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Mercredi 27 avril - «Alors leurs yeux s'ouvrirent» (5:32)

 

«S’il fallait donner tout l’Évangile pour une seule scène où il soit tout entier résumé, je n’hésiterais guère», a écrit Jean Guitton, «je désignerais les disciples d’Emmaüs.» En effet, tout y est. Deux hommes sont en route et l’on peut imaginer le poids de désillusions, de fatigue, qu’ils portent en chemin, représentants d’une humanité lasse et désemparée. Cette fois-ci encore, Jésus s’approche et a pour eux les traits d’un étranger. Les disciples confient ce qu’ils ont sur le cœur. Lui les invite à ouvrir les Écritures. Comme une liturgie de la Parole qu’il préside lui-même, clef des Écritures. Puis il prend le pain, le bénit, le rompt et le distribue. Les yeux des disciples s’ouvrent. Mais une question jaillit : que s’est-il passé entre le moment où ceux-ci «étaient empêchés de le reconnaître» et celui où ils le reconnaissent ? On peut avoir entendu la Parole de Dieu et assister à l’Eucharistie nombre de fois sans pour autant avoir été saisi. Et de fait, ce n’est pas une évidence. Pour les disciples d’Emmaüs, c’était le moment, l’heure de la foi. C’est leur Seigneur qui s’est approché d’eux le premier et leur a ouvert les yeux. Eux savaient leur besoin d’être sauvés et l’ont simplement accueilli là où ils en étaient. Mais c’est à une nouvelle manière d’être présent que le Seigneur veut les initier. Présence dans les saintes Écritures où il nous donne de comprendre ce qu’il a vécu et ce que nous vivons. Oui, il fallait aller jusque-là pour que mon amour pour vous soit révélé. Présence eucharistique où nous sommes déjà liés ici-bas de la manière la plus intime avec lui et les uns aux autres. Sacrement qui déjà nous fait entrer dans la vie éternelle jusqu’au jour où nous verrons Dieu face à face, festin des noces où nous serons tous rassemblés, formant le Corps, l’Épouse de l’Agneau (Apocalypse 19,7).

 

Luc 24,13-35
Et voici que, ce même jour, deux d’entre eux faisaient route vers un village du nom d’Emmaüs, distant de Jérusalem de 60 stades, et ils conversaient entre eux de tout ce qui était arrivé. Et il advint, comme ils conversaient et discutaient ensemble, que Jésus en personne s’approcha, et il faisait route avec eux ; mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître. (...)
Quand ils furent près du village où ils se rendaient, il fit semblant d’aller plus loin. Mais ils le pressèrent en disant : «Reste avec nous, car le soir tombe et le jour déjà touche à son terme.» Il entra donc pour rester avec eux. Et il advint, comme il était à table avec eux, qu’il prit le pain, dit la bénédiction, puis le rompit et le leur donna. Leurs yeux s’ouvrirent et ils le reconnurent... mais il avait disparu de devant eux. Et ils se dirent l’un à l’autre : «Notre cœur n’était-il pas tout brûlant au-dedans de nous, quand il nous parlait en chemin, quand il nous expliquait les Écritures ?» À cette heure même, ils partirent et s’en retournèrent à Jérusalem. Ils trouvèrent réunis les Onze et leurs compagnons, qui dirent : «C’est bien vrai ! le Seigneur est ressuscité et il est apparu à Simon !» Et eux de raconter ce qui s’était passé en chemin, et comment ils l’avaient reconnu à la fraction du pain.


Seigneur Jésus, toi qui as été éprouvé en tout, tu sais combien la route peut parfois être désespérante et nous lasser. Apprends-nous à toujours sortir de la tentation du repli sur nous-mêmes lorsque viennent déceptions et désillusions. Fais grandir en nous la certitude que nous pouvons tout te confier «comme un homme parle à un ami» (Exode 33,11) et conduis-nous tous ensemble vers le festin que tu nous as préparé dans les cieux où la mort aura disparu et où tu essuieras toi-même les pleurs sur tous les visages (Isaïe 25,8). Pour la consolation éternelle que nous apporte ta résurrection, Seigneur, gloire à toi ! Alleluia !