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Cinquième semaine du Carême - La foi de Lazare (et de Marthe et Marie) (12:40)

 

Depuis deux semaines, nous faisons route avec des personnages qui nous ressemblent, auxquels nous pouvons sans peine nous identifier : une femme revenant sans cesse vers le puits, pour étancher sa soif d’eau, et plus encore d’amour ; un homme, aveugle et mendiant, en quête de lumière. Et il ne nous est pas difficile avec eux d’emprunter le chemin de la foi : reconnaître en Jésus celui qui donne l’eau vive, le Christ qui vient dans le monde ; découvrir en Jésus celui qui ouvre les yeux aveuglés, lui, la lumière du monde.

Mais voici qu’en cette semaine qui nous achemine presqu’au terme du Carême, vers la Semaine Sainte et la célébration des mystères de la Passion et de la Résurrection du Christ, en cette semaine, l’identification devient moins évidente, alors même que la révélation est plus déterminante. Double difficulté : Lazare, qui doit nous guider, est mort, et nous ne pouvons guère saisir le cheminement de sa foi ; et surtout Jésus se présente non plus seulement comme «le Christ de Dieu» (Jean 4,26), «le Fils de l’homme» (9,35), mais abruptement comme «la Résurrection» (11,25). Le choix que nous avons à faire, alors même qu’il est plus malaisé à fonder, apparaît cependant comme décisif : c’est un choix de vie et de mort.

Par grâce, Lazare a des sœurs. Des sœurs qui envoient prévenir Jésus : «Seigneur, celui que tu aimes est malade» (11,3). Deux sœurs qui réagissent selon leurs tempéraments différents, lorsque survient sa mort : l’une, Marthe, courant à la rencontre de Jésus pour le supplier encore ; l’autre, Marie, demeurant «assise à la maison» (11,20), accablée par le chagrin. Deux femmes, deux chemins de foi. Et le plus touchant est ici la manière dont Jésus assume toutes ces attitudes devant la mort, sa façon d’accepter les retentissements de la mort dans la vie et le cœur des hommes et de les prendre sur lui. Il accueille la prière de Marthe et l’expression de sa foi encore imparfaite, pour l’éclairer et la fortifier. Il accueille les larmes de Marie, pour les accompagner et les purifier par sa propre douleur. Il accueille le silence et l’incapacité radicale où est réduit Lazare, en le délivrant des entraves multiples où se débat toute existence humaine. Il embrasse notre mort corporelle, pour que sa vie – une vie éternelle – nous soit redonnée.

«Je suis la Résurrection. Le crois-tu ?», nous interroge aujourd’hui Jésus (11,25-26). Et nous percevons bien la gravité de la question. Là est bien le plus incroyable de notre foi : comment un homme peut-il poser une telle affirmation ? se présenter comme le Donateur de vie, plus encore comme la Vie même ? Là est le plus incroyable, mais là est aussi le plus enthousiasmant, car qu’aurions-nous à faire de prophètes et de thaumaturges qui ne nous guériraient ou ne nous instruiraient que pour un temps, nous laissant sombrer sans retour dans la mort ? Qu’aurions-nous à faire d’un dieu qui ne nous délivrerait pas de la mort ? «Crois-tu cela ?» La question décisive nous est posée. «Si le Christ n’est pas ressuscité des morts, alors notre message est vide, vide aussi votre foi», avertit Paul (1 Corinthiens 15,14).

Mais notre foi n’est pas un pari, fût-ce un pari contre l’absurde. Elle est une confiance. Confiance en cette voix puissante qui ouvre nos tombeaux. Confiance en cette voix qui sait se faire si tendre pour supplier : «Choisis donc la vie, pour que toi et tes fils viviez» (Deutéronome 30,19). Confiance en Celui qui n’a pas réveillé Lazare de loin, mais qui s’est fait Lazare, jusqu’en sa mort et sa mise au tombeau. Celui qui arrache notre foi à l’ombre et au néant, au prix même de sa vie. Celui qui se relève dans la lumière de Pâques, pour que désormais nous vivions de sa vie. «Moi je suis venu, nous redit Jésus, pour qu’on ait la vie, et qu’on l’ait en abondance» (Jean 10,10).

Un évangile à méditer

Jean 11

Un homme était tombé malade. C'était Lazare, de Béthanie, le village de Marie et de sa sœur Marthe... Donc, deux sœurs envoyèrent dire à Jésus : «Seigneur, celui que tu aimes est malade.» En apprenant cela, Jésus dit : «Cette maladie ne conduit pas à la mort, elle est pour la gloire de Dieu, afin que par elle le Fils de Dieu soit glorifié.» Jésus aimait Marthe et sa sœur, ainsi que Lazare. Quand il apprit que celui-ci était malade, il demeura pourtant deux jours à l’endroit où il se trouvait ; alors seulement il dit aux disciples : «Revenons en Judée.» (…)


Quand Jésus arriva, il trouva Lazare au tombeau depuis quatre jours déjà. (…) Lorsque Marthe apprit l’arrivée de Jésus, elle partit à sa rencontre, tandis que Marie restait à la maison. Marthe dit à Jésus : «Seigneur, si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort. Mais je sais que, maintenant encore, Dieu t’accordera tout ce que tu lui demanderas.» Jésus lui dit : «Ton frère ressuscitera.» Marthe reprit : «Je sais qu’il ressuscitera au dernier jour, à la résurrection.» Jésus lui dit : «Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; et tout homme qui vit et qui croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ?» Elle répondit : «Oui, Seigneur, tu es le Messie, je le crois ; tu es le Fils de Dieu, celui qui vient dans le monde.»


Il demanda : «Où l’avez-vous déposé ?» Ils lui répondirent : «Viens voir, Seigneur.» Alors Jésus pleura. Les Juifs se dirent : «Voyez comme il l’aimait !» Mais certains d’entre eux disaient : «Lui qui a ouvert les yeux de l’aveugle, ne pouvait-il pas empêcher Lazare de mourir ?»


Jésus arriva au tombeau. C’était une grotte fermée par une pierre. Jésus dit : «Enlevez la pierre.» Marthe, la sœur du mort, lui dit : «Mais, Seigneur, il sent déjà ; voilà quatre jours qu’il est là.» Alors Jésus dit à Marthe : «Ne te l’ai-je pas dit ? Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu.»


On enleva donc la pierre. Alors Jésus leva les yeux au ciel et dit : «Père, je te rends grâce parce que tu m’as exaucé. Je savais bien, moi, que tu m’exauces toujours ; mais si j’ai parlé, c’est pour cette foule qui est autour de moi, afin qu’ils croient que tu m’as envoyé.» Après cela, il cria d’une voix forte : «Lazare, viens dehors !» Et le mort sortit, les pieds et les mains attachés, le visage enveloppé d’un suaire. Jésus leur dit : «Déliez-le, et laissez-le aller.» Les nombreux Juifs, qui étaient venus entourer Marie et avaient donc vu ce que faisait Jésus, crurent en lui.

À l'écoute des Pères

De saint Jean Damascène, au VIIIe s.

 

Étant Dieu véritable, tu connaissais, Seigneur, le sommeil de Lazare et tu l’as prédit à tes disciples, les convainquant de la puissance infinie de ta divinité. Étant dans la chair, toi sans limite, tu viens à Béthanie. Vrai homme, Seigneur, tu pleures sur Lazare ; vrai Dieu, par ta volonté tu ressuscites le mort de quatre jours.

Pleurant sur ton ami, tu as mis fin dans ta compassion aux larmes de Marthe, et, par ta passion volontaire, tu as ôté toute larme du visage de ton peuple. Dieu de nos pères, tu es béni ! Trésorier de la vie, Seigneur, tu as appelé le mort comme s’il dormait. Par une parole tu as déchiré le ventre des enfers et tu as ressuscité celui qui se mit à jubiler : Dieu de nos pères, tu es béni ! Tu as réveillé le mort sentant déjà, lié de bandelettes. Moi, étranglé par les liens de mes péchés, relève-moi aussi et je chanterai : Dieu de nos pères, tu es béni !

Marie, dans sa reconnaissance, t’apporte, comme un dû pour son frère, un vase de myrrhe, Seigneur, et elle te chante dans tous les siècles. Comme mortel, tu invoques le Père, comme Dieu, tu réveilles Lazare. C’est pourquoi nous te chantons, ô Christ, pour les siècles des siècles. Tu réveilles Lazare, un mort de quatre jours, et le fais surgir du tombeau, le désignant ainsi comme témoin véridique de ta résurrection le troisième jour, ô Christ. Tu marches, tu pleures, tu parles, mon Sauveur, montrant ton énergie humaine, mais en réveillant Lazare, tu révèles ton énergie divine. De manière indicible, Seigneur mon Sauveur, tu as, selon tes deux natures, librement opéré mon salut.

Triode des matines du Samedi de Lazare