Frère André : le frère aîné

29-06-2016

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La fraternité comme école de l'Amour

Mot de frère Grégoire au commencement de la liturgie des obsèques

Chers frères et sœurs, chers membres de sa famille : Annie et François, Françoise et Yves, et nous pensons à Jean-Louis (son frère absent), mais aussi à Claude (son frère décédé), chers amis de Vézelay, de Paris et d'ailleurs, chers membres des fraternités laïques de Jérusalem... vous tous qui avez connu frère André, souvent depuis longtemps, voilà qu'il nous réunit autour de lui pour cette Eucharistie d'A-Dieu, dans la basilique sainte Marie-Madeleine où il priait tous les jours depuis 22 ans. Pour sa famille, André est ce frère aîné qui a pris la place du chef de famille à 14 ans, à la mort de son père.

 

Pour nous, les frères et sœurs de sa famille monastique, il est aussi ce frère aîné qui, le premier, a répondu à l'appel de frère Pierre-Marie, pour fonder ce qui devait devenir les Fraternités Monastiques de Jérusalem. Dès le début, il a reconnu, dans le projet de frère Pierre-Marie, l'appel de Dieu lui-même, et il s'est engagé d'emblée d'un oui entier et définitif, selon ses propres mots. Sa fidélité indéfectible a soutenu la jeune pousse monastique contre vents et marées, il en a été comme le roc.

 

Pour les membres des Fraternités Évangéliques, frère André a été un pilier sans lequel leur charisme propre n'aurait pu s'épanouir. Il a accueilli les premières équipes avec le même soin qu'il portait à son travail de chercheur.

 

Frère André est en effet un chercheur. Chercheur de Dieu, toujours émerveillé par la nouveauté de la Parole de Dieu. Mais aussi homme d'une infatigable recherche intellectuelle. Agrégé de philosophie, auteur d'une thèse sur saint Pierre Damien et maître de recherche au CNRS, il n'a jamais cessé de mettre en relation la foi et la raison, les événements de l'histoire humaine et la révélation biblique. Car sa pensée ne pouvait être déconnectée de sa foi. Une foi aussi inébranlable que sa fidélité. Une foi qui faisait bien la paire avec celle de frère Pierre-Marie ! Une foi vivifiée par plusieurs expériences personnelles du Dieu vivant, sur lesquelles il restait discret – André n'a jamais été très enclin à s'épancher sur sa propre vie – mais qu'il a parfois raconté.

 

Citons en particulier vécu cette expérience fondatrice de juin 1973, c'est à dire peu de temps avant de rencontrer frère Pierre-Marie. C'était lors d'un voyage en Terre Sainte : «Le Seigneur me fit sentir et comprendre qu’il m’aimait, comme jamais autrefois je ne l’avais senti ni compris. (…)  Les jours suivants, des mois, des années, je connus une joie toujours nouvelle, celle d’un homme qui a longtemps vécu enfermé en lui-même et dont la vie a tout d’un coup été visitée et illuminée par une grande amitié.»

 

C'est cette amitié avec le Christ qui l'a conduit à rester aux aguets et à écouter les signes de l'Esprit. Dès que le Renouveau charismatique est arrivé en France, il est allé voir... Il nous disait que, depuis longtemps, il attendait secrètement cette nouvelle pentecôte dont le Renouveau était la promesse. C'est à une réunion de prière de la toute jeune communauté de l'Emmanuel que frère André a rencontré frère Pierre-Marie, en janvier 1975. Depuis lors, il était convaincu de l'importance qu'il y avait à faire cette expérience de l'effusion de l'Esprit Saint en vue d'une croissance spirituelle, personnelle et communautaire. Il a prié jusqu'à la fin pour que le Seigneur envoie sur le monde cette nouvelle Pentecôte d'Amour et de feu qu'il attendait tant.

 

Pour terminer, il faut évoquer en effet la joie de frère André pour l'amour fraternel partagé en fraternité. Depuis des années, ses accidents de santé successifs avaient diminué sa mobilité. Il a du apprendre à se laisser aider, toujours un peu plus... Du côté de ses frères, nous avons aussi appris à prendre soin de lui, à lui tendre le bras pour l'aider à marcher, à entrer le plus délicatement possible dans sa vie intime. C'est ainsi que nous avons grandi ensemble dans la charité, ainsi que le Christ déclare : c'est à l'amour que vous aurez les uns pour les autres que l'on vous reconnaîtra pour mes disciples.

 

Dans ses derniers jours, il n'a cessé de nous dire merci. Il n'a cessé de rendre grâce à Dieu pour ses frères qu'il aimait. Un jour qu'un jeune, parmi nous, lui demandait : frère André, quelle a été la période la plus heureuse de votre vie ? Il répondit du tac au tac : Ah, c'est aujourd'hui. Car je vis dans une fraternité où l'on s'aime !

 

La fraternité comme école de l'Amour : c'est bien ce qu'il nous a donné de vivre avec lui. En aimant lui-même chacun de ses frères avec une attention étonnante, et en aimant Dieu avec une constante fidélité. Mais aussi en se laissant aimer jusqu'à s'en remettre entre les mains de ses frères, et y rendre son dernier souffle entre les mains de Dieu.

En frères tous ensemble (diaporama d'images © FMJ)


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