Les jeunes d'Ossun en Terre Sainte

24-09-2012

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Témoignages

Voir le reportage photos (© FAJ)

Parcourir la Terre de la Bible pendant quinze jours fut une expérience bouleversante. En pénétrant dans les Écritures sur les lieux mêmes où elles ont germé, j'ai découvert en profondeur l'importance de l'histoire du peuple hébreu pour comprendre tous les mystères de la foi catholique. En effet, nous avons pu nous plonger, au début du pèlerinage lorsque nous étions dans le désert, dans ce mouvement de marche et d'attente du Messie par la révélation progressive de Dieu aux hommes, à travers les patriarches. Comprendre la vocation de ce peuple m'a considérablement aidée à mieux comprendre qui était Jésus-Christ et ainsi à pouvoir mieux pénétrer dans les mystères de la foi que nous avons approfondis tout au long du pèlerinage.

Priscille

 


 

Le pèlerinage en Terre Sainte que j'ai eu la chance de vivre en août avec les Fraternités d'Ossun et une quarantaine de jeunes, peut difficilement se résumer en quelques lignes. Ce furent seize jours riches et intenses, spirituellement et humainement.


Une des rencontres les plus marquantes du pèlerinage a été la visite du monastère de l'Emmanuel à Bethléem. Pour y accéder depuis Jérusalem, nous avons dû passer le «mur de séparation», mis en place il y a dix ans par Israël, qui sépare Israël des territoires palestiniens contigus, dont Bethléem. Le mur peut se voir depuis Jérusalem en une longue arrête grise qui court sur les collines de la ville sainte, comme une écharde en béton qui matérialise des décennies de conflits politiques. Le monastère se trouve au pied du mur. Tout différencie les deux édifices : la hauteur glaçante et oppressante du mur et des miradors face au monastère bas et rond, le gris froid du mur de séparation face à la pierre ocre des bâtiments des Sœurs. Ce mur est devenu une seconde clôture pour les moniales, une clôture qu'elle n'avait pas choisie et qui leur a donné la rude occasion de prouver la fidélité à leur vocation. Sur ce mur couvert de graffiti, comme sur le mur de Berlin Ouest dans un autre temps, les Sœurs ont fait représenter «ND qui fait tomber les murs». Il s'agit de La Vierge ouvrant le mur donnant sur un champ d'olivier. C'est bien la première fois que l'on voit un «tag» de la Vierge, et un tag prophétique de surcroît !

Les Sœurs nous accueillent dans leur petite chapelle. Fidèle à leur rite grec-catholique, elle est recouverte de peintures murales représentant des scènes de l’Évangile. Les Sœurs nous expliquent qu'elles renouvellent le lavement des pieds à chaque visite de groupe de pèlerins. Elles passent par groupe de deux, avec une bassine remplie d'eau, à genoux. Une Sœur lave un pied, l'essuie, le sèche tout à fait, puis fait un signe de croix avec le pouce sur le pied et l'embrasse. Puis elle renouvelle les mêmes gestes avec le second pied, lentement, dans un mouvement plein de générosité et de tendresse. Lorsqu'arrive mon tour, je suis bouleversé à la vue de ces deux religieuses, dont l'une est si âgée qu'elle a du mal à se mettre à genoux. Séparées du reste du monde par ce mur-prison, elles nous témoignent ainsi du don total de leur vie, renouvelé jour après jour. Comment après un tel témoignage rechigner à aider nos frères au quotidien dans les petites choses de la vie ? Comment pourrions-nous désormais tourner le dos au Christ en voyant l'amour de ces sœurs les unes pour les autres dans des conditions si difficiles ? Comme le dit l’Évangile du lavement des pieds : «c'est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j'ai fait pour vous. Sachant cela, heureux êtes-vous si vous le faites !» (Jean 13,15-17).

Cet épisode de notre pèlerinage a été marquant à plus d'un titre. En Terre Sainte, tout rappelle la politique. Par exemple, les rencontres que nous avons pu faire avec des arabes et des juifs, des chrétiens israéliens ou palestiniens. Mais aussi, les chars d'assaut en entraînement dans le désert du Néguev, les barbelés omniprésents aux frontières. La tentation est grande de prendre parti, de crier devant l'injustice. Mais le geste du lavement des pieds au monastère de l'Emmanuel nous rappelle que le message du Christ se situe à un autre niveau et est profondément apolitique. Jésus a échoué comme le leader politique qu'imaginaient ses contemporains, mourant sur une croix comme un esclave. Ces religieuses nous ont rappelé que la Croix c'est d'abord l'amour de Dieu qui se donne en entier. C'est le signe de la faiblesse et de l'humilité de Dieu. Il est difficile pour nous en tant que jeunes d'adhérer totalement à ce scandale du christianisme. Tout dans le monde glorifie au contraire la réussite, l'argent, les désirs, la violence de l'individualisme. Mais les figures de l'Ancien Testament que nous avons redécouvertes lors du pèlerinage nous rappellent que Dieu a choisi ce qu'il y a de plus faible : Moïse incapable de parler sans l'appui d'Aaron, Joseph enfermé en prison. Et ce que Paul nous dit et que nous avons souvent chanté au cours du périple : «Ce qu'il y a de fou et de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi» (1 Corinthiens 1,27).

Ce passage à Bethléem nous a montré que Dieu rejoint l'homme dans cette situation inextricable. De retour en France, à nous d'être des lumières pour le monde, de faire tomber nos murs intérieurs d'égoïsme qui nous détournent du Christ. Montrons que «l'œuvre de la loi du Seigneur est écrite dans nos cœurs» (Romains 2,13) en mettant nous aussi en pratique, à l'exemple des Sœurs du monastère de l'Emmanuel, la foi, l'amour et la charité. Notre-Dame qui fait tomber les murs, priez pour nous !

Charles


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