Player mp3

Deuxième semaine du Carême - La foi de Pierre (11:47)

 

Pierre nous ressemble en même temps qu’il nous dépasse. Avec lui, toute cette semaine, nous allons quitter le désert de la tentation pour gravir la montagne de la gloire manifestée du Dieu vivant ; le désert de nos peurs et de nos incertitudes, pour les sommets de la foi illuminée par la vision. Avec lui, nous allons progressivement quitter la plaine – nos possessions, nos habitudes, nos affections – pour monter, en un chemin parfois rude, à la rencontre de Dieu. Pour recevoir, dans la joie et la crainte, la révélation qui nous est faite d’un Dieu qui désire se donner à nous ; et nous préparer à l’accueillir de plus en plus profondément en notre vie, en «l’écoutant», en laissant quelque peu en arrière nos propres préoccupations ou priorités, en acceptant de nous laisser bousculer peut-être, pour nous rendre attentifs à sa voix, affiner notre discernement, avec l’aide de l’Esprit qui ne nous fera jamais défaut. Mais, avec lui aussi, il nous faudra accepter que la révélation de la gloire de Dieu, que la rencontre sensible d’un moment, ne dure pas ; qu’elle ne puisse être, tant que nous marchons en cette vie, qu’inattendue, fugitive, touchée par grâce un instant. Et c’est ainsi qu’il nous faudra, nous aussi, redescendre dans la plaine.

Car c’est bien là, dans la plaine, que s’exerce la foi véritable qui est, dit la lettre aux Hébreux, «la garantie des biens qu’on espère, la preuve des réalités qu’on ne voit pas» (Hébreux 12,1). Pierre a été un moment ébloui par la gloire manifestée sur la montagne du Thabor ; mais, si la lumière s’est dissipée, s’il lui a fallu ensuite affronter l’événement tout aussi inimaginable de la Passion de Jésus, s’il a dû ensuite connaître les épreuves de son ministère et de son propre martyre, jamais les ténèbres ne se sont tout à fait refermées. Car la foi est précisément cette «lampe», cette «lumière sur la route» qui nous permet d’accomplir la traversée entre la découverte de Dieu qui, un jour, nous met en marche, dans l’éclat des commencements, et la claire vision, au terme de son pèlerinage, dans la Jérusalem céleste. «La ville peut se passer de l’éclat du soleil et de celui de la lune, car la gloire de Dieu l’a illuminée, et l’Agneau lui tient lieu de flambeau» (Apocalypse 21,23).

Monter et descendre. Contempler et croire. L’expérience de Pierre lors de la Transfiguration du Seigneur vient nous rappeler que la foi est une grâce, un don de Dieu, qui nous est fait précisément pour que son souvenir éclaire les ténèbres du monde et de nos cœurs, et nous permette d’entrevoir déjà l’avenir d’éternité qui nous attend. «Car nous voyons, à présent, dans un miroir, en énigme, mais alors ce sera face à face» (1 Corinthiens 13,12).

Un évangile à méditer

Matthieu 17,1-9

Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère, et il les emmène à l’écart, sur une haute montagne. Il fut transfiguré devant eux ; son visage devint brillant comme le soleil, et ses vêtements, blancs comme la lumière. Voici que leur apparurent Moïse et Élie, qui s’entretenaient avec lui. Pierre alors prit la parole et dit à Jésus : «Seigneur, il est heureux que nous soyons ici ! Si tu le veux, je vais dresser ici trois tentes, une pour toi, une pour Moïse et une pour Élie.» Il parlait encore, lorsqu’une nuée lumineuse les couvrit de son ombre ; et, de la nuée, une voix disait : «Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis tout mon amour ; écoutez-le !» Entendant cela, les disciples tombèrent la face contre terre et furent saisis d’une grande frayeur. Jésus s’approcha, les toucha et leur dit : «Relevez-vous et n’ayez pas peur !» Levant les yeux, ils ne virent plus que lui, Jésus, seul. En descendant de la montagne, Jésus leur donna cet ordre : «Ne parlez de cette vision à personne, avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts.»

À l'écoute des Pères

De saint Léon le Grand, au Ve s.

 

«Jésus prit avec lui Pierre, Jacques, et Jean son frère à l’écart, et gravit avec eux une haute montagne où il leur manifesta l’éclat de sa gloire.» Le Seigneur découvre donc sa gloire en présence de témoins choisis, et il éclaire d’une telle splendeur cette forme corporelle qui lui est commune avec tous, que son visage devient éblouissant comme le soleil et son vêtement aussi blanc que la neige. En se transfigurant de la sorte, il avait sans doute comme but principal d’ôter du cœur de ses disciples le scandale de la croix, et de faire que l’ignominie volontaire de sa mort ne pût déconcerter ceux devant qui se serait découverte l’excellence de sa dignité cachée. Mais il n’avait pas moins en vue de fonder l’espérance de la sainte Église, de telle manière que, le corps entier du Christ ayant connu quelle transformation lui était réservée, chacun de ses membres pût se promettre de partager un jour la gloire dont la tête aurait brillé par avance... Bien-aimés, ces choses ne furent pas dites seulement pour l’utilité de ceux qui les entendirent de leurs oreilles ; mais, en ces trois apôtres, c’est l’Église entière qui apprit tout ce que virent leurs yeux et perçurent leurs oreilles. Que s’affermisse donc la foi de tous selon la prédication du saint Évangile, et que nul ne rougisse de la croix du Christ, par laquelle le monde a été racheté.

Advienne ce que veut le Christ comme moi-même je le veux. Rejetez la crainte charnelle et armez-vous de la confiance inspirée par la foi : car il est indigne de vous de redouter dans la Passion du Sauveur cela même qu’avec son secours, vous ne craindrez pas dans votre propre mort. Bien-aimés, il a pris toute notre faiblesse, celui en qui nous triomphons de ce que lui-même a vaincu, en qui nous recevons ce que lui-même a promis.

Sermon 51