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Troisième semaine du Carême - La foi de la Samaritaine (9:15)

 

C’est à une magnifique rencontre que nous sommes conviés cette semaine, une rencontre avec une femme extraordinaire, qui est l’une des plus belles figures de l’Église que nous sommes et que nous devons devenir. Dans la tradition byzantine, la Samaritaine est appelée Photine, «celle qui a été illuminée». Et c’est bien une ouverture progressive à la révélation du Christ qui va transformer la femme sceptique, distante et un rien arrogante que Jésus rencontre au bord du puits, en cette femme ouverte et lumineuse qui proclame avec ses frères : «C’est vraiment lui le Sauveur du monde !». Une ouverture qui se produit dès lors qu’elle consent à devenir vraie, à reconnaître humblement la soif qui l’habite. Et nous la suivrons dans le pas à pas de sa foi en ce que Jésus lui révèle.

L’homme est un être extraordinaire. Il y a en lui une capacité extraordinaire, une possibilité infinie, déposée là par le Créateur, qui le rend image de Dieu. Il existe en lui une source, et cette source est destinée à couler à flots, à se répandre. Cette source a été obstruée par le péché, mais elle continue de sourdre au fond de nous. Nous l’entendons, si nous l’écoutons. Jésus est venu desceller cette source, libérer cette capacité. Il le fait par le baptême. Ce sacrement libère la source cachée et entraîne l’homme dans la charité de Dieu, par laquelle Jésus nous rend à la ressemblance première. Nous avons été créés pour aimer, pour nous donner. Jésus nous rend à cette vérité.

Le baptême lui-même est une source. Et une source coule dans une totale gratuité. Elle coule pour qui veut venir y boire. Et l’acte de foi le plus frappant, peut-être, de la Samaritaine est d’avoir cru en la gratuité de ce don. Elle, la schismatique, la pécheresse, elle a cru que l’eau que Jésus donne pouvait être pour elle ! Dieu donne gratuitement, Dieu donne à qui veut venir à lui, Dieu est Source. Jésus est venu révéler la gratuité de ce don. Il est venu révéler la prodigalité du Père, le visage du Père qui est don, qui donne, donne et se donne. Jésus est venu libérer le don des mains de ceux qui l’avaient accaparé (Matthieu 23,13 ; Luc 11, 52), qui voulaient le réserver à quelques-uns. Jésus vient redonner cette eau pour tous. Il le fait en donnant lui-même sa vie pour la multitude (Marc 14,24). Et c’est vers cette source, qui coulera pour nous dans la nuit de Pâques, que nous avançons, dans la joie, déjà, d’y être tout renouvelés.

Un évangile à méditer

Jean 4,5-42

Une femme de Samarie vient pour puiser de l'eau. Jésus lui dit : «Donne-moi à boire.» Ses disciples en effet s'en étaient allés à la ville pour acheter de quoi manger. La femme samaritaine lui dit : «Comment ! toi qui es Juif, tu me demandes à boire à moi qui suis une femme samaritaine ?» Les Juifs en effet n'ont pas de relations avec les Samaritains. Jésus lui répondit : «Si tu savais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : Donne-moi à boire, c'est toi qui l'aurais prié et il t'aurait donné de l'eau vive.» Elle lui dit : «Seigneur, tu n'as rien pour puiser, et le puits est profond. D'où l'as-tu donc, l'eau vive ? Serais-tu plus grand que notre père Jacob, qui nous a donné ce puits et y a bu lui-même, ainsi que ses fils et ses bêtes ?» Jésus lui répondit : «Quiconque boit de cette eau aura soif à nouveau ; mais qui boira de l'eau que je lui donnerai n'aura plus jamais soif ; l'eau que je lui donnerai deviendra en lui source d'eau jaillissant en vie éternelle.»

À l'écoute des Pères

De saint Augustin, au IVe s.

 

«Arrive une femme». Elle représente l’Église ; l’Église qui n’était pas encore justifiée, mais déjà appelée à la justification. Car c’est de cela qu’il est question. Elle arrive sans savoir, elle trouve Jésus, et la conversation s’engage. Écoutons-la donc : en elle, c’est nous qui parlons ! Reconnaissons-nous en elle et, en elle, rendons grâce à Dieu pour nous. Elle était la figure, non la vérité ; car elle-même a présenté d’abord la figure, et la vérité est venue. Car elle a cru en celui qui, en elle, nous présentait cette préfiguration. Donc, «elle venait puiser de l’eau», tout simplement, comme font ordinairement des hommes ou des femmes.

 

Et, parce que cette femme avait emporté une cruche pour puiser l’eau, elle s’étonne de ce qu’un Juif lui demande à boire, ce qui n’était pas la coutume des Juifs. Mais celui qui cherchait à boire avait soif de la foi de cette femme. Écoute enfin quel est celui qui demande à boire. «Jésus lui répondit : Si tu savais le don de Dieu, si tu connaissais celui qui te dit : Donne-moi à boire, c’est toi qui lui aurais demandé, et il t’aurait donné de l’eau vive.» Il demande à boire, et il promet à boire. Il est dans le besoin, comme celui qui va recevoir, et il est dans l’abondance, comme celui qui va combler. «Si tu savais le don de Dieu», dit-il. Le don de Dieu, c’est l’Esprit Saint. Mais Jésus parle encore à cette femme de façon cachée et peu à peu il entre dans son cœur. Peut-être l’instruit-il déjà. Qu’y a-t-il de plus doux et de plus bienveillant que cette invitation : «Si tu savais le don de Dieu, si tu connaissais celui qui te dit : Donne-moi à boire, c’est peut-être toi qui demanderais, et il te donnerait de l’eau vive. » Quelle eau va-t-il lui donner, sinon cette eau dont il est dit : «En toi est la source de vie». Comment auraient-ils soif, ceux qui «seront enivrés par les richesses de ta maison» ?

Sur l’Évangile de Jean 15,10-17