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Quatrième semaine du Carême - La foi de l'aveugle-né (11:22)

 

Au bord du chemin, un mendiant aveugle. Au milieu de notre route vers Pâques, nous croisons aujourd’hui un homme qui souffre, et nous voici confrontés à la question redoutable : ce mal qui nous entoure, la souffrance de nos frères, les drames que nous vivons. En ce dimanche de «Lætare», l’Église nous invite pourtant à tressaillir déjà de la joie de Pâques qui approche. En effet, cet homme qui souffre croise aujourd’hui le Christ qui marche dans une grande douceur vers la croix. Dans cette rencontre, il devient un homme debout, libre de se prosterner devant Jésus et de reconnaître en lui le Fils de l’homme.

Entre les deux, toute une histoire. Il y a d’abord une invitation : «va te laver à Siloé», et la guérison de l’aveugle. Ensuite, peu à peu, cette guérison qui n’avait même pas été demandée devient pour l’aveugle guéri la clé de toute son histoire et son tournant radical. Combien de fois cet homme raconte-t-il cette histoire ! Elle n’est pas toujours comprise, elle ne répond pas non plus à toutes les questions, elle pose même beaucoup plus de questions qu’elle ne donne de réponses. Et quand on est fidèle à cette histoire, elle peut nous engager très loin : être disciple de Jésus, c’est aussi risquer d’être rejeté, ou de n’être pas compris.

Ce parcours, c’est d’une façon ou d’une autre celui de chacun de nos frères catéchumènes : un appel entendu plus ou moins confusément, quelque chose qui change et que l’on ne peut pas nier. Quelqu’un qui est passé, qui n’est plus là, que l’on retrouve… Et un jour la question : «Crois-tu ?»

La foi comme une histoire. Notre histoire comme le lieu où se dit notre foi.

Et si, en cette semaine, nous relisions notre histoire en compagnie de l’aveugle né ? Le Dieu auquel nous croyons, en effet, s’est révélé dans l’histoire : il se présente comme le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. Il est celui qui a fait sortir son peuple d’Égypte. À la plénitude des temps, il est venu habiter parmi nous. Pour nous aussi, la foi est une histoire avant d’être un ensemble de vérités auxquelles nous adhérons. Histoire d’une délivrance, comme pour le peuple d’Israël. Histoire d’une guérison, comme pour l’aveugle né. Qui est-il, le Fils de l’homme ? Celui que je vois parce qu’il m’a donné des yeux pour le voir. Celui auquel je peux croire, parce qu’il m’a guéri et relevé.

Un évangile à méditer

Jean 9

En sortant du Temple [1] Jésus vit sur son passage un homme qui était aveugle de naissance. [2] Ses disciples l’interrogèrent : «Rabbi, pourquoi cet homme est-il né aveugle ? Est-ce lui qui a péché, ou bien ses parents ?» [3] Jésus répondit : «Ni lui, ni ses parents. Mais l’action de Dieu devait se manifester en lui. [4] Il nous faut réaliser l’action de celui qui m’a envoyé, pendant qu’il fait encore jour ; déjà la nuit approche, et personne ne pourra plus agir. [5] Tant que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde.» [6] Cela dit, il cracha sur le sol et, avec la salive, il fit de la boue qu’il appliqua sur les yeux de l’aveugle, [7] et il lui dit : «Va te laver à la piscine de Siloé» (ce nom signifie : «Envoyé») L’aveugle y alla donc, et il se lava ; quand il revint, il voyait. [8] Ses voisins, et ceux qui étaient habitués à le rencontrer – car il était mendiant – dirent alors : «N’est-ce pas celui qui se tenait là pour mendier ?» [9] Les uns disaient : «C’est lui.» Les autres disaient : «Pas du tout, c’est quelqu’un qui lui ressemble.» Mais lui affirmait : «C’est bien moi.»

[13] On amène aux pharisiens cet homme qui avait été aveugle. [14] Or, c’était un jour de sabbat que Jésus avait fait de la boue et lui avait ouvert les yeux. [15] À leur tour, les pharisiens lui demandèrent : « Comment se fait-il que tu voies ?» Il leur répondit : «Il m’a mis de la boue sur les yeux, je me suis lavé, et maintenant je vois.» [16] Certains pharisiens disaient : «Celui-là ne vient pas de Dieu puisqu’il n’observe pas le repos du sabbat.» D’autres répliquaient : «Comment un homme pécheur pourrait-il accomplir des signes pareils ?» Ainsi donc ils étaient divisés. [17] Alors ils s’adressent de nouveau à l’aveugle : «Et toi, que dis-tu de lui, puisqu’il t’a ouvert les yeux ?» Il dit : «C’est un prophète.»

[34] Ils répliquèrent : «Tu es tout entier plongé dans le péché depuis ta naissance, et tu nous fais la leçon ?» Et ils le jetèrent dehors. [35] Jésus apprit qu’ils l’avaient expulsé. Alors il vint le trouver et lui dit : «Crois-tu au Fils de l’homme ?» [36] Il répondit : « Et qui est-il, Seigneur, pour que je croie en lui ?» [37] Jésus lui dit : «Tu le vois, et c’est lui qui te parle.» [38] Il dit : «Je crois, Seigneur», et il se prosterna devant lui. [39] Jésus dit alors : «Je suis venu en ce monde pour une remise en question : Pour que ceux qui ne voient pas puissent voir, et que ceux qui voient deviennent aveugles.» [40] Les Pharisiens qui se trouvaient avec lui entendirent ces paroles et lui dirent : «Serions-nous des aveugles, nous aussi ?» [41] Jésus leur répondit : «Si vous étiez des aveugles, vous n’auriez pas de péché, mais du moment que vous dites : Nous voyons ! Votre péché demeure.»

À l'écoute des Pères

De saint Ephrem de Nisibe, au IVe s.

 

«Jésus cracha sur le sol et avec sa salive il fit de la boue qu’il appliqua sur les yeux de l’aveugle», et la lumière jaillit de la terre, comme au commencement, quand l’ombre du ciel, «la ténèbre, était répandue sur tout», lorsqu’il commanda à la lumière et qu’elle naquit des ténèbres. Ainsi il guérit le défaut qui existait depuis la naissance, pour montrer que lui, dont la main achevait ce qui manquait à la nature, il était bien celui dont la main avait façonné la création au commencement. Et comme ses adversaires refusaient de le croire antérieur à Abraham, il leur prouva par cette œuvre qu’il était le Fils de celui qui, de sa main, forma le premier «Adam avec la terre» ; en effet il guérit le défaut de l’aveugle par les gestes de son corps.

Il fit cela pour l’utilité de ceux qui cherchaient des miracles afin de croire. Ce n’est pas la piscine de Siloé qui ouvrit les yeux de l’aveugle, comme ce ne furent pas les eaux du Jourdain qui purifièrent Naaman ; c’est le commandement du Seigneur qui accomplit tout. Bien plus, ce n’est pas l’eau de notre baptême, mais les noms qu’on prononce sur elle qui nous purifient.

Ceux qui voyaient la lumière matérielle étaient conduits par un aveugle qui voyait la lumière de l’esprit ; et, dans sa nuit, l’aveugle était conduit par ceux qui voyaient extérieurement, mais étaient spirituellement aveugles. L’aveugle lava la boue de ses yeux, et il se vit lui-même ; les autres lavèrent l’aveuglement de leur cœur et ils s’examinèrent eux-mêmes. Ainsi, en ouvrant extérieurement les yeux d’un aveugle, notre Seigneur ouvrait secrètement les yeux de beaucoup d’autres aveugles.

Diatessaron XVI,28-30