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6e semaine de Pâques - C

Frère Pierre-Marie

20 mai 2001

Saint-Gervais, Paris

Frère Pierre-Marie

Lectures bibliques

Actes des Apôtres 15, 1-29

Psaume 66

Apocalypse 21, 10-23

Jean 14,23-29

Croire seulement au Dieu d’Amour

Tout s’éclaire mutuellement dans les paroles de l’Écriture.
Dans leurs diversités apparentes,
elles gardent une grande unité.
À la lumière du temps liturgique,
elles restent d’une surprenante actualité.

Tout pourrait sembler disparate entre les trois lectures
que nous venons d’entendre aujourd’hui :
ici, dans le livre des Actes, le récit d’un différend verbal
entre les apôtres, sur le mode d’admission des païens.
Là, le regard mystique du visionnaire de l’Apocalypse,
sur la cité sainte, dans l’au-delà du monde à venir.
Et, dans le quatrième Évangile, l’écoute
de quelques paroles de Jésus, au moment des adieux,   
où il parle au plus intime du cœur de ses amis.

Apparemment, rien de bien commun en tout cela.
Et pourtant ! quelle belle unité
dans la progression de la révélation divine,
jusqu’à l’annonce d’une des plus belles réalités
qu’il soit donné de vivre au croyant.
Laissons-nous donc guider par le fil liturgique.


La première lecture du livre des Actes des Apôtres pose la grande question
du rapport entre l’essentiel et l’occasionnel ;
ce qui reste fondamental et ce qui n’est que formel.
En un mot : entre la religion et la foi.
Pour les apôtres, la question est aussi brûlante que concrète :
faut-il imposer à ceux qui veulent embrasser le christianisme
de se soumettre à tous les rites
hérités du judaïsme ancestral ?

Il suffit de regarder le monde, où qu’il soit,
pour constater combien à tous les niveaux de la société,
ce type de problème reste d’actualité.
Que de querelles, d’incompréhensions, de conflits
peuvent surgir, en ce domaine, ici ou là !
Pour des questions de rites, de coutumes, de pratiques,
d’obligations purement extérieures et souvent secondaires,
que d’affrontements au nom des principes,
des cultures, des langues, et même de religions,
alors qu’il est dit : La lettre tue, l’Esprit vivifie ! (2 Co 3,6).

Que vont donc faire les apôtres ?
Éclairés par l’exemple et l’enseignement de Jésus,
ils optent franchement pour rappeler au monde que
c’est pour que nous soyons libres que le Christ nous a libérés (Ga 5,1).
Ils n’hésitent pas à dire qu’il faut savoir,
quand nécessaire, séparer le rite de la foi.
Car le pluralisme ne tue pas pour autant l’unité ;
et la liberté et la croyance ne sont en rien incompatibles.
Au long des siècles, le défi ne cesse d’être inscrit
dans la marche de l’Église.
Et c’est la grande conclusion libératrice et dynamique :
L’Esprit Saint et nous-mêmes, avons décidé
de ne pas faire peser sur vous
d’autres obligations que celles qui s’imposent (Ac 15,28).

Comment harmoniser les sensibilités spirituelles,
les particularités liturgiques, les exigences morales,
dans le juste respect des cultures, des traditions,
et l’accueil des vraies nouveautés ?
Comment accepter, et même susciter, de bonnes diversités,
de belles complémentarités
(et Dieu sait si les fleurs sont multiples dans le jardin de l’Église),
tout en réservant et faisant grandir l’unité ?
Où passe la frontière entre l’enseignement, qui enrichit,
et l’endoctrinement, qui aliène ?
Entre la communion, qui édifie, et la division, qui disloque ?

À l’époque de la mondialisation, le défi, pour l’Église,
qui porte en elle cet appel du Seigneur à l’évangélisation des peuples,
cette interrogation reste plus que jamais d’actualité.
C’est d’ailleurs un des sujets que vont débattre trois jours durant,
l’ensemble des Cardinaux, réunis à Rome en consistoire.

Sans donc opposer foi et religion, ne peut-on dire déjà,
à la lumière de ce premier concile apostolique de Jérusalem,
que la foi est bien première et essentielle
puisque la religion, sans être secondaire, reste en second ?


La deuxième lecture tirée du livre de l’Apocalypse
nous aide à faire en ce sens, un grand pas en avant (21,10-23).
Voici donc que se révèle à nos yeux,
le terme ultime de toutes nos routes,
à travers la vision de la Jérusalem du ciel.
Et là, quel grand étonnement !
Plus besoin de rites ni de pratiques,
de lieux et de temps sacrés, de médiations ou de médiateurs.
Le souvenir des douze tribus et des douze apôtres demeure certes vivant,
mais chacune, chacun est en présence directe du Seigneur.
Le Temple lui-même n’est plus.
La gloire de Dieu illumine la Ville sainte
et l’Agneau en personne lui tient lieu de flambeau (21,23).

La religion, nécessité du temps présent, a disparu,
au profit de l’intime communion d’amour avec Dieu.
Jésus l’avait bien dit à la femme de Samarie :
Ce n’est ni sur cette montagne ni à Jérusalem
(pas plus sur le Mont Sion que sur l’Ebal ou le Garizim),
que vous adorerez le Père (Jn 4,21).
Et la grande révélation, combien libératrice,
avait été proclamée par le Messie :
Dieu est Esprit et ceux qui adorent
c’est en esprit et en vérité qu’ils doivent adorer (4,24).

Nous voilà de plus en plus orientés
à vivre au plus profond cette communion d’âme
où la foi en notre Dieu — toujours elle — nous conduit
à lui redire et à lui partager tout notre amour ;
afin de mieux pouvoir en vivre encore entre nous.
Tant il est vrai que seule compte la foi
s’exerçant dans la charité (Ga 5,6).
Nous rêvons tous d’être aimés et de pouvoir aimer sans mesure.
Nous ne pouvons donc pas rester de glace toute notre vie,
quand le Seigneur en personne nous propose la tendresse de son cœur
et nous promet pour l’éternité, le partage de sa gloire (Ap 21,3-4.23).


Les paroles de Jésus, enfin, dans l’Évangile de ce jour,
nous conduisent au sommet de cette révélation.
Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole.
Mon Père l’aimera ; nous viendrons à lui
et nous ferons chez lui notre demeure (Jn 14,23).

Nous sommes là, comme d’emblée,
introduits au plus profond de l’expérience mystique.
Dans sa simplicité extrême cette parole du Seigeur
atteint une portée et une grandeur inouïes.
Elle est si forte et si grande en son humilité divine
qu’il n’y a en quelque sorte rien à y ajouter.
Mais nous pouvons inlassablement nous la redire
pour la goûter au plus intime de notre âme,
en nous demandant si, vraiment, joyeusement,
nous acceptons d’y croire.
Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole.
Mon Père l’aimera ; nous viendrons à lui
et nous ferons chez lui notre demeure…
Qui nous fera sentir la hauteur d’une telle profondeur ?
Ce n’est pas nous qui nous élevons au ciel, jusqu’à Dieu ;
c’est Dieu qui descend du ciel, vers nous,
pour y établir sa propre demeure !
Si, seulement, nous savions un peu ce que nous sommes
et quelle part d’infini et d’éternité habite déjà en nous !
Si tu savais le don de Dieu (Jn 4,10).
N’est-ce pas l’Esprit en personne, l’Esprit du Père et du Fils,
qui éclaire notre route, anime notre âme,
nous conduit vers l’entière vérité et nous donne sa paix ?
Oui, la paix de Dieu, la paix du Christ qui, lui-même nous redit :
Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix (14,27).

Là aussi, il suffit de laisser résonner en nous
le poids et la légèreté de cette parole
empreinte d’autant de force que de douceur.
En nous disant comblés, doucement éblouis :
c’est bien de cette paix que mon âme est comblée !
Car «l’amitié qui a sa source en Dieu ne tarit jamais» .

Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole.
Mon Père l’aimera ; nous viendrons à lui
et nous ferons chez lui notre demeure.
On pourrait objecter que c’est trop beau pour être vrai.
Mais c’est si beau que Dieu seul peut l’avoir proclamé.


Seigneur, je crois, mais augmente ma foi ! (Mc 9,24).
Jusqu’ici vous n’avez rien demandé en mon nom ;
demandez et vous recevrez et voire joie sera parfaite (Jn 16,4).
Seigneur, tu es là !
Tu es la vie de ma vie. Tu es la joie de ma joie.
Ta lumière est ma lumière et Ta paix est ma paix.
Ta grâce me soutient. Ta présence m’habite.
Ton amour m’envahit.
Ce n’est plus moi qui vis, c’est Toi qui vis en moi (Ga 2,20).

«Ô Toi qui es chez toi, dans le fond de mon cœur,
Laisse-moi te rejoindre, dans le fond de mon cœur.
Ô Toi qui es chez toi, dans le fond de mon cœur,
Je t’adore mon Dieu, dans le fond de mon cœur.
Ô Toi qui es chez toi, dans le fond de mon cœur,
Fais-moi vivre de Toi, dans le fond de mon cœur

 

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