Un témoignage sur le Japon

12-05-2011

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La vie quotidienne s'est arrêtée

Nous n’avions plus eu de grand séisme aux environs de Tokyo depuis 1929 et au Japon depuis 1995 (le dernier étant celui d’Osaka). Un tel tremblement de terre ébranle toute la vie. Depuis le 11 mars, la vie quotidienne s’est plus ou moins arrêtée dans mon pays. La vie économique décline sûrement. Il va y avoir beaucoup de chômage dans le secteur de la pêche marine, dans les usines, etc. Les chocs sont venus l’un après l’autre, comme tout le monde le sait : séisme, tsunami et, ce qui est beaucoup plus grave, explosion nucléaire. Aujourd’hui encore, il y a chaque jour des répliques de 4 à 5 degrés sur l’échelle de Richter.


L’eau du robinet, qui était auparavant saine, n’est plus potable à cause de la toxicité. On n’a plus le droit de l’utiliser pour l’alimentation. Quant au poisson et aux légumes locaux, on n’en parle même pas, c’est trop dangereux. Les principales routes nationales ayant été coupées, le transport de marchandises ne fonctionne plus. Il y a encore des tonnes de gravats dans les endroits touchés par la vague et, sous ces gravats, combien de corps ensevelis ? Et combien de personnes qui cherchent un membre de leur famille «disparu», c’est-à-dire mort ? Les réfugiés sont très fatigués psychologiquement car ils ne savent absolument pas quand ils pourront rentrer chez eux et reconstruire leurs maisons. Et la perspective de retrouver une vie normale est encore plus lointaine. Quand j’ai vu les photos de la ville rasée, je me suis dit : «Qu’est-ce que c’est ? On dirait les photos d’après la dernière guerre. Ce n’est plus mon pays bien propre en ordre, c’est un véritable bazar, et un bazar bien triste !»

 

Malgré tout, les gens ont commencé à fonder des groupes de secours pour prendre la suite des organisations étrangères qui sont venues nous aider dès les premiers jours. Les chrétiens ont été parmi les premiers à réagir et à prendre des initiatives, puis ils ont été rejoints par les autres religions. Ces volontaires vont partout, surtout là où le gouvernement n’arrive pas à s’organiser, notamment chez les personnes qui ne sortent pas de chez elles et n’ont donc pas pu bénéficier de la distribution de nourriture, de l’aide sociale. Ils les aident à ranger, à faire le ménage, ils discutent avec elles.


Je pense qu’il faudra des mois, voire des années pour tout rétablir. Et j’espère que nous aurons le courage et la sagesse de réfléchir à un autre système que l’énergie nucléaire pour produire l’électricité. Nous devons vraiment penser à notre avenir, nous n’avons pas le droit de détruire la nature, puisque «Dieu vit que cela était bon», et moins encore celui de nous détruire. J’espère que chacun aura le sens de la solidarité qui nous manque, au Japon.


Pour finir, je voudrais dire que le Carême de cette année a été très intense pour moi, même si je suis loin de mon pays. Mais je rends grâce au Seigneur de nous avoir donné la joie de la béatification du Pape Jean-Paul II. Nous devons beaucoup demander sa prière, il n’abandonne pas l’humanité souffrante. Je suis sûre qu’il nous regarde et nous encourage. Et peut-être fera-t-il des miracles…


Sœur Ikuko


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