Frère John Patrick - Le chemin d'une vie

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Une passion pour la communion

Frère John-Patrick a rejoint la maison du Père, et nous savons tous qu’il le désirait ardemment. Nous le savons : il y était prêt, paisible, et même joyeux à la perspective d’approcher de cette étape que toute sa vie monastique préparait.

 

Il nous laisse son visage plein de douceur, son attention à chacun, la miséricorde qu’il communiquait de la part de Celui qui est doux et humble de cœur, son Seigneur Jésus-Christ. Pourtant, il ne s’agirait pas de se méprendre : la beauté tranquille de notre frère n’est nullement, chez lui, un don inné qu’il aurait reçu par la nature. Au contraire, le tempérament de John-Patrick était entier, parfois raboteux ou rude, peut-être même un peu violent, à ses dires. Il n’a cessé de combattre contre cette brusquerie naturelle, demandant pardon pour ses manques de délicatesse dans la vie communautaire.

 

 

Quand il avait quelque chose à faire, il fonçait tête baissée, comme une tornade emportant tout sur son passage. Sa douceur, qui saisissait tout le monde, il l’a conquise par la conversion permanente et la prière, par l’union à son Seigneur. J’ai envie de comparer son visage de bonté avec celui de frère Charles de Foucauld à la fin de sa vie, tellement différent du visage fermé de sa jeunesse ; ce frère Charles que John-Patrick aimait tant depuis longtemps. On peut penser que sa douceur a été pétrie par tous les passages qu’il a traversés au cours de sa vie. Je ne reprendrai pas toute son histoire, seulement certains détails que John-Patrick nous a rapportés au fil des ans.


Il nous a raconté, par exemple, qu’à l’âge de 3 ans, sa maman l’emmena au sanctuaire marial de Walsingham et, le prenant sur ses genoux, elle lui montra la Vierge Marie en lui disant : «Voici ta mère» ! Est-ce à l’origine de son attachement à Notre Dame ?


Après ses études secondaires à Norwich School où il appréciait particulièrement l’histoire et la littérature, il entra à l’école d’officier de la Marine Marchande. 
Il embarqua dès l’âge de 17 ans. Et quand on lui faisait raconter ses 7 ans de navigation à travers le monde entier, il évoquait parfois les relations pour le moins viriles avec les équipages, dans des conditions souvent rudes où il devait en venir aux mains.


Lors d’une escale forcée dans l’île de Malte à cause d’une avarie, le jeune Patrick (il devait avoir 22 ans) fit la rencontre d’un prêtre anglican qui l’aida à discerner un appel du Seigneur sur sa vie. À cette époque, le jeune Pat était semble-t-il encore assez loin d’une relation profonde avec le Christ, et cette rencontre opéra ce qu’il nommera lui-même une véritable conversion. Il se mit à prier, à lire les Écritures... Deux ans plus tard, il décidait de quitter la marine pour commencer ses études au Séminaire, à Durham puis Oxford.
En 1962, il fut envoyé comme diacre en paroisse pendant 4 ans avant de choisir de rester diacre permanent dans le monde, exerçant notamment le métier de facteur à Londres en lien avec une communauté apostolique.


Le Seigneur continuait à creuser son cœur. Le désir d’une vie contemplative se fit de plus en plus prégnant. En 1978, il choisit d’entrer au monastère anglican de la Sainte Trinité, à Crowley Down. C’était le monastère le plus contemplatif qu’il ait trouvé au Royaume Uni. Il faut garder en tête que la vie contemplative reste assez marginale dans l’anglicanisme. Il fait profession perpétuelle en 1982.


Un jour, son supérieur vient lui dire : «Nous avons besoin d’un nouveau prêtre pour la communauté ; et c’est toi !» Manifestement, il ne s’y attendait pas du tout, et il n’accepta que par obéissance. Il fut ordonné prêtre en 1986.


Dix ans plus tard, sa décision de demander à être reçu dans l’Église catholique est bien sûr une étape qui marquera profondément notre frère. Cette décision ne s’est évidemment pas mûrie à la légère. Elle l’a longuement taraudé. Les orientations d’une partie de l’anglicanisme lui semblait diluer la foi avec la manière de penser du monde. L’ordination des femmes a été l’événement déclencheur : en conscience, il ne pouvait plus suivre son Église. Non qu’il y ait en lui une trace de cléricalisme ou encore moins de misogynie (son credo était le sacerdoce baptismal, et sa fierté de Jérusalem : la communion entre frères et sœurs).


Il a été admis dans l’Église catholique en décembre 1996, non sans un profond déchirement de son cœur. Nous sommes témoins qu’il a continué à prier ardemment pour l’anglicanisme. Lors d’un de ses derniers voyages en Angleterre, alors que le prieur du monastère de la Sainte Trinité était mourant, il n’a pas hésité à lui rendre visite pour prier avec lui. Et il restait en correspondance avec ses frères.


La passion pour l’unité des chrétiens n’a cessé de brûler son cœur. Le passage d’une Église à l’autre a bien sûr été un saut dans l’inconnu. Comment allait-il continuer sa route ? À cette époque, son accompagnateur spirituel lui parla des Fraternités de Jérusalem, dont le charisme avait des proximités avec son ancien monastère. «Mais je ne parle pas le français !» Imaginez un homme de 63 ans devant recommencer sa vie à zéro en partant... sur le continent !


Frère John-Patrick est ainsi devenu postulant en juillet 1997, puis novice. Il fait profession à Toussaint 1999. La suite, beaucoup d’entre nous la connaissent : 
il rejoint la fraternité de Vézelay en janvier 2001. Son ministère de confesseur est connu de tous, frères et sœurs ou laïcs.


Il se présente volontiers par ses compétences manuelles, au contraire de frère André qui était l’intellectuel par excellence. Entre eux deux, d’ailleurs, ce fut toujours tout à la fois une véritable tendresse et des frottements d’incompréhensions permanents : tout les différenciait ! John-Patrick a été un bricoleur permanent : l’expert en bout de ficelles et en solutions provisoires ! Il aimait aussi jardiner. Mais son goût pour l’histoire ne l’a pas quitté depuis son lycée : il n’a cessé de rédiger des notes biographiques ou des petits traités catéchétiques. Il aimait tellement ça qu’il en était devenu incapable de traduire littéralement : il ne pouvait s’empêcher de développer le sujet par lui-même !


Quoi qu’il en soit, John-Patrick s’est laissé façonné par la prière, par sa recherche de la purification du cœur, par l’accueil personnel de la miséricorde de Dieu. 
Sa foi en est devenu droite et lumineuse, simple et humble. Son attention fraternelle était marquée par une ouverture particulièrement large ; il entretenait une correspondance gigantesque et tous azimuts ! Son souci de la communion  n’a fait que se fortifier au fil des années : communion entre frères, entre frères et sœurs, mais aussi communion œcuménique, ou attention à tous dans Vézelay...


Ce qui me frappe le plus, avec John-Patrick, c’est la manière dont il s’est laissé renouveler par la grâce et par son ami l’Esprit Saint au cœur même d’une pâte humaine aussi imparfaite chez lui que chez chacun de nous : en final, ce ne sont pas les traits anguleux de son humanité qui demeurent, mais la bonté et la douceur du disciple du Christ, dont son visage était devenu rayonnant ces dernières semaines.


Au moment de partir à l’hôpital pour l’opération de cœur, il y a 15 jours, nous avons célébré avec lui, entre frères, le sacrement de l’onction dans la crypte de la basilique. Il m’a remis ensuite un petit mot avant de monter dans la voiture ; il disait :
«Grâce au sacrement de l’onction, je porte deux intentions dans ma prière : 
1. que le Saint Esprit me donnera de collaborer davantage avec lui jusqu’à la fin 
; 2. je porterai spécialement en prière que notre mission de Jérusalem soit répandue dans le monde, et spécialement dans les grandes villes comme Kinshasa, Rio de Janeiro, Calcutta, Pékin... L’Esprit Saint fera le nécessaire sur place !
Et il ajoute : Bonne continuation.

Signé : John-Patrick.»
On peut donc penser qu’il intercède pour la mission et pour la fraternité universelle.


Lors de sa profession, frère Pierre-Marie lui écrivait : «Deviens à présent ‘Saint John-Patrick’ de Jérusalem !». Il se pourrait bien que la mission ait été accomplie.

Frère Grégoire, prieur des frères de Vézelay