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Octave de Pâques - Témoins de la foi (10:59)

 

Il y a quarante jours de cela s’était ouvert un chemin. La route n’est pas finie. Ou plus exactement une autre s’ouvre. Aujourd’hui commence une octave qui est comme un long dimanche, où chaque jour est jour de Pâques. Première semaine du temps pascal, ces cinquante jours qui nous mèneront jusqu’à la Pentecôte. Le théologien Karl Rahner s’interrogeait : «Qu’est-ce que le centre de la vie chrétienne ? La mort et la résurrection du Christ certes, mais on n’a pas tout dit. Ce qui est le centre, c’est la communication à notre être. Il vit en nous sa mort et sa résurrection, cela nous concerne». Et pour comprendre en quoi je suis personnellement sauvé, concerné par la résurrection du Christ, il faut bien une semaine, cinquante jours et même toute une vie.

Mais sur quoi nous appuyer précisément ? Sur la foi des premiers témoins de la Résurrection. Ce sont eux qui nous accompagneront tout au long de la semaine. Qu’ont-ils vu ? En apparence pas grand chose. Une femme a vu un tombeau vide et a couru, dans les rues encore sombres, alerter deux hommes. Ils n’ont pas vu le Seigneur resplendissant dans sa gloire, ils ont vu un tombeau vide. Et soudain tout s’est éclairé. Comme lorsqu’on se réveille d’une mauvaise nuit. Les yeux de la foi se sont ouverts. Pour eux le tombeau est devenu un signe, le signe de la résurrection. Oui, il fallait passer par là, il fallait que le Christ passe à travers les ravins des ténèbres, des prisons. Que la mort dans tous ses aspects soit traversée, vaincue. Et nous, par notre baptême dans les eaux de la mort du Christ, sans que nous l’ayons mérité, sommes devenus en lui des hommes nouveaux «nés de l’eau et de l’Esprit» (Jean 3,4) et nous vivons désormais en lui, revêtus de lui (Galates 3,27). Tout est donné par notre baptême, nous sommes déjà ressuscités (Colossiens 2,12) et tout est à accueillir, à laisser se déployer en notre être. Travail lent de la grâce en chacun de nous, œuvre de recréation, œuvre de réorientation de ce qui est en nous courbé par le péché ; travail qui nous rend peu à peu aptes à vivre cet état définitif de ressuscité, état de plénitude où nous savons que nous verrons enfin Dieu (1 Jean 3,2).

Ce chemin qui commence à partir du baptême sera toujours celui montré par ces premiers témoins. Eux qui, comme nous, n’ont pas tout compris mais ont avancé, «comme s’ils voyaient l’invisible» (Hébreux 1,27), plus haut et plus loin, au-delà des apparences. C’est le chemin de la foi, souvent difficile. Parfois une course, parfois une marche pesante. Chemin où il ne faut jamais rester seuls mais toujours se joindre au cortège immense des hommes et des femmes qui ont cru avant nous. Où il faudra s’abreuver à la source des sacrements et de la Parole de Dieu et aller vers nos frères et sœurs pour dire ce que fait le Seigneur en nous. Avec une certitude : c’est un chemin en présence de celui qui est avec nous «jusqu’à la fin du monde». Accompagnons donc nos aînés dans la foi en cette semaine où le Seigneur se donne à voir et nous apprend lui-même à vivre dans la foi en sa résurrection.

Un évangile à méditer

Jean 20,1-8

Le premier jour de la semaine, Marie de Magdala vient de bonne heure au tombeau, comme il faisait encore sombre, et elle aperçoit la pierre enlevée du tombeau. Elle court alors et vient trouver Simon-Pierre, ainsi que l’autre disciple, celui que Jésus aimait, et elle leur dit : «On a enlevé le Seigneur du tombeau et nous ne savons pas où on l’a mis.» Pierre sortit donc, ainsi que l’autre disciple, et ils se rendirent au tombeau. Ils couraient tous les deux ensemble. L’autre disciple, plus rapide que Pierre, le devança à la course et arriva le premier au tombeau. Se penchant, il aperçoit les linges, gisant à terre ; pourtant il n’entra pas. Alors arrive aussi Simon-Pierre, qui le suivait ; il entra dans le tombeau ; et il voit les linges, gisant à terre, ainsi que le suaire qui avait recouvert sa tête ; non pas avec les linges, mais roulé à part dans un endroit. Alors entra aussi l’autre disciple, arrivé le premier au tombeau. Il vit et il crut. En effet, ils ne savaient pas encore que, d’après l’Écriture, il devait ressusciter d’entre les morts.

À l'écoute des Pères

De saint Jean Chrysostome, au IVe s.

 

Que tous ceux qui cherchent Dieu et qui aiment le Seigneur viennent goûter la beauté et la lumière de cette fête ! Que tout serviteur fidèle entre avec allégresse dans la joie de son Maître ! Que celui qui a porté le poids du jeûne vienne maintenant recevoir le denier promis ! Que celui qui a travaillé dès la première heure reçoive aujourd’hui son juste salaire : quelqu’un est-il venu à la troisième heure ? Qu’il célèbre cette fête dans l’action de grâce ! Que celui qui est arrivé seulement à la sixième heure soit sans crainte : il ne sera pas frustré. S’il en est un qui a attendu jusqu’à la neuvième heure, qu’il s’approche sans hésitation. Et même s’il en est un qui a traîné jusqu’à la onzième heure, qu’il n’ait pas peur d’être en retard ! Car le Seigneur est généreux : il reçoit le dernier aussi bien que le premier. Aussi bien, entrez tous dans la joie de votre Seigneur ! Et les premiers et les seconds, soyez comblés. Riches et pauvres, communiez dans la joie. Avez-vous été généreux ou paresseux ? Célébrez ce Jour ! Vous qui avez jeûné et vous qui n’avez pas jeûné, aujourd’hui réjouissez-vous !


Venez tous goûter au banquet de la foi, venez tous puiser aux richesses de la miséricorde. Que personne n’ait peur de la mort : la mort du Sauveur nous en a délivrés. Il a désarmé l’enfer, celui qui est descendu dans nos enfers ! Il l’a jeté dans l’effroi pour avoir touché à sa chair. Cela Isaïe l’avait prédit : «L’enfer dans ses profondeurs frémit à ton approche». Il a été frappé d’effroi parce qu’il a été réduit à rien ; il a été frappé d’effroi parce qu’il a été joué. Il a été frappé d’effroi parce qu’il a été mis à mort ; il a été frappé d’effroi parce qu’il a été anéanti. Il avait saisi un corps et il s’est trouvé devant un Dieu ; il avait pris de la terre et il a rencontré le ciel ; il s’était emparé de qui était visible et il est tombé à cause de l’invisible. «Mort, où est ta victoire ? Où est-il, ô mort, ton aiguillon ?» (1 Co 15,55). Christ est ressuscité et te voici terrassée. Christ est ressuscité et le prince de ce monde a été jeté dehors. Christ est ressuscité et les anges sont dans l’allégresse. Christ est ressuscité et voici que la Vie déploie son règne. Christ est ressuscité et il n’y a plus personne dans les tombeaux. Oui, Christ est ressuscité des morts, prémices de ceux qui se sont endormis. À lui la gloire et la puissance, dans les siècles des siècles ! Amen.

Catéchèses