parabole, pour y verser le baume de sa divine compassion. De celui qui s’était infiniment éloigné, il s’est infiniment rapproché. Depuis le jardin des origines, après qu’Adam avait appris à se cacher de lui, Dieu n’a cessé de l’appeler : «Où es-tu ?» (Genèse 3,9). Pourquoi te caches-tu loin de ma tendresse ? Où es-tu ? Mais nous ne savions plus répondre à notre Dieu. Nous voulions, nous, être comme Dieu, être sans Dieu, être Dieu, même ! Savoir, comprendre, gérer, maîtriser, sans rien lui devoir... Nous ne savions plus parler à notre Dieu. Nous avions réclamé notre part d’héritage et tentions de poursuivre un bonheur incertain sur des chemins incertains.

Alors Dieu s’est approché. En son Fils qui s’est fait «en tout semblable» à nous (Hébreux 2,17), Dieu s’est comme infiniment éloigné de lui-même. Jusqu’au «désert» de nos angoisses et de nos manques (première tentation : Matthieu 4,1-4) ; jusqu’au «pinacle du Temple», là où l’insensé voudrait prendre Dieu en otage (deuxième tentation : Matthieu 4,5-7) ; et jusqu’au sommet de la «montagne» de l’orgueil et du refus de Dieu (troisième tentation : Matthieu 4,8-10). Il a pris le chemin qu’avait choisi Adam dans le jardin du premier non, mais à l’envers, pour qu’en lui, l’homme devienne capable de dire un «oui» plein, total, libre et aimant, à Dieu. Lui qui, étant Dieu, n’avait pas besoin de croire, a pris à rebours la défiance du premier homme pour qu’en lui tous les hommes retrouvent le chemin de la foi. Et c’est ainsi qu’il nous sauve ! En versant son sang non pas comme on paierait une dette à l’égard d’un Dieu courroucé, mais comme on offre sa vie librement et par amour, dans une foi indéfectible en l’amour de son Père et notre Père, son Dieu et notre Dieu, comme il peut le dire à Marie de Magdala – rencontrée elle aussi dans le jardin – au jour de sa résurrection (cf. Jean 20,17). Parce qu’il a parfaitement et totalement cru, jusqu’à pouvoir librement déposer sa vie et verser son sang, en lui et pour nous s’est rouverte la voie vers le ciel (cf. Hébreux 10,19). Et, «s’il ouvre, nul ne fermera», comme le dit l’Apocalypse (3,7).

Voilà l’appel fondamental qui retentit en ce carême et plus particulièrement en cette semaine : devenez croyants ! Avec les futurs baptisés qui vivent aujourd’hui le rite de la «tradition» – c’est-à-dire la transmission – de la foi, contemplons le Christ, lui qui est «la tête et l’accomplissement» de la foi véritable (Hébreux 12,2). Dans la foi parfaite du Fils, et puisqu’elle «rend possible la nôtre» (Romano Guardini), marchons pleins de confiance jusqu’au jour qui ne connaîtra pas de couchant : celui de la Résurrection.

Un évangile à méditer

Matthieu 4,1-11

[1] Alors Jésus fut emmené au désert par l’Esprit, pour être tenté par le diable. [2] Il jeûna durant 40 jours et 40 nuits, après quoi il eut faim. [3] Et, s’approchant, le tentateur lui dit : «Si tu es Fils de Dieu, dis que ces pierres deviennent des pains». [4] Mais il répondit : «Il est écrit : Ce n’est pas de pain seul que vivra l’homme, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu». [5] Alors le diable le prend avec lui dans la Ville Sainte, et il le plaça sur le pinacle du Temple [6] et lui dit : «Si tu es Fils de Dieu, jette-toi en bas ; car il est écrit : Il donnera pour toi des ordres à ses anges, et sur leurs mains ils te porteront, de peur que tu ne heurtes du pied quelque pierre». [7] Jésus lui dit : «Il est encore écrit : Tu ne tenteras pas le Seigneur, ton Dieu.»

 

[8] De nouveau le diable le prend avec lui sur une très haute montagne, lui montre tous les royaumes du monde avec leur gloire [9] et lui dit : «Tout cela, je te le donnerai, si, te prosternant, tu me rends hommage». [10] Alors Jésus lui dit : «Retire-toi, Satan ! Car il est écrit : C’est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras, et à Lui seul tu rendras un culte.» [11] Alors le diable le quitte. Et voici que des anges s’approchèrent, et ils le servaient.

À l'écoute des Pères

De saint Grégoire de Nazianze, au IVe s.

 

Si, après le baptême, tu es attaqué par le persécuteur, le tentateur de la lumière, tu auras matière à victoire. Il t’attaquera certainement, puisqu’il s’en est pris au Verbe, mon Dieu, trompé par l’apparence humaine qui lui dérobait la lumière incréée. Ne redoute pas le combat. Oppose-lui l’eau du baptême, oppose-lui l’Esprit Saint dans lequel s’éteignent tous les traits enflammés lancés par le Malin... S’il t’expose le besoin qui t’accable – il n’a pas manqué de le faire à Jésus –, s’il te rappelle que tu as faim, n’aie pas l’air d’ignorer ses propositions. Apprends-lui ce qu’il ne connaît pas, oppose-lui la Parole de vie, ce vrai Pain envoyé du ciel et qui donne la vie au monde.

 

S’il te tend le piège de la vanité – il en usa contre le Christ, lorsqu’il le fit monter sur le pinacle du Temple et lui dit : «Jette-toi en bas» pour lui faire manifester sa divinité – prends garde de ne pas déchoir pour avoir voulu t’élever. Car s’il l’emporte sur ce point, il ne s’arrêtera pas pour autant. Il est inépuisable en stratagèmes ; tous les moyens lui sont bons. D’apparence honnête, il séduit, mais son but est le mal. Telle est sa tactique.

 

S’il te tente par l’ambition en te montrant dans une vision instantanée, tous les royaumes de la terre comme soumis à son pouvoir, et s’il exige de toi l’adoration, méprise-le : ce n’est qu’un pauvre frère. Dis-lui, confiant dans le sceau divin : «Je suis, moi aussi, l’image de Dieu ; je n’ai pas encore été, comme toi, précipité du haut de ma gloire à cause de mon orgueil ! Je suis revêtu du Christ ; je suis devenu un autre Christ par mon baptême ; c’est à toi de m’adorer». Il s’en ira, j’en suis sûr, vaincu et mortifié par ces paroles : venant d’un homme illuminé par le Christ, elles seront ressenties par lui comme si elles émanaient du Christ, la lumière suprême. Voilà les bienfaits qu’apporte l’eau du baptême à ceux qui reconnaissent sa force.

Sermon XL 10