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Jeudi 14 avril - «Jésus pleura» (6:10)

 

La foi n’empêche pas les larmes – et Marie le montre en cet évangile. Elle que Luc présente «assise aux pieds du Seigneur, écoutant ses paroles» (10,39), elle qui semble se nourrir et vivre de la seule présence de Jésus, attachée au seul nécessaire, à la «meilleure part» qui lui est échue (10,42), voici que nous la retrouvons dévastée par la mort de son frère Lazare. Incapable de dire à Jésus autre chose que cette déploration qui sonne comme un reproche plus que comme un hommage : «Seigneur, si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort !» (Jean 11,32). Larmes de Marie qui disent le désespoir d’une vie qui ne serait qu’une marche à la mort et d’un amour qui n’engendrerait que douleur et séparation.

Mais à ce désespoir, Jésus n’oppose aucune réprimande. Lui qui avait qualifié ses disciples, pris par la peur, d’«hommes de peu de foi» (Matthieu 8,26), ne dit ici rien de semblable, mais au contraire mêle ses larmes à celles de Marie et compatit de tout son être à cette détresse humaine qu’il est venu guérir. Car Jésus n’a pas fait semblant d’être homme. Il a voulu tout connaître de notre condition, et jusqu’à notre souffrance, pour pouvoir tout rédimer. Par sa souffrance et ses larmes, il a été «rendu parfait», dit le passage de la lettre aux Hébreux que nous méditons aujourd’hui. Non pas qu’il lui manquait quelque perfection, mais parce qu’il est ainsi devenu totalement apte à remplir sa mission de Rédempteur. «Du fait qu’il a souffert par l’épreuve, dit encore l’épître aux Hébreux, il est capable de venir en aide à ceux qui sont éprouvés» (2,18). Contemplons en ce jour ces larmes de compassion de Dieu, mêlées aux larmes des hommes. Larmes du Dieu fait homme, déchiré en ses entrailles de père, en son cœur d’amant, par la douleur de l’homme dont l’amour s’abîme dans la mort.

 

Hébreux 5,7-10
[7] C’est lui qui, aux jours de sa chair, ayant présenté, avec une violente clameur et des larmes, des implorations et des supplications à celui qui pouvait le sauver de la mort, et ayant été exaucé en raison de sa piété, [8] tout Fils qu’il était, apprit, de ce qu’il souffrit, l’obéissance ; [9] après avoir été rendu parfait, il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent principe de salut éternel, [10] puisqu’il est salué par Dieu du titre de grand prêtre selon l’ordre de Melchisédech.


Seigneur Jésus, toi qui es venu parmi nous et as voulu connaître la souffrance et la mort, nous te présentons en ce jour tous ceux qui pleurent. Que leurs larmes, parfois mêlées de colère ou de désespoir, deviennent, purifiées par les tiennes, larmes de compassion et de pardon. Nous te bénissons d’être venu nous rejoindre jusque là, d’être venu habiter notre souffrance pour qu’en toi elle prenne sens. Et nous te bénissons plus encore d’être ce Dieu qui veut, à la fin des temps, essuyer toute larme de nos yeux et nous garder dans ta joie, éternellement. Amen.