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Vendredi 22 avril - «D'où es-tu ?» (8:06)


Aujourd’hui, nous contemplons la sainte passivité de Jésus. L’heure n’est plus à l’initiative, mais à l’obéissance. Tout ce qu’il a fait, tout ce qu’il a dit, l’ont été pour le conduire jusque-là, à cet instant où ses mains s’ouvrent pour qu’il soit conduit «comme un agneau à l’abattoir» (Isaïe 53,7), qu’il paraisse, silencieux, devant ceux qui ont décidé de sa mort, et qu’il se laisse finalement clouer sur le bois de la croix. C’est ce visage d’une incompréhensible douceur, cette incompréhensible passivité, que Pilate affronte aujourd’hui. Qui est-il cet homme qu’on lui amène pour obtenir qu’il soit condamné ? Tu es roi ? Mais quel est ton royaume ? Tu rends témoignage à la vérité ? Mais y a-t-il seulement une vérité ? Jésus est une énigme pour Pilate. Il devrait se défendre, crier, se plaindre, en appeler à son Dieu ou bien à l’empereur ! Il devrait plaider sa cause, rassembler des arguments en sa faveur, et, pourquoi pas, tenter de le corrompre ou de l’apitoyer ! Mais non. Rien n’entame cette incompréhensible douceur, cette insoutenable passivité. Pilate ne comprend pas Jésus. Il questionne, il doute, il se trouble. Il suffirait de peu que cette incompréhension ouvre en lui la brèche de la foi. Les chefs des prêtres et les gardes savent ce qu’ils veulent, Pilate, lui, ne le sait pas. «D’où es-tu ?» Qui es-tu ? En face de Jésus, l’icône parfaite de la foi, Pilate est le plus vraisemblable des a-gnostiques (littéralement : ceux qui ne connaissent pas). Il ne sait pas mais il ne veut pas non plus savoir. Notre monde n’est pas si loin de toi, Pilate ! Curieux de Jésus mais si prompt à l’accuser ou à le flageller ; en quête de vérité mais si vite contraint par les mille pièges des influences, de la facilité, à y renoncer... Jésus, lui, ne dévie pas du vouloir éternel de son Père – qui est aussi le sien – jusqu’à ce que «tout soit accompli». Au soir de ce jour.

 

Jean 18,33-38 ; 19,4-16
Pilate rentra dans son palais, appela Jésus et lui dit : «Es-tu le roi des Juifs ?» Jésus lui demanda : «Dis-tu cela de toi-même, ou bien parce que d’autres te l’ont dit ?» Pilate répondit : «Est-ce que je suis Juif, moi ? Ta nation et les chefs des prêtres t’ont livré à moi : qu’as-tu donc fait ?» Jésus déclara : «Ma royauté ne vient pas de ce monde ; si ma royauté venait de ce monde, j’aurais des gardes qui se seraient battus pour que je ne sois pas livré aux Juifs. Non, ma royauté ne vient pas d’ici.» Pilate lui dit : «Alors, tu es roi ?» Jésus répondit : «C’est toi qui dis que je suis roi. Je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. Tout homme qui appartient à la vérité écoute ma voix.» Pilate lui dit : «Qu’est-ce que la vérité ?» (…) Pilate sortit de nouveau pour dire aux Juifs : «Voyez, je vous l’amène dehors pour que vous sachiez que je ne trouve en lui aucun motif de condamnation.» Alors Jésus sortit, portant la couronne d’épines et le manteau de pourpre. Et Pilate leur dit : «Voici l’homme.» Quand ils le virent, les chefs des prêtres et les gardes se mirent à crier : «Crucifie-le ! Crucifie-le !» Pilate leur dit : «Reprenez-le, et crucifiez-le vous-mêmes ; moi, je ne trouve en lui aucun motif de condamnation.» Les Juifs lui répondirent : «Nous avons une Loi, et suivant la Loi il doit mourir, parce qu’il s’est prétendu Fils de Dieu.» Quand Pilate entendit ces paroles, il redoubla de crainte. Il rentra dans son palais, et dit à Jésus : «D’où es-tu ?» Jésus ne lui fit aucune réponse. Pilate lui dit alors : «Tu refuses de me parler, à moi ? Ne sais-tu pas que j’ai le pouvoir de te relâcher, et le pouvoir de te crucifier ?» Jésus répondit : «Tu n’aurais aucun pouvoir sur moi si tu ne l’avais reçu d’en haut ; ainsi, celui qui m’a livré à toi est chargé d’un péché plus grave.» Dès lors, Pilate cherchait à le relâcher ; mais les Juifs se mirent à crier : «Si tu le relâches, tu n’es pas ami de l’empereur. Quiconque se fait roi s’oppose à l’empereur.» En entendant ces paroles, Pilate amena Jésus au-dehors ; il le fit asseoir sur une estrade à l’endroit qu’on appelle le Dallage (en hébreu : Gabbatha). C’était un vendredi, la veille de la Pâque, vers midi. Pilate dit aux Juifs : «Voici votre roi.» Alors ils crièrent : «À mort ! À mort ! Crucifie-le !» Pilate leur dit : «Vais-je crucifier votre roi ?» Les chefs des prêtres répondirent : «Nous n’avons pas d’autre roi que l’empereur.» Alors, il leur livra Jésus pour qu’il soit crucifié, et ils se saisirent de lui.


Seigneur, tu m’offres aujourd’hui ton visage à contempler. Longuement. Demain, il sera caché par la nuit du tombeau ; aujourd’hui, laisse-moi me rassasier de la douceur et de la lumière de ton visage. Laisse-moi contempler quelque chose du mystère de ton obéissance. Nul ne te contraint, Seigneur, et pourtant tu te laisses conduire chez le grand-prêtre, chez Hérode, chez Pilate... On te raille, on t’insulte, on te blesse et je ne vois que douceur en toi. Seigneur qui vas te laisser crucifier pour moi, augmente en moi la foi, prends pitié de moi !