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Jeudi 7 avril - «Qui est-il, Seigneur, que je croie en lui ?» (5:51)

 

L’aveugle ne cesse de parler à tous ceux qui l’interrogent de cet homme qui lui a mis de la boue sur les yeux et l’a guéri. Mais pourtant, quelle discrétion de la part de Jésus dans toute cette péricope ! Après la parole adressée à l’aveugle, «va te laver à Siloé», il disparaît du récit. Et quand on voudrait le voir pour lui faire confirmer ces faits étonnants, on ne sait où le trouver. Cette discrétion du Christ, infiniment présent par sa puissance de salut, et pourtant absent, nous en avons tous fait l’expérience. Et nos frères catéchumènes pourraient témoigner de cette réalité paradoxale : c’est bien le Christ qui est à la source et au terme de leur démarche, mais comme il était difficile parfois de reconnaître les traces de sa présence !


Le narrateur de l’évangile sait mettre des mots sur l’aventure du disciple : il s’agit de «reconnaître Jésus pour le Christ». L’aveugle, quant à lui, sait peu de choses sur cet homme qu’il a croisé. Sûrement, c’est un prophète, un homme qui parle au nom de Dieu, mais c’est tout ce qu’il peut dire de lui-même. C’est Jésus qui pose la question : «Crois-tu au Fils de l’homme ?», et qui ajoute : «Tu le vois. Celui qui te parle, c’est lui». Si cet homme peut croire, c’est qu’il voit à présent. Comme les dix lépreux de l’évangile selon saint Luc, cet homme est guéri, mais le passage du Christ dans sa vie ne l’oblige pas à croire. Le Christ restaure en l’homme la capacité de s’ouvrir à la foi en lui redonnant sa liberté la plus profonde. Mais la foi naît non pas de la guérison, mais du mouvement d’action de grâce dans lequel on reconnaît le Christ comme la source de tout bien. Croire est le fait d’un homme libre, et c’est le Christ lui-même qui offre cette liberté. L’aveugle se prosterne librement devant celui qui l’a relevé.

 

Luc 17,11-19
[11] Il advint, comme il faisait route vers Jérusalem, qu’il passa aux confins de la Samarie et de la Galilée. [12] À son entrée dans un village, dix lépreux vinrent à sa rencontre et s’arrêtèrent à distance ; [13] ils élevèrent la voix et dirent : «Jésus, Maître, aie pitié de nous.» [14] À cette vue, il leur dit : «Allez vous montrer aux prêtres.» Et il advint, comme ils y allaient, qu’ils furent purifiés. [15] L’un d’entre eux, voyant qu’il avait été purifié, revint sur ses pas en glorifiant Dieu à haute voix [16] et tomba sur la face aux pieds de Jésus, en le remerciant. Et c’était un Samaritain. [17] Prenant la parole, Jésus dit : «Est-ce que les dix n’ont pas été purifiés ? Les neuf autres, où sont-ils ? [18] Il ne s’est trouvé, pour revenir rendre gloire à Dieu, que cet étranger !» [19] Et il lui dit : «Relève-toi, va ; ta foi t’a sauvé.»


Aujourd’hui Seigneur, nous voulons prendre le temps de revenir. Nous revenons à toi non seulement dans la pénitence, mais aussi dans l’action de grâces. Tu nous guides et nous protèges, tu nous sauves et nous relèves, mais tu nous laisses libres de te découvrir à la source de tant de grâces, ou de poursuivre notre chemin, le cœur aveuglé. Aujourd’hui, notre chemin de conversion se fait chemin d’action de grâce. En nous prosternant devant toi, nous t’offrons tout ce que tu nous as offert. Notre foi est gratitude, gratuité d’un cœur émerveillé de toi.