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Semaine Sainte - Le mystère de la foi (11:45)

 

Nous y sommes. La grande procession touche aux portes de Sion, la Jérusalem où nous savons que Jésus va bientôt répandre son sang. Comment le suivre jusque-là ? Le voyage a déjà été long et plus long encore le cheminement de notre foi : du désert à la montagne, de la source, en Samarie, à la grande ville de Judée, et jusqu’au tombeau de Béthanie d’où Lazare est sorti, vivant. Nous les avons suivis : Pierre, la femme aux cinq maris, l’aveugle – qui ne l’est plus –, et puis Lazare, et Marthe et Marie... Pouvons-nous encore faire un pas de plus ? Pouvons-nous vraiment entrer dans la ville à la suite de Jésus, nous joindre à la procession joyeuse des enfants et des disciples qui acclament le rabbi qui vient «monté sur un ânon, le petit d’une ânesse» (Zacharie 9,9), comme le «roi d’Israël» ? Pouvons-nous accompagner le groupe des disciples en ce haut lieu où Jésus va leur dire l’extrême de l’amour du Père pour eux ? Avant que, soudain, ce ne soient la rupture, la trahison, l’arrestation, les violences et la mort... Irons-nous jusque-là ?

Et puis, bien sûr, il y a toutes ces questions que nous nous posons : pourquoi le salut doit-il passer par la mort de l’innocent ? Qu’en est-il de l’amour du Père qui, semble-t-il, n’est en rien affecté par la Passion du Fils, aventure solitaire qui le conduit jusqu’à l’infamie de la Croix ? L’Église peut-elle vraiment se reconnaître dans des disciples aussi décevants : des traîtres, des peureux, des fuyards ? Comme nous le proclamons à chaque eucharistie : «Il est grand le mystère de la foi» ! Mystère de l’amour que Dieu porte à sa création depuis toute éternité et qui l’engage, aujourd’hui plus que jamais, dans l’histoire, avec son lot de souffrances et son terme obligé qu’est la mort. Dieu se penche infiniment jusqu’à mourir d’amour. Comment entrer dans ce mystère ?

Cette semaine encore, cette semaine surtout peut-être, nous ne serons pas seuls. Chaque jour, en suivant l’évangile du jour, nous emboîterons le pas d’un témoin ou d’un protagoniste de l’histoire. Des amis de Jésus : Marie de Béthanie et le disciple qu’il aimait (lundi et mardi) ; des apôtres : Judas et Pierre (mercredi et jeudi) ; ou encore Pilate (vendredi) et enfin le prophète Jonas dont la voix lointaine résonnera dans le grand silence du saint Samedi. Il est temps ! «L’heure est venue» ! Et nous aussi, nous sommes attendus. Que le Seigneur nous fasse entendre à nous aussi la parole prononcée sur les catéchumènes au seuil de leur baptême : «Effata !», ouvre-toi ! Je suis venu pour que tu aies la Vie ; ouvre-toi maintenant à ce don que je te fais de ma Vie !

Un évangile à méditer

Matthieu 21,1-11

Quelques jours avant la fête de la Pâque, Jésus et ses disciples, approchant de Jérusalem, arrivèrent à Bethphagé, sur les pentes du mont des Oliviers. Alors Jésus envoya deux disciples : «Allez au village qui est en face de vous ; vous trouverez aussitôt une ânesse attachée et son petit avec elle. Détachez-les et amenez-les moi. Et si l’on vous dit quelque chose, vous répondrez : ‘Le Seigneur en a besoin, mais il les renverra aussitôt.’» Cela s’est passé pour accomplir la parole transmise par le prophète : Dites à la fille de Sion : Voici ton roi qui vient vers toi, humble, monté sur une ânesse et un petit âne, le petit d’une bête de somme. Les disciples partirent et firent ce que Jésus leur avait ordonné. Ils amenèrent l’ânesse et son petit, disposèrent sur eux leurs manteaux, et Jésus s’assit dessus. Dans la foule, la plupart étendirent leurs manteaux sur le chemin ; d’autres coupaient des branches aux arbres et en jonchaient la route. Les foules qui marchaient devant Jésus et celles qui suivaient criaient : «Hosanna au fils de David ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Hosanna au plus haut des cieux !» Comme Jésus entrait à Jérusalem, l’agitation gagna toute la ville ; on se demandait : «Qui est cet homme ?» Et les foules répondaient : «C’est le prophète Jésus, de Nazareth en Galilée».

À l'écoute des Pères

De saint Grégoire de Nazianzee, au IVe s.

 

Nous allons participer à la fête de Pâques. Nous le ferons maintenant encore de manière figurée, mais plus clairement déjà que sous l’ancienne loi ; car cette Pâque-là était, si j’ose dire, une figure obscure de la figure elle-même. Prenons part à cette fête rituelle de manière évangélique et non littérale, de façon parfaite et non inachevée, pour l’éternité et non pour un instant. Prenons comme capitale, non pas la Jérusalem terrestre, mais la cité céleste, non celle qui est maintenant foulée aux pieds par les armées, mais celle qui est magnifiée par les anges. Sacrifions, non pas de jeunes taureaux ni des béliers portant cornes et sabots, mais offrons à Dieu un sacrifice de louange sur l’autel céleste en union avec les chœurs du ciel. Je dirai davantage : immolons-nous nous-mêmes à Dieu ; mieux, offrons-lui chaque jour chacun de nos mouvements. Acceptons tout à cause du Verbe. Mieux vaut souffrir avec le Christ et pour le Christ que de vivre dans les délices avec d’autres. Si tu es Simon de Cyrène, prends la croix et suis le Christ. Si tu es crucifié avec lui comme un larron, fais comme le bon larron : reconnais Dieu. Si le Christ fut traité comme un hors-la-loi, obéis à la loi à cause de lui. Adore celui qui fut crucifié à cause de toi, même si tu es crucifié toi aussi ; mets à profit ton iniquité même, entre au paradis avec Jésus pour y apprendre d’où tu es tombé. Contemple les beautés de ce lieu et laisse mourir en toi le murmurateur avec son blasphème. Si tu es Joseph d’Arimathie, réclame le corps à celui qui l’a fait crucifier ; fais tienne la purification du monde. Et si tu es Nicodème, ce serviteur nocturne de Dieu, viens ensevelir ce corps et le parfumer avec de la myrrhe. Si tu es l’une ou l’autre Marie ou Salomé ou Jeanne, pleure dès le point du jour. Sois le premier à voir la pierre du tombeau enlevée, peut-être même les anges ou Jésus en personne.

Sermon 45,23-24