Le Parvis

Bienvenue sur le «Parvis» l'espace où vous pouvez poser vos questions bibliques ou théologiques, liées au thème de la Route de Pâques et des textes bibliques proposés à la lectio divina.

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Marie Annick: La création est-elle vraiment bonne ?

Bonjour, dans le même registre que Marie-Claire : on peut imaginer que le mal provient de notre non respect des commandements, en particulier celui de l'amour, mais la souffrance : elle trouve son origine dans la création faite par Dieu : souffrance physique, que même les animaux sauvages ont à subir ; croître et se multiplier, sans l'existence de la mort n'est pas possible. Que penser donc de la création du monde qui me parait parfois imparfaite, même si la beauté du monde m'émerveille ? Je sais que notre intelligence n'est pas suffisante devant la grandeur et la magnificence de Dieu : c'est la réponse que j'ai trouvé, mais j'aimerais avoir la vôtre. Un grand merci pour votre retraite.

 

Bonjour. On n'en finit jamais avec cette difficulté... et c'est bien normal ! Nous aussi nous balbutions malgré les années d'étude de théologie... Cela ne suffit pas ! Votre réponse est belle et parfaitement biblique : Job a fait la même. À Dieu qui lui montre toutes les splendeurs et les mystères de sa création, il dit : «Je sais que tu es tout-puissant ce que tu conçois, tu peux le réaliser. J'étais celui qui voile tes plans, par des propos dénués de sens. Aussi as-tu raconté des œuvres grandioses que je ne comprends pas, des merveilles qui me dépassent et que j'ignore. Écoute, laisse-moi parler je vais t'interroger et tu m'instruiras. Je ne te connaissais que par ouï-dire, mais maintenant mes yeux t'ont vu. Aussi je me rétracte et m'afflige sur la poussière et sur la cendre» (Job 42,1-6). Et pourtant elle vous laisse sur votre fin, car nous aimons tenir des certitudes et non des mystères. Certaines choses peuvent être expliquées mais nous devrons toujours nous tenir devant le mystère. un mystère qui se déploie pleinement sur le sommet du Golgotha, sur le visage du Crucifié. Dieu n'est pas venu expliquer la souffrance mais la remplir de sa présence. Il avait voulu le monde comme le lieu où l'homme pouvait grandir vers la parfaite communion avec Dieu. L'homme a préféré se saisir par lui-même du bonheur – ou plutôt de ce qu'il prenait pour le bonheur. La Genèse nous dit qu'alors Dieu a fait la mort. Pas avant. Il l'a faite pour que l'homme ne reste pas à jamais coupé de lui. Et avec la mort, vient la souffrance... C'est bien ce que nous vivons aujourd'hui ! Mais nous avons la grâce de savoir que Dieu ne nous a pas abandonnés à notre sort. Qu'il nous ouvre les portes du Royaume par la mort et la résurrection de son Fils. Marchons donc à sa suite !

Mercredi, 27 Avril 2011

Marie: Marie et Jésus

Bonjour à tous et bonnes Pâques à chacun. Jésus répondant à Marie lui dit : «Ne me touche pas, car je ne suis pas encore monté vers le Père. Mais va trouver mes frères et dis-leur : je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu.» Que signifie «ne me touche pas car je ne suis pas encore monté vers le Père» ? Marie est une femme orientale qui a besoin de toucher, de sentir. Elle a une grande proximité à son «Rabbouni».Y a-t-il un lien avec une tradition juive ? Même si le Christ n'appartient pas qu'à Marie et se donne à tous, pourquoi une telle parole ?

 

Cette parole en effet nous choque si l'on s'en tient au plan affectif. Elle semble mettre une distance entre Jésus et Marie de Magdala alors que ces retrouvailles ont dû être incroyablement émouvantes...  En réalité, il faut comprendre cette expression comme signifiant la nouvelle condition du Ressuscité : il ne s'agit pas de continuer la relation d'amitié humaine qui existait entre Jésus et Marie mais de découvrir et de reconnaître en lui le Ressuscité dont la chair n'est pas celle d'un mortel réanimé mais une chair glorieuse, prémices des corps glorieux qui seront les nôtres dans le Royaume. Tenir, c'était d'une certaine façon retrouver du connu. Or Jésus veut entraîner Marie plus loin : jusqu'à son Père qui est aussi le sien, à elle. Bonnes fêtes de Pâques à vous aussi !

Mardi, 26 Avril 2011

Marie Claire: Un Dieu bon qui engloutit dans la mer ?

Bonjour, c'est peut être trop tard, mais je tente de poser ma question... Que répondre à une personne catholique mais pas très pratiquante, qui, ayant assisté à la veillée pascale, vous demande à la sortie comment Dieu, qui est tout Amour, peut faire périr tant d'Égyptiens au passage de la mer Rouge ? Merci d'avance.

 

Bonjour, merci pour cette question qui nous confronte au problème redoutable du mal. En ce qui concerne le texte d'abord, on peut faire remarquer que la Bible exprime les choses sur le mode du récit : il ne s'agit pas nécessairement d'un événement historique, mais du fait qu'Israël se reconnaît comme le peuple de Dieu parce que Dieu est Celui qui l'a sauvé de la mort. Le reste tient à la cohérence du récit et à un certain réalisme : il n'y a pas d'action dans l'histoire qui, même si elle vise un but bon en lui-même, n'ait quelques conséquences dommageables.

 

Plus profondément, cette interrogation s'est posée très tôt aux hommes religieux. Ainsi un midrash (explication de l'Écriture en milieu juif, qui procède aussi sur le mode narratif) dit que les anges qui se réjouissaient de la victoire d'Israël, se sont fait réprimander par Dieu : «Comment pouvez-vous vous réjouir alors que mes enfants les Égyptiens ont été engloutis dans la mer ?» Ce qui est une manière, même pour le peuple élu, de rappeler que tous les hommes sont aimés de Dieu. Les Pères de l'Église donnent un autre type d'explication en spiritualisant le texte : les Égyptiens symbolisent la part en chaque homme qui refuse Dieu et doit donc mourir pour que l'homme parvienne en Terre Promise, c'est-à-dire à la vie éternelle.

 

Il reste enfin, à un dernier niveau, la grande question du mal, «mystère d'iniquité à l'œuvre dans le monde», comme dit Paul, mal que nous souffrons et commettons sans cesse. On ne peut apporter de réponse théorique satisfaisante à cette question. La seule réponse est donnée par Jésus qui est venu librement partager notre souffrance, bien plus : la prendre sur lui et nous délivrer ainsi, aujourd'hui de l'absurdité de souffrir et, dans l'avenir que nous ouvre sa résurrection, de tout mal. C'est précisément ce que nous fêtons en cette période : bonnes fêtes de Pâques !

Lundi, 25 Avril 2011

Nicole: Marie, mère de Jésus

Bonjour, je me pose une question : Marie était au pied de la croix. Jésus la confie à saint Jean, mais on ne parle pas d'elle à la résurrection de Jésus. Savait-elle dans son cœur de mère que son fils était vivant ? Les évangiles sont très discrets à son sujet. On reparle de Marie le jour de la Pentecôte où elle priait au milieu de ses disciples, mais était-elle avec les apôtres quand il leur apparut ? Merci de m'éclairer car Marie tient une grande place dans ma vie. Merci pour cette route de Pâques.

 

Bonjour et merci pour votre question. À vrai dire, vous résumez vous-même fort bien les données des Évangiles et des Actes des Apôtres, et je ne pourrai vous en dire davantage ! Si les Évangiles désirent garder cette «discrétion», ne faut-il pas accepter de ne pas tout savoir ? La finale de l'Évangile selon saint Jean dit bien que «Jésus a accompli encore bien d'autres signes qui ne sont pas inscrits dan ce livre...» (Jean 20,30). Il ne s'agit pas de récits exhaustifs de tout ce qui s'est passé, mais simplement de ce qui est utile pour notre foi.

 

Ceci dit, cela n'a pas empêché certains mystiques d'imaginer d'autres scènes. Saint Ignace de Loyola, par exemple, pense que Marie a bénéficié de la première apparition du Christ ressuscité. D'autres auteurs, au contraire, disent qu'elle n'en avait pas besoin. Chacun peut prolonger cette méditation dans sa prière...

Lundi, 25 Avril 2011

Brigitte: Homme psychique / homme spirituel...

Bonjour et merci pour cette retraite en ligne. Ce matin en lisant la méditation du jour, je ne comprends pas ces mots : Passage de «l’homme psychique» à «l’homme spirituel» (1 Corinthiens 2,14). J'ai relu cela dans ma bible. mais je bloque. Est-à-dire qu'il faille opposer l'homme psychique et l'homme spirituel ? qu'est-ce que l'homme spirituel ? qu'est-ce que l'homme psychique ?

 

Bonjour, votre question se justifie en effet. Le vocabulaire de Paul n'est pas simple à appréhender ! L'homme psychique, pour Paul, c'est l'homme qui s'arrête à lui-même ; l'homme qui ne compte pas sur Dieu et ne s'ouvre pas à son Esprit pour devenir un «homme spirituel». Paul n'oppose pas l'esprit de l'homme à l'Esprit de Dieu (pas plus que la chair à l'esprit) mais, dans la droite ligne de toute la théologie biblique, affirme que l'homme ne se réalise pleinement que dans sa relation à Dieu, dans son ouverture à l'Esprit de Dieu. L'homme n'est totalement homme que quand il devient «homme spirituel». On trouve aussi – pour signifier la même chose – la double expression : «vieil homme / homme nouveau». De même qu'on est appelé à passer du vieil homme à l'homme nouveau, de même, l'homme psychique est apppelé à passer à l'homme spirituel. J'espère vous avoir quelque peu éclairée.

Mardi, 26 Avril 2011

Annick: Le tombeau vide

Bonjour. Beaucoup de questions à propos de l'Évangile de ce dimanche : d'abord, «l'autre disciple», bien qu'arrivé le premier au tombeau, n'y entre pas le premier : pourquoi ? Est-ce simplement une marque de respect envers son aîné ou y a-t-il un sens symbolique ? Ensuite, toujours à propos de ce disciple, il est dit qu'en se penchant il aperçoit les linges, pourtant ce n'est qu'après être entré dans le tombeau qu'il «vit et crut» ;  sa vision fut-elle influencée par le fait de se trouver à l'intérieur du tombeau ? Autre chose : pourquoi, alors que les linges «gisent à terre», en désordre, apparemment, et dans un endroit quelconque, le suaire est-il «roulé à part», donc déposé avec soin, et «dans un endroit», donc pas n'importe où ? Cette différence a-t-elle une signification ? Enfin, je ne comprends pas la dernière phrase : comment pouvaient-ils ignorer que Jésus devait ressusciter, alors qu'il le leur avait annoncé et répété plusieurs fois avant sa mort ?

 

Bonjour et merci pour cette salve de questions qui montrent que vous lisez les textes avec une attention scrupuleuse... Les détails, certes, sont, importants, mais ils ne parlent que rapportés à l'ensemble du projet de l'évangéliste. Or deux éléments importants du Quatrième Évangile sont perceptibles derrière ce récit et éclairent en grande partie les questions que vous vous posez. Le premier est le miracle de la résurrection de Lazare placé au chapitre 11 comme une préfiguration, encore imparfaite, de ce qui va arriver à Jésus. Lazare sort du tombeau à la voix de Jésus, «les pieds et les mains liés de bandelettes et le visage enveloppé d'un suaire» (11,44), tandis qu'ici les bandelettes gisent à terre, montrant que Jésus s'est libéré et le suaire est roulé à part, montrant la maîtrise qu'il a eu dans cet événement inouï de sa résurrection.

 

Le second élément est le rôle joué par «le disciple que Jésus aimait» qui apparaît à partir du chapitre 13 de l'Évangile. C'est, disent les exégètes, un membre de la communauté fondée par ce disciple qui a rédigé ce Quatrième Évangile ;  il fait donc ressortir la place toute particulière qu'occupe le «disciple», en même temps qu'il reconnaît le rôle principal donné à Pierre par Jésus lui-même (voir le chapitre 21). C'est pour marquer le respect dû à Pierre, chef de l'Église, que le disciple le laisse entre le premier ; mais le disciple est présenté comme celui qui a l'intuition spirituelle la plus juste (cf. aussi 21,7 où il reconnaît le Seigneur le premier) : c'est donc lui qui comprend, le premier, ce qui s'est passé. La formule «il vit et il crut» est remarquable en ce sens précisément qu'il a vu... qu'il n'y avait pas grand chose à voir, et que c'est l'absence, le manque, qui a provoqué sa foi.

 

Enfin les annonces que fait Jésus de sa passion et de sa résurrection se trouvent dans les synoptiques, mais non dans le Quatrième Évangile. Pour celui-ci, c'est «d'après l'Écriture» que l'on peut comprendre la résurrection, c'est-à-dire par l'interprétation des prophéties qui l'annoncent.

Dimanche, 24 Avril 2011

Paul: Vigile pascale

Chers amis, bonjour. Pourriez-vous expliquer et détailler un peu le lien qui existe entre les sept lectures de l'Ancien Testament que nous entendons chaque année à la vigile pascale ? Un grand merci d'avance. Et bonne montée vers Pâques à toute votre équipe.

 

Bonjour, merci pour votre question qui nous introduit à la grande liturgie de cette nuit. Je vous signale qu'un article sur le site intitulé «Pâques» présente le déroulement de la vigile pascale : vous y accéderez en cliquant ici.

 

Voici ce qui est dit à propos des lectures : «La vigile pascale est aussi mémoire de l’histoire du salut. La résurrection que nous célébrons n’est pas un événement isolé, mais l’accomplissement du dessein éternel et bienveillant de Dieu : accueillir l’homme dans le partage de la plénitude de la gloire divine. La liturgie se poursuit donc par une longue succession de textes bibliques qui, de la Genèse (1,1-2,2 et 22,1-13.15-18) à la lettre aux Romains (6,3-11), sans omettre le passage de la mer Rouge au livre de l’Exode (14,15-15,1), Isaïe prophétisant la délivrance définitive du peuple de Dieu (54,5-14 et 55,1-11), Baruch (3,9-15.32-4,4), et Ézéchiel (36,16-28), retracent, à la manière du poème judaïque des Quatre nuits, l’histoire des hommes que Dieu vient sauver. Une histoire qui est la nôtre et qui, déjà, nous fait exulter de joie : 'Ô nuit qui nous rend la grâce et nous ouvre à la communion des saints, nuit où le Christ brisant les liens de la mort, s’est relevé victorieux des enfers. (...) Ô nuit bienheureuse où se rejoignent le ciel et la terre, où s’unissent l’homme et Dieu' (Exsultet de la nuit de Pâques).»


J'ajouterai que les deux grands thèmes de ces lectures sont l'amour de Dieu pour l'homme (cf. Genèse, Isaïe) et l'eau, symbole de la délivrance de la mort (Exode) et du péché (Ézéchiel). Elles montrent donc comment la Résurrection du Christ accomplit le dessein de salut de Dieu et comment nous sommes concrètement rendus participants à ce salut par l'eau du baptême. Bonnes fêtes de Pâques !

Samedi, 23 Avril 2011

Claire: Trois jours et trois nuits ?

Bonjour, et merci pour cette magnifique route de Pâques, où j'ai trouvé chaque jour de quoi m'aider à cheminer. Si le «Parvis» n'est pas encore clos au terme de notre parcours, je souhaiterais vous poser in extremis une question peut-être bien naïve : Je lis dans le texte de l'Evangile proposé aujourd'hui «le Fils de l'homme sera dans le sein de la terre durant trois jours et trois nuits». Or, si Jésus est mis au tombeau le vendredi Saint et qu'il ressuscite au matin de Pâques, si j'ose dire «le compte n'y est pas». L'aspect «mathématique» de la chose n'a pas d'importance, mais j'ai peur de ne pas avoir saisi toute la dimension de ces paroles du Christ ; il me semble que quelque chose m'échappe peut-être. Pourriez-vous m'éclairer ? En vous souhaitant de très belles fêtes de Pâques.

 

Bonjour et merci de votre question qui se pose bien sûr ! Il faut bien distinguer deux choses : la prédiction (qui n'est pas dans l'Écriture) et la prophétie (qui ne prédit pas l'avenir). Une prophétie est une parole chargée d'un sens à déchiffrer. Ce sens vise le plus souvent une situation présente, mais, par le biais de la typologie ou des figures, il peut aussi éclairer une situation future et notamment les mystères de la vie du Christ. Jonas, englouti puis dégluti par le monstre marin est une figure du Christ mort et ressuscité. De même que Jonas a été jeté à la mer pour préserver ses frères, de même Jésus s'est enfoncé dans la mort pour sauver tous les hommes. Les trois jours se retrouvent quelque peu dans les trois jours de la Passion (jeudi, vendredi, samedi) mais on peut aussi dire que le Christ est resté dans le tombeau trois jours : entre la fin du vendredi et le début du dimanche ! Cela n'a pas vraiment d'importance en réalité comme vous le pressentez. L'essentiel est de se laisser éclairer par le sens des paroles de l'Ancien Testament et non pas de vérifier la véracité du présent par le fait que c'était prédit !

 

Et de fait, les «trois jours» sont mentionnés à plusieurs reprise dans l'Ancien Testament. Ils symbolisent représentant le temps de l'épreuve. Signalons au moins Genèse 22,4 : «Le troisième jour, Abraham, levant les yeux, vit l'endroit de loin», l'«endroit» étant celui où il devait immoler son fils. Il y a ausi ce très beau passage du livre d'Osée : «Venez, retournons au Seigneur. Il a déchiré, il nous guérira ; il a frappé, il pansera nos plaies ; après deux jours il nous fera revivre, le troisième jour il nous relèvera et nous vivrons en sa présence» (Osée 6,1-2). Ces trois jours d'épreuve sont bien ceux que Jésus a souffert avant d'être relevé par la puissance de l'Esprit de résurrection.

 

Vous voyez, je l'espère, mieux quel lien peut s'établir entre des textes de l'Ancien et du Nouveau Testament. C'est bien ce que nous allons revivre en cette nuit au cours de la vigile pascale : une relecture typologique de passages de l'Ancien Testament qui nous permettent – sans pour autant la prédire – de comprendre plus profondément le mystère de la résurrection du Christ. Belles fêtes de Pâques à vous ! (Nous avons encore une semaine ensemble !)

Samedi, 23 Avril 2011

Annick: Lavement des pieds

Bonjour, j'ai un peu difficile de comprendre le dialogue entre Pierre et Jésus, ou plutôt, surtout la réponse finale que Jésus fait à Pierre : alors qu'au début Pierre refuse de se laisser laver les pieds par Jésus, il accepte ce geste avec un enthousiasme débordant une fois qu'il a reçu cette parole : «Si je ne te lave pas, tu n'auras pas de part avec moi...» Pourquoi, alors, Jésus lui répond-il par après qu'il n'a pas besoin de se laver, finalement, parce qu'il serait «déjà pur» ? Sans doute que je ne comprends pas bien cette phrase de Jésus : «Quand on vient de prendre un bain, on n'a pas besoin de se laver : on est pur tout entier». Pourquoi Jésus lui fait-il cette réponse suite à son désir de se faire laver non seulement les pieds mais aussi les mains et la tête ? Merci de m'éclairer...

 

Bonjour et merci pour votre question. Comme cela est souvent le cas chez saint Jean, les mots de ce dialogue peuvent se comprendre à plusieurs niveaux. En fait, ce qui est véritablement en cause ici est non pas la pureté, mais l'humilité. Jésus, quittant son manteau et se ceignant d'un linge pour se mettre aux pieds de ses disciples, se comporte comme un esclave ; c'est l'objet de la leçon qu'il en tire : «Si donc je vous ai lavé les pieds, moi, le Seigneur et le Maître, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres.» Pierre admet, sans bien comprendre pourquoi – il n'imagine pas encore que Jésus va mourir d'une mort d'esclave – que c'est le moyen pour suivre Jésus, et c'est pourquoi il renchérit : «pas les pieds seulement...» Mais il n'est pas question ici de pureté : la notion de pureté rituelle n'existe pas dans le christianisme (contrairement au judaïsme) ; c'est le Christ qui nous purifie une fois pour toutes dans «le bain» du baptême. En revanche le commandement de nous «laver les pieds les uns aux autres», c'est-à-dire de vivre dans l'amour et l'humilité, demeure bien et il est même caractéristique de la vie chrétienne !

Vendredi, 22 Avril 2011

Marie: Que devient Judas ?

Le Christ, en parlant de Judas et à Judas dit : «mais malheureux l’homme par qui le Fils de l’homme est livré ! Il vaudrait mieux que cet homme-là ne soit pas né !» Judas concourt au plan divin sans le savoir et reconnait in fine que le Christ était innocent... il alla se pendre. Le Christ le savait mais ne l'a pas empêché. Il aurait bien évidemment pu «retourner» Judas et il fallait bien que Judas naisse pour que le Christ meurt. Pouvez-vous nous éclairer sur ce rôle «ingrat» de Judas à qui le Christ va offrir finalement son corps «bouchée trempée dans le plat»... Merci de ce beau et profond parcours de carême que je découvre sur votre site grâce à une amie.

 

Bonjour, et merci de votre question. Oui la figure de Judas nous pose toujours problème... Il personnalise la liberté blessée. Et Dieu en face de lui s'en tient à ce qui est son attitude devant l'homme depuis le jardin des origines : il le laisse choisir. Judas n'était pas prédestiné, programmé par Dieu pour livrer son Fils ! Mais Judas était un homme faillible et Jésus a voulu s'entourer d'hommes faillibles... L'Église d'aujourd'hui est aussi faite de ces hommes – et de ces femmes – faillibles. Judas est allé au bout de cette liberté faillible. C'est un choix de sa part et non pas une contrainte subie de la part de je ne sais quelle volonté perverse. Dans le jardin des origines, Dieu n'a pas retenu Adam et Ève de s'emparer du fruit. Au jour du dernier repas, Jésus ne retient pas la main qui se tend pour prendre la bouchée. Et ce qui compte, ce n'est pas le fait de prendre la bouchée mais ce qui habite en cet instant le cœur de Judas. Et cela, nous le savons pas vraiment bien sûr. Même si on a émis beaucoup d'hypothèses : jalousie, impatience, zèle politique... Judas ne veut plus suivre Jésus ; il préfère le précéder, forcer le destin. Qui sait si Jésus ne le fera pas, le miracle espéré, une fois arrêté ? La seule réponse que nous puissions apporter à cette énigme qu'est Judas est celle-ci : Dieu ne touche pas à la liberté de l'homme. Jamais. Quel qu'en soit le prix.

Mercredi, 20 Avril 2011

Étienne: Prière du mercredi 20/04

Je n'ai pas compris le sens de cette expression : «nous projetons sur toi nos espoirs trop courts et nos désirs de vaine gloire». Avec mes remerciements pour vos explications.

 

Bonjour, la prière propsoée pour chaque jour est une manière de reprendre la thématique de la journée, de se l'approprier en quelque sorte. En quoi ressmblons-nous parfois, au moins un peu, à Judas ? Peut-être en ce que nous projetons nos propres désirs sur Dieu au lieu de nous mettre d'abord à l'écoute de son désir, de sa volonté sur nous ? Ou bien en ce que nous voulons un résultat immédita à notre prière au lieu de laisser le Seigneur tracer son chemin en notre vie... Bien sûr, nous ne sommes pas Judas, mais la tentation à laquelle il a cédé peut tout de même se présenter à nous... J'espère vous avoir éclairé... Bonnes fêtes de Pâques !

Mardi, 19 Avril 2011

Hélène: Bethphagé

Bethphagé, c'est la maison de ?

 

Bonjour. Vous vous intéressez, je pense, à l'étymologie du nom de Bethphagé, C'est un lieu-dit proche de Béthanie et du mont des Oliviers dont le nom signifie : maison des figues.

Mardi, 19 Avril 2011

Pierre: Comment être digne ?

Bonjour et merci pour cette belle route de Pâques qui bouscule ma conscience, peut-être parce que se dévoile la vraie nature du péché. N'est-ce pas notre tiédeur, notre manque de foi, notre regard sur nous-mêmes qui font de nous un Judas ? Cette question me taraude depuis dimanche, lorsque, dans ma paroisse, après avoir participé à la lecture de la passion, je suis monté à l'autel pour communier au corps et au sang du Christ, avant d'aider le prêtre à distribuer la communion. «Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir…» Mais comment être digne de donner le corps du Christ ? Bonne semaine sainte dans la joie de la résurrection.

 

Bonjour et merci de nous partager vos interrogations. La méditation de la passion ou la prise de conscience de notre péché ne doit cependant pas nous faire tomber dans le scrupule ! Nous avons à prendre conscience lucidement de notre état de pécheur – qui peut faire de chacun de nous un Judas ou un Pierre – mais plus encore que nous sommes des pécheurs sauvés ! Vous ne citez pas entièrement la formule du centurion de l'évangile que reprend la liturgie : «mais dis seulement une parole et je serai guéri». Jésus est allé chez le centurion et a guéri son fils ; de même il vient à nous en chaque communion et continue à nous guérir. Il n'est donc plus vraiment question de dignité (personne n'est «digne» et on ne peut par soi-même y parvenir) mais d'action de grâce devant l'action de Dieu qui vient à nous et nous sauve ! Belles fêtes de Pâques !

Mardi, 19 Avril 2011

Étienne: Rachat, rançon

Bonjour et merci pour cette retraite de Pâques très enrichissante. Juste deux petites explications, s'il y en a tout du moins. Pourquoi trouve t-on dans les Écritures les mots de «rachat» et de «rançon» à propos du Christ ? Je les trouve brutaux envers l'être d'amour qu'est Jésus ! En second lieu, pourquoi reproche-t-on aux juifs d'avoir crucifié le Christ, alors que cela était non seulement annoncé depuis les prophètes, mais que Jésus lui même l'annonce comme étant la volonté de son Père ? Doit-on considérer ces deux points comme étant le mystère de la Passion sans chercher à comprendre ? Ou pourrait-on si possible l'approfondir un peu, dans le but d'approfondir notre foi. Merci de votre éminent éclairage.

 

Bonjour et merci pour vos questions. Les mots de rançon et de rachat que vous soulignez, sont mal compris et peuvent gêner si leur sens biblique est oublié. Dans la Loi juive en effet, celui qui perdait ses biens et était vendu en esclavage pouvait être racheté par le membre le plus proche de sa famille ; celui-ci en avait même le devoir. Il en allait de même pour celui qui mourait sans enfants : le membre le plus proche de sa famille devait épouser sa veuve pour lui donner une postérité (voir par exemple le livre de Ruth). Celui qui exerçait ainsi son «droit de rachat» était appelé le goel, ce que l'on traduit en français par «rédempteur», mot qui nous gêne beaucoup moins car il n'a plus aujourd'hui qu'un sens religieux.

 

Ce langage est appliqué métaphoriquement à Dieu : dans l'Exode par exemple, il est dit que Dieu est le rédempteur de son peuple puisqu'il le rachète de l'esclavage de l'Égypte (6,6). Ce qui signifie donc qu'il le sauve et qu'il le considère comme de sa famille ! Et c'est tout naturellement que ce terme a été appliqué à Jésus, Dieu fait homme pour venir «racheter» son peuple, c'est-à-dire le libérer de l'esclavage auquel le soumettaient le péché et la mort (cf. Galates 4,3-8, qui montre bien que Jésus nous a libérés du péché, de l'idolâtrie, ce qui fait de nous des enfants de Dieu). En langage plus moderne, on dirait simplement que Jésus nous a libérés, et nous savons bien que c'est en donnant sa vie qu'il a accompli cette libération.

 

Quant à reprocher aux Juifs la crucifixion, c'est une contre-vérité historique puisque la crucifixion était un supplice romain... Les évangiles montrent que tous (c'est-à-dire tous les hommes) sont en un sens responsables de la mort de Jésus et, en un autre sens, que personne ne l'est puisqu'il s'est livré lui-même et que chaque protagoniste du drame le renvoie à d'autres... L'évangile qui semble le plus incriminer les Juifs dans la mort de Jésus (et d'ailleurs les dirigeants plus que le peuple) est celui de Matthieu parce qu'il a été écrit dans un contexte d'opposition entre Juifs et premiers chrétiens ; il reflète donc plutôt les querelles de son époque. On ne peut donc s'appuyer sur la passion – que Jésus a vécue pour tous les hommes –, pour justifier un antijudaïsme qui malheureusement a été trop longtemps répandu !

Lundi, 18 Avril 2011

Victoria: Tout en tout ?

Je ne comprends pas les derniers mots de ce passage de l'homélie de frère Pierre-Marie. Pouvez-vous les expliquer, s'il vous plait ? Merci. «La création qui déjà 'chantait la gloire de Dieu' (Ps 19,1-3) peut tressaillir d’allégresse en participant à sa manière à la rédemption du Christ qui désormais est, non seulement 'tout en tous', mais 'tout en tous' (1 Co 15,28 ; Col 3,11)

 

Merci pour votre question qui nous permet de constater que, malgré les relectures, nous avons laissé passer une coquille qui, effectivement, prive cette phrase de sens. Pardonnez-nous cette erreur. Deux expressions de Paul sont juxtaposées : le Christ sera «tout en tous» (1 Co 15,28) et le Christ sera «tout en tout» (Col 3,11) – autrement dit : en toute chose. Cela implique, comme veut le montrer l'homélie, que la Rédemption ne concerne pas seulement l'homme mais l'ensemble de la création.

Lundi, 18 Avril 2011

Guy: Résurrection des saints

Dans l'Évangile de saint Matthieu, il est dit : «Et voici que le rideau du Temple se déchira en deux, du haut en bas ; la terre trembla et les rochers se fendirent. Les tombeaux s'ouvrirent ; les corps de nombreux saints qui étaient morts ressuscitèrent, et, sortant des tombeaux après la résurrection de Jésus, ils entrèrent dans la ville sainte, et se montrèrent à un grand nombre de gens». Pourquoi dit-on que les morts qui étaient ressuscités sont sortis du tombeau après la résurrection, alors qu'on était en train de le crucifier ?  N'est-ce pas plutôt avant ? Merci et bonne Semaine Sainte.

 

Bonjour et merci pour votre question qui nous ramène à ce qu'on appelle le «genre littéraire» des textes bibliques. En effet ce verset intervient dans le récit que fait Matthieu de la Passion, mais il n'appartient pas, lui, au genre du récit. Comment le sait-on ? D'une part parce qu'il n'apparaît pas dans les autres récits de la Passion (sauf la mention du voile du Temple, chez Marc) ; d'autre part, parce qu'il reprend les termes des prophéties du Jour du Seigneur (le jour du jugement) en particulier Amos 8,9. Il s'agit donc là d'un langage symbolique utilisé par Matthieu afin que ses lecteurs d'origine juive comprennent que, par la mort de Jésus, sont accomplies et même dépassées les promesses et que cette crucifixion, loin d'être un échec, est le vrai «Jour du Seigneur», le jour où il se manifeste dans sa gloire.

 

Aussi ne faut-il pas se fixer sur la vraisemblance des événements rapportés ni sur leur matérialité ; en revanche leur symbolisme est éclairant : le voile du Temple se déchire, c'est-à-dire que désormais tous ont accès auprès de Dieu (seul auparavant le grand prêtre pouvait pénétrer dans le Saint des Saints derrière le voile) ; la terre tremble : toute la création est concernée par la rédemption, elle est elle aussi renouvelée ; les morts ressuscitent : la mort et la résurrection de Jésus annoncent et permettent notre propre résurrection.

Dimanche, 17 Avril 2011

Marie Françoise: Résurrection de la chair ?

Bonjour, je ne suis pas sûre de saisir vraiment l'Évangile de Lazare. Comme bien d'autres, j'ai perdu un être cher, pleuré près de son corps et voulu alors qu'un miracle se produise pour que la vie revienne et que soit restituée la présence charnelle. J'achoppe sur les mentions concrètes de ce passage («il sent déjà»...) qui me laissent dans une perplexité douloureuse... Manque de foi ? J'achoppe pareillement, quand je récite le Credo, sur «la résurrection de la chair». Si seule l'âme importe et la présence spirituelle en Dieu, pourquoi Jésus prend-il la peine de ranimer Lazare ? Pourquoi cette importance donnée au corps dans les récits de miracle et le Credo ? Les interprétations métaphoriques ne me satisfont pas absolument car elles sautent à pieds joints par dessus la réalité corporelle. Et la foi chrétienne est celle en un Dieu incarné ! Mais quid du cadavre ?... Désolée pour cette question naïve ! Merci pour ce chemin, merci de m'éclairer encore !

 

Merci de partager ainsi vos interrogations. Il est bien vrai qu'il y a dans la séparation physique que provoque la mort quelque chose de révoltant ou de désespérant, tant cela nous semble irrémédiable. Et l'évangile nous montre, par les larmes de Jésus, que Dieu com-prend cela (au sens qu'il le prend en lui) et en a compassion. Mais le corps ne se réduit pas à un ensemble de processus physico-chilmiques qui s'arrêtent à la mort : il est la personne même. Et c'est bien pourquoi notre foi en un Dieu incarné, comme vous le dites très justement, nous conduit à croire aussi à la résurrection de la chair. «Le Verbe s'est fait chair», Dieu a pris un corps, précisément pour que, par sa résurrection, nos corps aussi ressuscitent. Nous sommes malheureusement trop marqués par un dualisme, d'origine païenne (grecque) et non chrétienne, qui dissocie l'âme et le corps et leur attribue deux natures et donc deux destins différents. Mais, pour toute la pensée biblique, l'homme est un : corps, âme et esprit. Et c'est donc tout entier qu'il est promis à la résurrection.

 

La question devient donc celle du : comment ? Et là, nous ne pouvons que tâtonner. L'évangile nous offre le modèle des apparitions du Christ après sa résurrection : c'est bien lui, avec un corps, son corps (cf. Luc 24,39 : «Voyez mes mains et mes pieds, c'est bien moi ! Touchez-moi et rendez-vous compte qu'un esprit n'a ni chair ni os, comme vous voyez que j'en ai.») ; mais on ne le reconnaît que s'il se laisse volontairement reconnaître. Un corps spirituel donc, au sens de soumis à l'Esprit (et, de ce point de vue, importe donc peu ce que devient le cadavre) ; ce qui implique que nous serons pleinement nous-mêmes, mais dans une vie tout à fait autre. Paul essaie d'approcher cela par un ensemble de métaphores (1 Corinthiens 15,35-53). Mais on est surtout là dans le domaine de la confiance : confiance en Jésus qui a ouvert pour nous le passage vers une vie en plénitude que nous découvrirons.

Mercredi, 13 Avril 2011

Adam: Mort pour nos péchés ?

L'Église dit que le Christ est mort pour nos péchés ; en même temps elle fait un parallèle entre la Pâque juive et la Pâque chrétienne. Mais dans la Pâque juive, on dit seulement que Dieu a libéré son peuple de son esclavage, sans tenir compte du fait qu'il était pécheur ou pas. De même chaque fois que Jésus guérit un malade, Il le fait sans aucune question concernant ses éventuels péchés. On dirait que ce qui l’intéresse est la misère humaine et non ses péchés. Pourquoi alors l'Église en fait une telle comptabilité, en allant jusqu'à les classifier ? Pour le dire autrement, je sens personnellement une différence entre «Il est mort à cause de nos péchés» (culpabilisant) et «Il est mort pour nous libérer, nous montrer qu'une autre façon de vivre est possible». Quelle est la position officielle de l'Église et ces deux points de vue sont-ils conciliables ? Merci pour les réponses.

 

Bonjour et merci pour cette question dans laquelle beaucoup de choses sont présentes et... un peu mélangées... Vous vous référez au parallèle entre Pâques juive et chrétienne ; mais la référence biblique pourrait remonter plus haut : c'est dès la Genèse que l'homme est présenté comme «pécheur», ce qui ne signifie pas seulement qu'il a commis telle ou telle faute, mais qu'il est dans un état de communion imparfaite avec Dieu. C'est cela que le Christ est venu accomplir : rétablir cette communion rompue ou altérée entre l'homme et Dieu. Et c'est cela qui est pour l'homme une libération. Dans l'Exode, la libération prend la forme d'un récit (car la langue et la pensée hébraïques sont très concrètes) : Dieu libère son peuple de l'esclavage qu'il subissait en Égypte (ce qui ne veut pas dire que le peuple n'était pas pécheur ; dans l'Écriture, on parle précisément du péché du peuple à toutes les pages !). De même le Christ libère le peuple de l'esclavage du péché ; bien plus : il nous fait en lui enfants du Père, ce qui va beaucoup plus loin. Et il nous ouvre effectivement une vie nouvelle.

 

Quant à dire que Jésus guérit sans question sur les péchés, ce n'est pas tout à fait exact. Le lien entre péché et maladie n'est pas toujours souligné (car, contre les opinions de son temps, Jésus voulait lutter contre l'idée qu'on est malade parce qu'on a péché : il n'y a pas de relation directe, causale, entre les deux !). Mais ce lien est parfois clairement indiqué : par exemple dans la guérison du paralytique en Luc 513-25, Jésus commence par dire : «Tes péchés sont pardonnés», puis, devant la réaction des Pharisiens, il précise : «Pour que vous sachiez que le Fils de l'homme a le pouvoir de pardonner les péchés, je te l'ordonne, dit-il au paralytique, lève-toi, prends ta civière et retourne chez toi» (Lc 5,34).

 

Tout ceci montre donc que Jésus est venu pour nous libérer, par sa mort et sa résurrection (car sa mort seule n'aurait pas servi à grand chose !), de tout ce qui nous empêche de mener une vie pleinement humaine selon le dessein de Dieu (c'est-à-dire libérée de tous les esclavages, y compris celui du péché) et pour nous ouvrir une vie éternelle en Dieu.

Mercredi, 13 Avril 2011

Edith: Les doutes... la foi...

Comment peut-on affronter avec sérénité la mort quand on n'a pas l'espérance de la vie éternelle ? Je pense aux malades en fin de vie qui n'ont pas la foi... Comment peut-on tenir sans foi, sans espérance, dans une épreuve semblable ? Cet évangile me donne des doutes sur le sens du «je crois». Je doute souvent. Je ne sais pas si j'aurais répondu comme Marthe devant son frère qui venait de mourir ! Peut- être que ma foi n'est pas assez forte, assez enracinée en moi. Pourquoi doute-t-on ? Le Christ nous a bien dit : «Je suis la résurrection et la vie», alors qu'autour de moi, j'entends dire qu'après la mort, il n'y a plus rien, et cela crée des doutes en moi. Comment me remettre en paix avec mes convictions qui restent toujours tournées vers Dieu ?

 

Bonjour, merci pour ce partage de vos interrogations qui ne sont pas, à vrai dire, des questions formulées de telle manière qu'on puisse y apporter une réponse précise. Comment tenir dans l'épreuve sans avoir la foi ? Il faudrait justement le demander à ceux qui disent n'avoir pas la foi.

Votre interrogation vient, semble-t-il, des doutes que vous entendez formuler : ce n'est pas une situation nouvelle : tout l'Évangile nous montre des réactions de doute face à Jésus, aussi nombreuses que les réactions de foi. Mais, comme vous le dites vous-même, à quoi cela conduit-il, sinon à une impasse ? Pour dépasser les doutes, il convient d'abord de se rappeler que la foi n'est pas nécessairement quelque chose de sensible : à force de s'examiner pour savoir si on l'a ou pas, on finirait bien par ne pas la trouver ! Il faut surtout se rappeler qu'elle est un don de Dieu et qu'en ce sens, il faut la demander et la redemander sans cesse à Dieu dans la prière : «Seigneur, augmente en nous la foi...», disaient les apôtres. La  foi est ensuite toujours à accueillir ; c'est  un chemin, et non un objet possédé une fois pour toutes. Elle n'est vivante et en croissance que si elle conduit à des choix, à des engagements, qui la confortent en même temps qu'ils la prouvent. Bon courage sur ce chemin !

Lundi, 11 Avril 2011

Elysé: Des deux Lazare

En lisant l'Évangile de ce dimanche, je n'ai pu m'empêcher de faire le lien avec le Lazare de la parabole du pauvre vivant aux côtés de l'homme riche. Puisque dans cette parabole, on disait au riche que même si un mort revenait à la vie, ses frères ne croiraient point, je me suis demandé si en définitive cette résurection de Lazare dans l'Évangile de ce jour n'était pas une réponse de Dieu à la requête de l'homme riche. Quelle est la symbolique qui accompagne ces deux passages ? Merci pour cet espace qui nous permet de comprendre et de grandir dans la foi.

 

Bonjour, vous avez tout à fait raison de rapprocher ces deux passages. Bien qu'ils ne soient pas dans le même évangile, les deux «Lazare» se font signe mutuellement et cela peut éclairer notre prière. Cependant, le mort qui devait ressusciter et être un signe incompris est, plus encore que Lazare, Jésus lui-même ! Et c'est probablement la pointe de la parabole de Luc 16. De plus, il serait réducteur de penser que la résurrection de Lazare – encore plus celle de Jésus – serait une réponse à la requête de l'homme riche... Les textes ne sont pas assez dépendants l'un de l'autre pour cela. Les deux histoires n'ont pas besoin l'une de l'autre pour faire sens. Cela n'empêche pas que nous puissions les relier dans notre méditation personnelle ! Bonne route vers Pâques !

Dimanche, 10 Avril 2011

Sonia: Jean 5

Merci à vous pour ce travail édifiant qui me permet chaque jour de découvrir tous ces textes et de nourrir ma foi. Pourriez-vous m'aider à comprendre certains passages : 1. Quand Jésus dit que «le Seigneur n'exauce pas les pécheurs», j'aurais pensé que c'était l'un des buts de sa venue parmi nous. 2. Jésus leur répondit : «Si vous étiez des aveugles, vous n’auriez pas de péché ; mais du moment que vous dites : ‘Nous voyons !’, votre péché demeure.» 3. Pourquoi Jésus s'obstine à accomplir des miracles le jour du Sabbat, ce qui le met forcément dans une relation d'opposition avec les Juifs et donc n'est pas source de paix. Merci de votre bienveillance.

 

Bonjour et merci pour cette salve de questions qui nous aidera à scruter encore mieux le texte. En ce qui concerne la 1e question, il y a un petit problème d'attribution : ce n'est pas Jésus qui prononce cette phrase, mais l'aveugle guéri. Il se fait simplement l'écho de la croyance du temps ; mais de façon un peu ironique puisque ce qu'il veut justement dire, à mots couverts, est que, puisque Jésus l'a guéri, il n'est donc pas un pécheur, mais au contraire aimé de Dieu qui l'a exaucé.

 

La seconde phrase que vous soulignez est bien prononcée par Jésus qui parle là de l'aveuglement spirituel et lie connaissance et responsabilité. Celui qui ne sait pas discerner le bien du mal et ne connaît pas la volonté de Dieu est comme un aveugle : même s'il commet des fautes, on ne peut lui en imputer la responsabilité puisqu'il n'a pas eu conscience de ce qu'il faisait. Tandis que ceux qui ont une connaissance précise de la volonté de Dieu (ici : les pharisiens qui se targuent de bien connaître l'Écriture) pèchent lorsqu'ils vont à l'encontre de cette volonté. Leur péché, de façon plus précise, consiste à affirmer qu'ils ont, eux, la vérité sur Dieu et à ne pas vouloir s'ouvrir à ce que vient apporter Jésus et qui était cependant annoncé par les prophètes.

 

Enfin l'attitude de Jésus n'est pas celle de la provocation, mais celle de la vérité. La véritable paix qu'il est venu apporter ne consiste pas en l'absence de conflits ! S'il multiplie les guérisons le jour du sabbat, c'est pour rappeler le vrai sens du sabbat qui est de rétablir l'homme dans l'intimité avec Dieu. C'est pourquoi, pour le judaïsme, on doit consacrer cette journée à l'étude de la Parole (le fait de ne pas travailler n'est qu'une disposition pratique pour favoriser justement cette disponibilité pour Dieu). Guérir quelqu'un est donc dans cette perspective un acte éminemment sabbatique. Le reproche adressé aux pharisiens, à travers ces discussions, est de respecter la lettre méticuleusement, mais d"oublier l'esprit qui a présidé à son élaboration. C'est en cela que Jésus est venu «non pas abolir, mais accomplir la Loi».

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Jeudi, 07 Avril 2011

Nicole: Le disciple bien-aimé ?

Bonjour, nous lisons souvent concernant saint Jean : «le disciple bien aimé» ou «celui que Jésus aimait». Je dois dire que chaque fois que je rencontre ces expressions, je suis perplexe par rapport aux autres disciples qui, semble-t-il, étaient aussi aimés de Jésus ! Peut-être avez-vous une explication ? Merci, que Dieu vous bénisse.

 

Bonjour, merci de poser cete question qui effectivement est induite par les textes. Il faut resituer pusieurs choses pour tenter d'y répondre. 1. Jean l'apôtre et le «disciple bien-aimé» ne sont pas identifiés dans l'évangile. Nous avons l'habitude de le faire mais les textes ne permettent pas de le dire. Il ne s'agit donc pas nécessairement – et probablement pas du tout – d'une préférence de Jésus pour l'un de ses apôtres. 2. La communauté destinatrice de cet évangile – que l'on a pu d'ailleurs appeler la «communauté du disciple bien-aimé» – est une communauté persécutée, en proie à des difficultés de tous ordres, comme on le vérifie en particulier dans la première lettre attribuée au même Jean. Il lui fallait donc un ancrage très solide dans une relation très forte avec le Seigneur que le rédacteur lui fournit par ce titre de «disciple bien-aimé». Un proche de Jésus, à coup sûr, quelqu'un en tous les cas dont on peut et doit se réclamer et qui, par la puissance de son témoignage, rattache toute la communauté au Christ. N'a-t-il pas reposé sur la poitrine du Christ (Jean 13,24 ; 21,20) ? Il n'est pas lui-même le rédacteur ultime du quatrième évangile mais le témoin de ces faits, comme le dit encore le texte : «C'est ce disciple qui témoigne de ces faits et qui les a écrits, et nous savons que son témoignage est véridique» (Jean 21,24). La communauté (le «nous» qui reconnaît en lui son «fondateur») peut s'appuyer sur son témoignage. Même si elle n'est pas directement fille de «Pierre», elle n'a pas à rougir d'être fille de celui que Jésus aime !

Jeudi, 07 Avril 2011

Francine: Pas besoin de se plonger ?

Pourquoi le paralysé de l'évangile de saint Jean, guéri par Jésus, ne plonge-t-il pas dans la piscine, alors que l'aveugle a dû se laver, lui ? Qu'en est-il du péché du paralysé ? Merci pour votre réponse.

 

Bonjour et merci pour votre question. Les récits de guérison ne mettent pas effectivement en jeu toujours les mêmes éléments. Ce qui guérit tout aussi bien la maladie physique que le péché est la parole de Jésus puisque c'est une parole qui a l'efficacité de la parole même de Dieu. Cette parole s'accompagne parfois de gestes ou d'éléments symboliques qui sont appelés par les circonstances et les nuances du message à faire passer. Ainsi Jésus touche un lépreux, pour montrer qu'il va au-delà des tabous liés à la lèpre. La guérison de l'aveugle est racontée comme une reprise de la création puisqu'au premier jour l'homme avait été modelé avec de la boue et de l'eau. Ce n'est pas l'eau qui est importante mais la parole de Jésus et la démarche de foi de l'aveugle. Dans le cas du paralysé, puisqu'une croyance un peu magique s'attachait à cette piscine, Jésus précisément n'a pas utilisé ce symbole de l'eau : il n'aurait fait qu'entériner une superstition !

Jeudi, 07 Avril 2011

Guy: Paralysie et péché

Bonjour, dans la liturgie du dimanche passé, dans l'évangile de Jean 9,1-41, Jésus nous disait que l'aveugle de naissance n'était pas aveugle à cause de ses péchés ni à cause des péchés de ses parents. Mais dans l'évangile de ce mardi, Jésus dit au paralytique guéri : «Te voilà en bonne santé. Ne pèche plus, il pourrait t'arriver pire encore.» Est-ce que c'était à cause de ses péchés qu'il était paralytique ? Je ne comprends pas. Veuillez m'éclairez s'il vous plaît. La paix du Christ.

 

Merci pour votre question qui pointe bien les différences de points de vue dont témoignent parfois les textes. Ceux-ci sont souvent dus aux processus de rédaction ; mais ce n'est pas le lieu ici d'entrer dans ces considérations exégétiques : il vaut mieux essayer de comrendre la portée spirituelle de ce qui nous est ainsi révélé.

 

Dans l'évangile de l'aveugle né, il s'agit d'un enseignement de Jésus à ses disciples, affirmé avec autorité : on peut donc lui accorder une importance particulière. Jésus s'oppose ici fermement à la croyance populaire qui suppose que celui qui réussit et s'enrichit est béni de Dieu, donc est juste ; et qu'à l'inverse, le pauvre, ou le malade, a dû commettre quelque péché pour se retrouver dans cette situation, privé de la bénédiction de Dieu. Jésus s'insurge donc avec force contre cette corrélation : la malade ou l'infirmité – surtout lorsqu'elle est de naissance, comme dans le cas de l'aveugle – n'a pas à voir directement avec le péché et n'est en rien la conséquence d'un soi-disant châtiment de la part de Dieu. Il y a bien un lien entre le péché (qui a fait entrer le mal dans le monde, comme dit Paul), la maladie et la mort, mais ce lien n'existe que pour l'humanité prise dans son ensemble, et non pour chacun considéré individuellement.

 

Dans le cas du paralytique, on ne sait rien de l'homme ni de sa maladie, mais Jésus lui demande avec insistance: «Veux-tu guérir ?», ce qui laisse soupçonner qu'il y trouvait quelque avantage indirect, et indique que sa foi avait besoin d'être stimulée. La paralysie n'est certainement pas la conséquence de son péché, mais elle n'empêche pas son état de pécheur ! La guérison extérieure est souvent présentée, surtout dans les synoptiques, comme le signe visible de la guérison intérieure, elle invisible (cf. par exemple Luc 5,17-25 : «Pour que vous sachiez que le Fils de l'homme a le pouvoir de pardonner les péchés,, je te l'ordonne, dit-il au paralysé, lève-toi, prends ta civière et retourne chez toi.») La recommandation de Jésus : «ne pèche plus» intervient après une guérison ou un pardon, pour signifier que l'homme guéri et/ou pardonné est entré dans une vie nouvelle, réconciliée avec Dieu, et qu'il doit donc faire ce qui est en son pouvoir pour demeurer dans cet état.

Mardi, 05 Avril 2011

Yvette: Pour que ses oeuvres soient manifestées...

Dans l'évangile de ce 4e dimanche de Carême, Jésus donne cette réponse aux disciples qui croyaient qu'une faute antérieure (de lui-même ou de ses parents) était à l'origine de son état d'aveugle de naissance. Je me pose la question au sujet du terrible tremblement de terre suivi du tsunami au Japon. Il ne peut bien entendu pas y avoir faute humaine, mais je m'interroge sur le pourquoi (si nous avons le droit de nous poser cette question), sûrement pas afin que ses œuvres soient manifestées ! Si vous pouviez éclairer mon intelligence à ce sujet, je vous en remercie infiniment.

 

Bonjour, la question nous revient sans cesse à la figure en effet ! Et elle prend souvent la forme du «pourquoi ?». Pourquoi ici plutôt que là ? Pourquoi cette violence alors qu'on aurait bien du mal à désigner un ou des coupables... Bien des personnes en viennent alors à accuser Dieu, à douter de sa bonté ou bien de son existence... Comme c'est compréhensible ! Jésus, en tous les cas, a clairement dissocié la maladie du péché en ce qui concerne la responsabilité personnelle ou héritée. En revanche je ne crois pas que l'on puisse tout à fait dissocier la maladie du péché, ni même la mort du péché. Saint Paul le dit très clairement : «Le salaire du péché, c'est la mort» ; et il enchaîne aussitôt : «mais le don gratuit de Dieu, c'est la vie éternelle dans le Christ Jésus notre Seigneur» (Romains 6,23). Voilà une piste de réponse : le mal qui est entré dans le monde affecte toute la création au milieu de laquelle l'homme est placé et il en subit les conséquences. Parfois même il contribue d'une manière ou d'une autre à alimenter le processus du mal (par la violence, par la consommation excessive des ressources de la nature). Et Dieu laisse s'exercer le jeu de notre liberté ! La création est une mise à distance de Dieu qui ne contraint pas le cours de l'histoire... Pour autant, il ne se contente pas d'être le spectateur passif et navré des désastres de sa création. Il vient à sa rencontre. Il veut lui faire un cadeau. Il lui tend à nouveau la main pour un «don gratuit» : «la vie éternelle dans le Christ Jésus». Cela s'appelle l'incarnation et la rédemption. Merveille du dessein de Dieu qui ne reprend pas le don initial : la liberté, mais propose à nouveau de le suivre dans la confiance filiale et de nous laisser sauver... Cette histoire ne date pas d'il y a 2000 ans : elle est contemporaine de chacune de nos histoires.

Lundi, 04 Avril 2011

 

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