Iconographie

Thumbnail imageLes images qui accompagnent notre lecture de l'Apocalypse sont extraites d'un manuscrit médiéval daté du Xe siècle, conservé à la Bibliothèque nationale de Madrid. Ce manuscrit reprend en l'illustrant le célèbre commentaire de l'Apocalypse dû au moine Beatus, qui vécut au monastère Santo Torribio dans la deuxième moitié du VIIIe siècle. Beatus s'efforce, à travers l'Écriture de mieux comprendre son temps. L'Espagne, qui vient de voir le terme du règne wisigothique, est déchirée par des hérésies qui menacent la vraie foi. Beatus voit dans cette contemplation lumineuse du Fils de l'homme venant sur les nuées, l'occasion de se convertir. «Nous verrons donc Dieu si nous nous convertissons, écrit-il en exergue de son commentaire. Aussi c'est une méthode de contemplation que nous imaginons».

 

Au Xe siècle, c'est un scribe du nom de Facundus, qui, après d'autres scribes ou copistes, se donne à son tour pour tâche d'illustrer le Commentaire de Beatus. Il produit une œuvre d'une grande qualité et d'une rare luminosité. On la dit réalisée dans le scriptorium de León, la capitale du royaume des Asturies au nord de l'Espagne et destinée au roi Ferdinand Ier d'Aragon en personne. De nombreuses influences artistiques y sont repérables : carolingienne (avec les décors d'entrelacs qui encadrent chaque miniature), byzantine (l'ordonnancement des processions et la majesté des personnages divins, toujours plus grands que les autres), musulmane enfin (comme en témoignent les représentations architecturales aux arcs outrepassés).

 

Le manuscrit mesure 360mm sur 280mm et contient 98 miniatures dont un grand nombre occupe une pleine page. Les bandes monochromatiques se retrouvent partout et rythment le manuscrit. Les personnages viennent s'y superposer, revêtus de couleurs souvent très vives. On remarquera en particulier la magnificence des ailes des anges, immenses et sortant parfois du cadre normalement imparti au dessin. L'image fait partie intégrante du message du manuscrit : elle donne à chaque scène la plénitude de son sens et sollicite l'imagination plus efficacement que ne le ferait le texte seul.